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Lyonel Trouillot | Langage, folie et déshonneur

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Messieurs et dames les de facto, on vous croit…

Il est des mots qui font le déshonneur non seulement de ceux qui les prononcent, mais aussi des institutions ou des domaines que leurs auteurs prétendent représenter.

Qu’entendre, que comprendre, que sentir et que penser lorsqu’on entend un pasteur d’un culte chrétien réformé littéralement aboyer que Dieu frappe ses ennemis dans le sang, hier, Pharaon et les Égyptiens, aujourd’hui Gaza et les Palestiniens. Et hurler aux fidèles sur un ton à la fois menaçant et jouissif : Izrayèl ap frape fò. C’est donc, en 2024, la colère de Dieu qui a massacré plus de vingt-mille civils, détruit des écoles et des hôpitaux, tuant des femmes et des enfants, ce qui, en plus de l’horreur du crime, menace la reproduction génétique d’un peuple.

Quel Dieu que ce Dieu et quels pasteurs que ces pasteurs !

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Ailleurs, sur un plateau de télé, une femme s’emporte. Qu’on ne lui parle pas de présomption d’innocence. Elle défend selon elle la démocratie et les droits. Comme si la barbarie et la tyrannie de la justice ayant droit de coercition n’étaient plus de la barbarie si elle changeait de cible. Hier les sorcières, les hérétiques, les opposants politiques des dictatures… Aujourd’hui les mâles (dont il faut certes combattre la domination). Et demain qui, quand les opinions publiques auront changé d’humeur ou de cibles ? Pourtant, pas besoin d’être un génie pour soupçonner que si une injustice pouvait remplacer une autre et se transformer en justice, cela se saurait. La présomption d’innocence est par ailleurs un (petit) rempart qui protège les pauvres. Avec la présomption d’innocence, il n’y a qu’à compter le nombre de noirs que la justice américaine envoie en prison. Imaginez ce que ce serait d’être noir à Milwaukee ou dans certains comtés de Virginie sans cette misérable présomption d’innocence.

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Ici, la palme va au Premier ministre de facto et son gouvernement. Ils vont tout faire en bien. À noter qu’ils le faisaient déjà. Ils vont simplement se surpasser en cette année 2024, donner le pain, la paix, la lumière, l’eau courante, rétablir les institutions dans leurs prérogatives et leurs fonctions, organiser les élections les plus crédibles et démocratiques de l’histoire d’Haïti.

Messieurs et dames les de facto, on vous croit… Depuis que les poules ont des dents, que les chats gardent la mantèque, que vous vous êtes mis par on ne sait quel miracle à aimer ce pays et vouloir le servir.

La différence entre le pasteur génocidaire, la justicière sans nuance et le club des de facto, c’est que les deux premiers ont au moins le mérite imbécile de croire à leurs bêtises.

Par Lyonel Trouillot

Image de Couverture: | © Jean Feguens Regala/AyiboPost


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Poète, romancier, critique littéraire et scénariste, Lyonel Trouillot a étudié le droit.

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