AYIBOFANMEN UNESOCIÉTÉ

Ma mère me manque

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Nous étions comme deux sœurs, on se racontait tout, on se partageait tout. La nuit, elle ne s’endormira pas tant que je n’aurai pas moi, trouver le sommeil. Oui, étant leur unique enfant à elle et à papa, depuis la mort de ce dernier, l’ambiance est telle que je vous la décris. Bien entendu, on se dispute parfois, laissant même des jours s’écouler sans se parler. Mais vous savez tous autant que moi que les disputes renforcent parfois les liens de certaines relations. Avec ma mère, c’était comme ça; on se disputait, et l’instant d’après, elle était là à me concocter un délicieux plat, ou dans certains cas, c’était moi qui cherchais à me faire pardonner en lui mijotant des repas à faire venir l’eau à la bouche rien qu’en en humant l’odeur. Nous habitions ensemble, essayant de vivre au mieux notre petite vie. Toutefois, j’ai toujours cru déceler une onde de tristesse dans ses yeux : papa lui manquait. Son travail, ma présence, tout ceci ne suffisait pas à combler ce vide qu’a laissé mon père. J’essayais, à chaque fois que j’en avais l’occasion, de l’aider à surmonter son chagrin, parfois en lui jouant un morceau sur ma guitare ou bien en l’emmenant déguster un bon plat dans un restaurant où l’on parlait de tout.

La première fois qu’il est venu chez nous, j’étais dans ma chambre. Ma mère me l’a présenté comme un ami du boulot. Il était assez bien mis, élégant, charmant et on voyait tout de suite qu’il faisait de l’effet à ma mère. Cette nuit-là, elle ne prit même pas la peine de venir vérifier si je m’étais déjà endormie. Je l’ai attendue toute la nuit, pour enfin me laisser choir dans les bras de Morphée à je ne sais trop quelle heure. Le lendemain, à son retour du bureau, elle avait un sourire béat sur les lèvres; d’un coup, on aurait dit qu’elle avait  rajeuni. Ce jour-là, elle m’apprit qu’elle allait sortir avec lui, qu’il y ait de fortes possibilités qu’elle rentre tard et que ce n’était pa nécessaire  de l’attendre. C’était un jeudi, jour durant lequel habituellement, on s’accordait une soirée cinéma entre filles. Je n’ai pourtant émis aucun commentaire là-dessus…

Un mois s’était écoulé depuis qu’elle me l’avait présenté, et c’était comme si elle m’avait aussi annoncé son départ de la maison, son absence dans ma vie. C’était désormais des dîners aux chandelles, des sorties fréquentes, et parfois, elle ne dormait pas à la maison. On voyait sur son visage qu’elle était maintenant heureuse; mais à moi, elle manquait. Je ne ressentais plus cette complicité mère-fille qui existait entre nous, ce bonheur qu’elle avait de partager son temps libre avec moi, ce besoin d’être à mes côtés. Ça n’existait plus. Et cela allait s’aggraver quand il emménagea chez nous.

Le soir, au lieu de passer s’assurer que je dorme, ma mère était sur le toit de la maison, avec lui, contemplant les étoiles. Je l’entendais parfois qui partait d’un fou rire, me rappelant ce temps où c’était moi qui lui faisais autant rire. En week-end , il ne s’agissait plus des parties de carte avec moi, mais plutôt avec lui. Certes parfois, ils m’invitaient à venir jouer avec eux, mais j’avais l’impression qu’il y aurait toujours quelqu’un de trop. Des câlins, j’en recevais de moins en moins…

C’est bizarre, ma mère partage le même toit que moi, pourtant elle me manque. Je ne suis plus son centre d’intérêt, plus celle qu’elle bordait chaque nuit, celle qui avait la seule place dans son cœur. Maintenant, elle est obligée de partager cette place. Le hic  c’est que le partage n’est pas équitable…

Ma mère est là, pourtant elle me manque terriblement

Darline HONORE

DaHo

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La rédaction de Ayibopost

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