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Les pensĂ©es d’un Don Juan

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Je t’aperçois du fond de la salle alors que je tire une bouffĂ©e de mon Ă©nième ” comme il faut ” mentholĂ© de la soirĂ©e. MalgrĂ© cette petite robe noire te moulant comme une seconde peau et mettant en valeur tes jambes interminables, il y a pourtant cette aura d’innocence qui t’enveloppe… Tu n’as pas ce cĂ´té  un peu blasĂ© si caractĂ©ristique des jeunes femmes de notre gĂ©nĂ©ration qui, Ă  20 ans dĂ©jĂ , ont maintes fois subi les turpitudes de l’amour.

Il y a dans ton regard ce pĂ©tillement comme pour tĂ©moigner de ton Ă©merveillement de tout ce qui t’entoure ; Ton rire franc et lumineux traduit bien ce que tu sembles penser en ce moment: «Ce soir, je vais profiter pour m’Ă©clater au max! »

Un sourire se dessine Ă  l’encoignure de mes lèvres tandis que je continue de te dĂ©visager Ă  la dĂ©robĂ©e. Tu ne le sais sans doute pas encore, mais je suis le  prĂ©dateur par excellence  de ces genres de soirĂ©es de PĂ©tion-ville dites ” huppĂ©es “, organisĂ©es par des jeunes en mal de vivre. Ils cherchent par tous les moyens et artifices de s’amĂ©ricaniser encore plus chaque jour,  s’érigeant en  protagonistes de leurs propres « shows » qu’ils alimentent via Instragram ou Facebook en quĂŞte de quelques ” like” et d’une certaine reconnaissance de la sociĂ©tĂ©.

C’est décidé, je viens de faire de toi ma plus récente proie. Je connais notre histoire avant même qu’elle ne s’inscrive dans le temps, car à force de jouer le même rôle, le script est resté graver dans mon âme à jamais.

Ton regard s’accroche finalement au mien, j’y lis de l’Ă©tonnement mais surtout de la curiositĂ©. Je te vois chuchoter quelque chose à  ta ” BFF ” qui ne t’avait pas lâchĂ©e de la soirĂ©e. Cette dernière porte Ă©galement son attention sur moi et rĂ©pond Ă  ton interrogation. Ta mine pâlit Ă  mesure qu’elle te fait un rĂ©sumĂ© de ma vie privĂ©e selon les racontars qui circulent si bien dans notre petit cercle fermĂ©. En l’espace de quelques secondes, tu crois sĂ»rement dĂ©jĂ  tout savoir de moi.  ” Player ”  traumatisĂ© par une navrante relation datant de son adolescence et qui se complaĂ®t  dĂ©sormais dans son rĂ´le de Don Juan.

Cette petite lueur rĂŞveuse que je vois surgir dans tes yeux Ă  la fin du monologue de ton amie ne fait que confirmer l’impression que j’avais de toi: tu es bel et bien inexpĂ©rimentĂ©e. Tu as sans doute Ă©tĂ© l’une de ces filles  ayant passĂ© la plus grande partie de son adolescence surprotĂ©gĂ©e et gardĂ©e jalousement au sein du cocon familial. Ton seul Ă©chappatoire a étĂ© de d’adonner Ă  la lecture de  ces romans Ă  l’eau de rose dans lesquels le brun, mĂ©chant et tĂ©nĂ©breux mâle  change par amour pour sa belle.

MalgrĂ© les avertissements de ton amie, ton innocence et ta quĂŞte de romantisme ne peuvent visiblement t’empĂŞcher d’espĂ©rer vivre l’une de ces idylles livresques qui t’avaient sĂ©duite  plus jeune. Tu m’imagines dans la peau de Don Juan et toi dĂ©jĂ  dans celle de Maria… Mais, tu ne comprendras jamais que je refuse tout simplement de changer ; que mon rĂ´le de prĂ©dateur me plait et que j’ai Ă©tĂ© Ă  une Ă©poque aussi candide que toi. Cependant,  j’ai tĂ´t eu Ă  apprendre par la plus cruelle des manières que l’amour n’a rien Ă  voir avec les contes de Cendrillon. Tu ne comprendras jamais que je sais pertinemment que tu es une fille bien, que si j’avais toujours un cĹ“ur, je pourrais sans aucun doute me laisser emmĂŞler encore une fois dans les filets de l’amour. NĂ©anmoins, j’ai fait le choix de vivre tel quel et  je suis heureux.

Tu ne concevras jamais que ce que tu es en train de vivre en ce moment se rĂ©plique Ă©galement Ă  Laboule, Ă  Pèlerin ou encore Ă  Delmas, voire Miami, New York, Paris… Qu’au moment oĂą tu me contemples songeuse, il y a quelque part, un type bien qui t’Ă©cris tous les poèmes d’amour que tu voudras que je t’écrive un jour. Ce type Ă  qui tu briseras le cĹ“ur et qui deviendra un jour comme moi…

J’Ă©teins ma cigarette et je t’offre mon sourire tranquille tout en sachant que ton cĹ“ur vient de rater un battement. Je m’avance vers toi et t’invite Ă  danser sur le remix de ” I feel so close to you right now”. Un fait exprès, car je sais bien que tu as rĂŞvĂ© tant de fois de danser sur  ce morceau avec un Damon Salvatore…

Ce soir je te ferai vivre une aventure digne d’un monde fĂ©erique mais le lendemain sera tout autre. Tu me reverras dans moins d’un mois Ă  une soirĂ©e pareille Ă  celle-ci, me trĂ©moussant sur cette mĂŞme mĂ©lodie avec une autre. Sous tes yeux, je l’embrasserai comme je prends tes lèvres dans les miennes en ce moment.

Tu me dĂ©testeras et quelques jours plus tard, tu te plaindras de ta douloureuse aventure Ă  ton amie, ce qui confirmera les rumeurs sur ma sulfureuse vie privĂ©e. Tu me tiendras responsable de toutes tes illusions et dĂ©sillusions, mais en aucun cas tu ne te rappelleras que je ne t’avais fait aucune promesse…

Milady Auguste

Image: Nathalie Jolivert

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Milady Auguste
Étudiante en médecine, patriote , passionnée d'art , d'histoire et de littérature , j'ai une personnalité très polyvalente qui se manifeste à travers mes écrits . Grande observatrice j'utilise ma plume et les mots pour peindre tout ce qui m'entoure. Si vous croisez un jour une jeune femme qui vous observe avec de grands yeux ayant à portée de main son IPad ou son portable et qui affiche un sourire énigmatique ou malicieux , vous saurez que c'est moi ! ;)

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