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LETTRE OUVERTE À L’HONORABLE SÉNATEUR JEAN-RENEL SÉNATUS

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Honorable sénateur,

                         Est paru dans le Nouvelliste du 11 juillet 2016, un intéressant article vous concernant. Il en était question de votre sortie remarquée contre certains programmes diffusés sur des chaînes de télévision de la capitale. Je n’étais pas sans un petit sourire moqueur. Je me suis dit: voilà un bon débat, enfin quelqu’un s’intéresse à ce qui se passe à la télé!!! Il faut dire aussi que je suis un opérateur audiovisuel. Votre voix depuis quelque temps, honorable sénateur, se fait l’écho d’une moralité que vous souhaiteriez raviver au sein de la société haïtienne. On cite notamment votre parcours en tant que  commissaire du gouvernement à Port-au-Prince, les mesures que vous avez prises contre le phénomène du zokiki, et j’en passe (travail pour lequel d’ailleurs vous avez reçu votre dû, vous voilà sénateur ).

Je vous félicite pour cette position (ou choix stratégique, sait-on jamais) dans cette société où la dégradation des valeurs, et la négation de toutes responsabilités morales et citoyennes sont récompensées sous les fanfares. Bravo Monsieur! Le pays a encore besoin d’hommes comme vous.

Toutefois, honorable Jean Renel Sénatus, dans la crainte de vous vexer, je trouve vos propos dépassés et déplacés. Au nom d’une certaine morale (la vôtre, que vous appliquez à tout le monde), vous attirez l’attention des familles haïtiennes sur certains programmes de télévision. Ces programmes, selon vous, «font la promotion des mauvaises mœurs, contraires à la moralité». Vous citez en exemple l’homosexualité, en précisant que cela est une négation des valeurs morales (lesquelles valeurs vous estimez être unanimes).

Votre discours sur l’homosexualité, Monsieur le senateur, est désuet et préjudiciable. Peut-on juger l’homosexualité, après les avancées de ces dernières années, comme un simple fait moral ? J’en doute.

Si le temps ne vous avait pas dépassé, monsieur Sénatus, vous auriez pu voir comment l’homosexualité a évolué en Haïti. Les considérations sur le fait aussi. Vous auriez pu comprendre que l’homosexualité, de nos jours, est un fait social comme tant d’autres. Vous seriez assez intelligent pour comprendre qu’en lieu et place de ces discours acerbes tachetés de préjugés, il faut lancer un débat réel sur le sujet. Chercher la perception de la population afin de statuer sur le fait pour des prises de décisions à venir.

À quand le grand débat sur l’homosexualité en Haïti ? Et tant d’autres sujets, encore! Ce n’est pas grave, aurait pu dire un ami, comme nous vivons dans «un pays ce n’est pas grave». La haine contre les homosexuels grandit sous nos yeux, ce n’est donc pas un drame, je ne suis pas homosexuel.

«Lè maleng lan pran vè, nou a va fè tèt cho pou pansman. Se pa grav, (gen lopital).»

Dans votre ligne de mire, vous aviez indexé le clip she’s a boy de 3Jès. Ne voyez-vous pas, monsieur le sénateur, ces clips frôlant la pornographie où le corps de la femme est instrumentalisé en objet sexuel faisant la une des médias. Sans compter les grivoiseries qui font le refrain de certaines chansons (j’ai du mal à les appeler chanson) diffusées en boucle sur certaines stations de radio. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ? Cherchez l’indécence autour de vous, elle n’est pas plus loin.

Vous aviez cité, l’article 52 du décret de novembre 1977 sur les télécommunications (je redis, les télécommunications) qui énonce la mission du CONATEL dans le secteur. Je ne connais pas les lois (dommage pour moi). Télécommunications et audiovisuel, voilà deux choses distinctes, même pour le plus commun des mortels! La CONATEL a pour mission de contrôler ou surveiller la radiodiffusion. Je crains qu’elle ne puisse définir le caractère des programmes de télévision ou des autres médias. Cette fonction doit relever d’une entité spécialisée en la matière (comme dans de nombreux pays), laquelle, institution, n’a jamais existé en Haïti. À quand la création d’un institut national du film, de l’image, de l’audiovisuel, peut importe comment vous voulez l’appeler? Personne ne sait.

Pourtant, depuis tantôt 10 ans, le secteur audiovisuel haïtien ne cesse de s’imposer et de grandir aussi bien en qualité qu’en produit. Mais personne ne pense encore à structurer le secteur, à le professionnaliser davantage. Des contrats de productions de film avec des compagnies étrangères avortent puisqu’aucune loi n’en définit les conditions. De plus, aucune institution n’a jamais été créée à cet égard. Dans cette eau trouble qu’est le secteur audiovisuel haïtien, aucune production étrangère n’ose donc s’aventurer, pour le malheur des créateurs locaux. Ce n’est pas grave, vous n’êtes pas cinéaste, Monsieur le sénateur. «Lè w se ti jèn ki fòme nan sinema, ki vle travay lan domèn lan, peyi w pa pèmèt ou, wa konprann». Qui donc doit apporter ses lois sur le fonctionnement du marché de l’audiovisuel en Haïti ?

Enfin, je ne peux ne pas vous dire, honorable sénateur, comment votre sortie m’a plu. Je me suis dit: enfin on va penser à nous, les travailleurs de l’audiovisuel. S’ils refusent que l’étranger soit aussi dans nos télévisions, enfin ils vont créer les conditions pour qu’émerge le secteur. Parce qu’au moins, j’estime qu’il y a une chose qui vaille le détour dans votre discours: ce qui se passe dans nos télévisions, c’est grave!

PS: Je vous serais reconnaissant de me faire parvenir une copie de la loi de novembre 1977. Merci.

Wood-Jerry Gabriel

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