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Le parcours atypique de Nérilia Mondésir

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Comme son homologue masculin avant elle – Wilde Donald Guerrier –, et à l’instar de sa coéquipière Melchie Daelle Dumonay, Nérilia Mondésir a été retenue, fin janvier 2018, parmi les onze (11) meilleures joueuses de football de la CONCACAF dans la catégorie U-20. Mieux que Wilde Donald, elle va disputer avec Haïti les phases finales de la coupe du monde féminine de football qui aura lieu en France, en août prochain dans cette même catégorie. Petit à petit, elle s’installe comme la figure de proue du football féminin dans le pays. Et l’on se demande logiquement : d’où sort cette pépite qui a tant fait notre bonheur ces derniers jours ?

À l’heure actuelle, il est difficile d’engager une discussion sur le football féminin en Haïti sans que le nom de Nérilia Mondésir ne revienne sur les lèvres de l’un ou l’autre des locuteurs. ”Nérigol”, comme on la surnomme en raison de son efficacité devant les buts, se passe de présentation. Étant l’un des principaux artisans de la qualification d’Haïti pour le mondial féminin U-20 France 2018 (avec quatre buts et une passe décisive), elle s’impose désormais comme une valeur sûre dans ce jeu. Fruit du hasard, son histoire aurait pu connaître une tout autre trajectoire.

 

Une reconversion extraordinaire

C’est à Grand-Pré, une section communale de Quartier-Morin, dans le Nord d’Haïti que Nérilia Mondésir a vu le jour le 17 janvier 1999. Benjamine d’une modeste famille de cinq (5) enfants, elle a fait du sport son activité de prédilection. Déjà dès l’âge de six (6) ans, on la retrouvait jouant au football avec les garçons de son quartier. Mais c’est dans le judo qu’elle avait choisi de faire carrière, sous les conseils d’un cousin. C’est ainsi qu’en 2011, elle a intégré l’École nationale des talents sportifs (ENTS), un programme mis sur pied par le Ministère de la jeunesse, des sports et de l’action civique (MJSAC) qui n’a pas fait long feu. Avec son mental, son talent et sa force physique, Nérilia avait tout pour réussir. En témoignent ses médailles d’or remportées successivement en 2011 et en 2012, dans les catégories U-12 et U-13.

Mais un matin de dimanche 2013, sa vie allait prendre un tournant décisif. Alors qu’elle suivait tranquillement sa formation en judo au ranch de la Croix-des-Bouquets – qui abrite également les locaux de la Fédération haïtienne de football (FHF) –, un coach de ladite fédération la repérait au cours d’un exercice de jonglage. « En la voyant balle au pied, j’étais sidéré », se souvient Wilner Lamarre, non moins fier de sa découverte. Déterminé à l’intégrer dans son équipe, le coach Lamarre l’a invitée dès le lendemain à sa séance d’entraînement. Ce jour-là, elle a marqué, pieds nus, cinq buts face à des joueuses U-15 qui s’entraînaient deux fois par jour. Depuis lors, Nérilia la judokate s’est transformée en Nérigol.

Ses débuts en terre étrangère

Très vite, elle gravit les échelons en sélection nationale. Que ce soient en U-15, en U17 ou en U-20, Nérigol n’a pas cessé de briller. Dans chacune de ces catégories, elle termine à chaque fois avec au moins un soulier d’or à la clef. Des performances qui, logiquement, n’ont pas laissé indifférents les observateurs de l’autre côté de l’Atlantique. En avril 2016, elle a reçu une offre de stage dans l’un des meilleurs clubs français du football féminin, l’Olympique Lyonnais. Des difficultés avec le consulat français en Haïti l’ont empêché d’effectuer ce stage. En juin de cette même année, une autre opportunité s’est présentée, avec le Montpellier Hérault Sport Club (MHSC) cette fois-ci. Un seul essai a suffi pour convaincre les dirigeants héraultais de la recruter au mercato suivant. Ainsi, le 24 janvier 2017, elle a finalement laissé le pays pour l’Hexagone.

Elle a d’abord rejoint l’équipe des moins de dix-neuf (19) ans du MHSC avec laquelle elle a remporté le championnat « Excellence » en juin 2017. Elle y a même marqué un but en finale. En ce moment, cette fan inconditionnelle de Messi évolue avec le dossard 19 dans l’équipe première de Montpellier. « Sa passion et sa discipline sont des qualités qu’elle possède déjà et qui l’aideront sûrement à réussir dans ce sport », prédit Wilner Etienne, le directeur technique national de la FHF. En 2017, l’hebdomadaire culturel et sportif haïtien, Ticket, l’avait sacrée ”Sportive de l’année”.

Palmarès de Nérilia Mondésir :

  • Vainqueur du championnat national haïtien (AS Tigresse, 2014, 2015, 2016)
  • Soulier d’or du championnat inaugural de la CONCACAF des moins de 15 ans (Haïti, 2014)
  • Soulier d’or du championnat de la Caraïbe des moins de 17 ans (Haïti, 2015)
  • Vainqueur caribéen des moins de 20 ans (Haïti, 2015)
  • Soulier d’or caribéen des moins de 20 ans (Haïti, 2015)
  • Meilleure joueuse caribéenne des moins de 17 ans (Haïti, 2015)
  • Soulier d’or du championnat de la CONCACAF des moins de 17 ans (Haïti, 2016)

 

Commentaires

Romaric Fils-Aimé
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