SOCIÉTÉ

Les matériaux de construction sont plus chers pour ceux qui habitent les zones défavorisées

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Non guidés par un plan d’urbanisation, des habitants des quartiers défavorisés de Port-au-Prince investissent le peu qu’ils ont pour construire un logement. Mis à part les prix des matériaux eux-mêmes, les frais exigés pour les transporter à dos d’homme à travers des pentes souvent très accidentées font grimper considérablement le coût total des constructions

Cité Lumière et Jalousie sont deux des nombreux quartiers défavorisés de Port-au-Prince. « On accède à ces zones et l’on y circule via des corridors exigus. On n’y trouve pas de structures routières pour faciliter la livraison de matériaux de construction », faisait remarquer l’ingénieur et géologue Lionel Rabel lors d’une prise de parole à la Fondation Konesans ak Libète (FOKAL) le mois dernier.

Ces quartiers se développent le plus souvent au flanc des montagnes dans les villes comme Carrefour, Pétion-Ville, Gressier et Port-au-Prince. Du coup, les frais de transport sont parfois élevés. « Les matériaux de construction sont souvent déposés au bord de la route menant vers le quartier pour être transportés et acheminés par la suite sur le site de construction », confie Walking Janvier, un ouvrier qui travaille dans le domaine de la construction.

Ces coûts additionnels pénalisent davantage les citoyens à faible revenu, entretiennent la crise de logement et favorisent l’érection de constructions ne répondant pas aux normes de qualité.

Des montants faramineux

Jonas est responsable d’un chantier à Cité 9.  Le propriétaire du site et toute sa famille ont quitté le pays vers la fin de l’année 2013. Pour faire reconstruire la maison recouverte d’une toiture en tôle ondulée, le propriétaire a contacté Jonas pour diriger les travaux.

Cité 9, comme beaucoup d’autres banlieues en Haïti, n’a pas de structures routières. « Pour construire cet édifice, les matériaux achetés sont donc livrés sur la route principale menant vers la zone », raconte Jonas, qui explique avoir beaucoup dépensé pour transporter les matériaux sur le chantier.

Bien que la construction du bâtiment se fait dans un quartier populaire, le propriétaire a exigé que les matériaux soient de bonne qualité. « Pour un camion de sable de rivière de 12 mètres cubes coûtant environ 15 000 gourdes, des frais de 5 000 gourdes sont déboursés pour l’acheminer sur le site », dit Walking Janvier qui travaille sur le chantier.

Lire aussi: Pourquoi les constructions à Port-au-Prince ne respectent aucune norme ?

Janvier reconnaît que le sable acheté par Jonas est recommandé dans les constructions. « Mais, poursuit-il, ce sable est un produit de contrebande qui n’a pas subi tous les traitements requis avant d’être amené sur le site ».

Aussi, Jonas affirme avoir payé 10 gourdes par bloc, 50 gourdes par sac de ciment et 25 gourdes pour chaque barre de fer (1/2) transportée sur le site de construction. Le prix d’achat de ces matériaux est respectivement 50 gourdes, 650 gourdes et 625 gourdes. Notons que ces prix varient d’un magasin à un autre.

« Les constructions dans ces quartiers sont donc coûteuses. Plus le site de construction est éloigné de la rue principale menant vers la zone, plus élevé est le coût du transport des matériaux », révèle Walking Janvier.

Les édifices placés près des routes principales n’exigent pas des débours aussi élevés pour le transport. « Pourtant la plupart de ces édifices, plus ou moins conformes aux normes de construction, déjà sont très coûteux », signale Lionel Rabel.

Des constructions non autorisées

Dans les quartiers populaires, le coût de construction varie d’un bâtiment à un autre. Certains édifices sont en apparence plus décents que d’autres montés avec des draps, des bâches en plastique, des feuilles de tôle ou avec des murs non érigés selon les normes.

Les bâtiments dans ces zones se font cependant en dehors de la vigilance de l’État qui devait avant tout délivrer un permis de construire à tout propriétaire dont l’architecture de la maison répond aux principes parasismiques.

Lisez également: La qualité des matériaux importés pour la construction a beaucoup baissé en Haïti

Jocelyn Jeudy est ingénieur et responsable de la section Génie municipal à la mairie de Port-au-Prince. Cette entité au sein de la municipalité livre le permis de construction après avoir étudié le plan d’arpentage de la maison. Pour ne pas encourager des constructions anarchiques, Jocelyn Jeudy affirme ne pas livrer de permis à des projets ne dépassant pas 25 mètres carrés.

L’ingénieur Jeudy avoue qu’il n’existe pas de plan d’urbanisation pour la ville de Port-au-Prince. L’État n’a pas encore défini, les types de constructions adaptées à chaque zone, dit-il. Par conséquent, les permis sont délivrés uniquement pour « les travaux ayant un type de construction conforme et qui suit les normes parasismiques ».

Des constructions non orientées

L’autre difficulté de ces projets demeure l’informel. Normalement, « chaque site de construction devrait bénéficier des compétences d’un architecte et d’un ingénieur », révèle l’ingénieur-géologue Rabel. C’est très rarement le cas dans la réalité.

En élaborant le Guide de bonnes pratiques pour la construction de petits bâtiments en maçonnerie chaînée en Haïti, l’État n’a pas non plus encouragé la population à solliciter l’aide des professionnels en la matière pour la construction de leur maison. La précarité de certains citoyens explique aussi l’absence de ces professionnels sur les chantiers.

Malgré l’existence du code national de bâtiment haïtien élaboré après le séisme de 2010 par le Ministère des Travaux publics, Transport et Communication (MTPTC), le champ de la construction évolue de manière faible et non orientée en Haïti.

 

Commentaires

Emmanuel Moïse Yves
Journaliste à AyiboPost. Étudiant en communication sociale. Je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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