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L’influence de Viviane Gauthier dans ma vie

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Viviane Gauthier a fait le grand saut à l’aube de ses 100 ans. Elle ne dansera plus. C’est une perte gigantesque pour la culture haïtienne. Cette nouvelle fracassante m’a fait l’effet d’une douche froide. L’étoile de la danse en Haïti s’est éteinte, et nous, danseuses et danseurs, la pleurons comme des enfants pleurent une mère.

Si aujourd’hui je danse encore c’est parce Viviane m’a appris que la danse c’est la vie, car la vie est avant tout expression physique sous toutes ses formes.

Ma mère avait  constaté mon talent pour la danse assez tôt, ou peut-être elle sentait necessaire de canaliser ma constante envie de bouger.  Elle m’avait donc inscrit chez Viviane, et je n’avais que quatre ou cinq ans. J’y suis restée des années où j’ai appris le folklore, l’ibo, le ballet, le yanvalou et le boléro.

Viviane était une professeure extrêmement rigide. Avec elle, il fallait vraiment bouger, être clair et précis dans les moindres mouvements. Elle les aimait vigoureux, je m’en souviens encore parce qu’elle félicitait chaleureusement à chaque fois que nos démonstrations saccadées et frénétiques étaient menées exactement comme elle le voulait. Tant qu’elle n’était pas satisfaite, il fallait recommencer, suer, même si on avait un orteil écorché. Une passionnée qui insistait constamment sur la qualité. Il fallait s’exercer une centaine de fois jusqu’à ce qu’elle obtienne satisfaction du mouvement exécuté dans toute sa pureté. A ce moment elle jubilait. Tous ses danseurs et danseuses à l’unanimité devaient être parfaits pour ses chorégraphies. Et pour cela elle était patiente avec nous. La réussite collective était plus important qu’une prouesse individuelle. Avec, Viviane, il était impossible de ne pas dégouliner à grosses gouttes lors des classes. Viviane fè w rann fyèl ou. La paresse était inadmissible avec elle et la persévérance de mise. Je me rappelle encore de sa voix qui éclatait comme un coup de tonnerre : «  Non non et non ! J’ai dit de pincer les fesses ! sere deyè w tifi… Ou pako janm banm mouvman m lan ».  « Reste à la barre, écarte les jambes, allez allez… ouvè janm ou, pliez….balancez un, deux, trois, quatre…. » Les roulements de tambours nous emportaient autant que ses directives, on pliait toujours à ses exigences car on l’aimait, la respectait et l’admirait.

Nos efforts  étaientt pour une bonne cause. La danse est un trop bel art pour être bafoué, chez Viviane le « bouyi vide met la » n’était accepté sous aucune forme. Avec le temps, la danse est devenue pour moi une véritable passion et m’a procuré des sensations inexplicables, la danse m’a aidé à découvrir ma vraie identité. La Femme que je suis aujourd’hui est en partie grâce à la danse et donc grâce à Viviane. Il était difficile de ne pas succomber à « ce vibe » qui se dégageait des cours de danse, surtout que nous nous sentions tous chez nous, dans le cadre enchanteur méticuleusement créé par Viviane à l’Avenue Jean Paul II.

Viviane m’a fait découvrir que la danse etait une poésie muette, de la tête, des bras, des jambes et de l’âme. J’avais compris la raison pour laquelle elle était si passionnée, si débridée et pourquoi ce feu qui bouillonnait en elle paraissait être éternel. A force de m’adonner à ce langage corporel, j’ai fini par réaliser que la danse est une des formes les plus parfaites d’expression; on pouvait y exprimer ses peurs, ses douleurs, ses tristesses, ses joies, l’amour. Et depuis mes années passées chez Viviane, je l’ai dans le sang.

Viviane a injecté le beau virus de la danse dans les veines de milliers de professionnels durant plusieurs décennies. Nous sommes  nombreux; enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants de son école de danse à avoir hérité de cette passion. Cependant au-delà de la danse, elle nous a aidé à devenir des hommes et femmes. A travers la danse et avecle mentorat de Viviane on a appris à se connaître.

Viviane, cette légende du folklore traditionnel haïtien est peut-être partie physiquement mais elle vivra toujours à travers nos pas, nos rythmes passionés de la tête au pied, à travers toutes ces générations de jeunes danseurs et danseuses à qui elle a enseigné sa passion.

Vivi, flanm sa nap kontinye propaje l ak jenerasyon kap vini nan non ou. Mèsi pou bel richès sa kew kite dèyè a. Nan syèl la ou pral danse yanvalou koulye a. AYIBOBO pou ou Viviane Gauthier.

Nayah Zee Allen

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