AYIBOFANMEN UNEFREE WRITING

Le pacte d’un futur meilleur…

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Tic Tic…tac tac….

Je retourne mon alliance discrètement Ă  mon doigt tandis que je surveille mon mari du coin de l’oeil qui mange. Elle scintille de mille feux, c’est le signe de mon aisance matĂ©rielle, un confort pour lequel j’ai saignĂ© mes veines. Oui, ce statut, je l’ai gagnĂ© Ă  la sueur de mon front et personne, je dis bien personne, ne viendra me l’enlever. Je me battrai toujours bec et ongles pour ce qui me revient de droit.

Je n’avais que quinze ans lorsque je sus que mon destin serait différent de celui des autres filles avec qui j’évoluais. Oui, je voyais ma mère, simple lavandière, compter ses sous chaque semaine afin de s’assurer que mes frais de scolarité puissent être honorés… et ceci chaque mois. Et quelle école s’il vous plait ? Un trou à rat publique où les professeurs ne venaient que très rarement par faute d’un salaire stable. Si ma mère n’était pas une belle femme à proprement parler, Dieu merci, elle avait eu les mœurs légères dans sa jeunesse et avait eu une liaison avec le mari d’une de ses clientes. J’étais le beau produit de cette incartade qui l’avait assagie et fait prendre le chemin du protestantisme où elle avait prétendument connue une nouvelle renaissance. Oui j’étais belle, je n’avais pas besoin qu’on me le dise, car cela se voyait clairement. Je savais que je n’étais pas comme ces autres filles de ma condition.

Je me savais belle et j’avais dĂ©cidĂ© d’utiliser cet atout pour sortir de la misère. Je me devais d’utiliser cela Ă  mon avantage et non comme une parure pour souligner une quelconque coquetterie. Ma mère me disait que le pasteur voulait que l’on se contente de notre condition, car l’envie pouvait nous mener Ă  notre perte, mais comment aurais-je pu accepter si peu de la vie? J’avais des yeux pour voir et envier le luxe, les belles choses qu’un autre statut pouvait m’offrir. A l’âge oĂą les garçons auraient dĂ» venir me conter fleurette, je les repoussais trop absorbĂ©e dans la construction de mon plan d’avenir. Je devais me parfaire afin d’attraper un homme de la haute sociĂ©tĂ©, le sĂ©duire et me sortir de la crasse oĂą j’évoluais. Pour cela, je n’eus pas froid aux yeux et j’utilisai les stratagèmes qui s’offraient Ă  moi. Les sĂ©ries tĂ©lĂ©, les romans Ă  l’eau de rose m’aidaient dans ma diction et dans ma grammaire française. Marcher Ă  pied et ne pas prendre de tap tap pour l’école constituaient mon activitĂ© sportive et ma source d’économie pour m’acheter quelques babioles additionnelles. Aider ma mère en week-end chez ses clientes me permettait de repĂ©rer de potentielles proies et aussi de m’éduquer quant aux bonnes manières de cette classe bourgeoise Ă  laquelle j’aspirais. Je voyais les filles se pâmer pour un bijou offert, une boite de chocolat, ou encore un tĂ©lĂ©phone. Oh, mais moi, je voulais plus que cela. Je visais une bague de mariage, une fois mes dix-huit ans accomplis, qui m’assurerait le statut en adĂ©quation avec mes rĂŞves.

Neanmoins, je compris assez vite que planifier et exécuter étaient deux concepts différents. Les garçons de mon âge que je visais voulaient plus coucher avec moi que laisser leur jeunesse pour s’embarquer dans la réalité du mariage. En plus, j’avais beau être jolie, je demeurais toujours la fille de l’employée. Je regardais ma mère qui vieillissait satisfaite de son sort et je sus que cela ne serait jamais assez pour moi alors, j’amendai mon plan. J’offris mon corps comme ma mère le fit des années plus tôt à l’un de ces hommes de la fonction publique qui semblait pouvoir m’entretenir sans trop d’efforts. Ma mère comprit rapidement ce qui se passait et me somma d’arrêter. Je lui répondis par la négative. La seule différence qu’il y avait entre nous, c’est que je n’avais pas la naïveté de penser qu’il allait quitter sa femme et ses trois filles pour mes beaux yeux. Non, il aurait mon corps et moi, j’aurais accès à sa bourse pour parfaire mon éducation et rentrer à l’université où je pourrais me réinventer. Le jour, j’étais l’étudiante assidue et la nuit, je serrais les dents et feignais de vivre des émotions avec ce quinquagénaire. Ce jeu continua jusqu’à ce que je rencontrai Nicholas en stage trois ans plus tard…

Nicholas Ă©tait issu d’une famille qui Ă©voluait dans le secteur de la production. Le stage en dĂ©partement de ressources humaines le mit sur mon passage assez souvent…. si bien qu’on finit par nous voir dĂ©jeuner ensemble. On parlait de temps en temps et un soir il m’a mĂŞme inviter Ă  dĂ®ner. Je ne dirais pas qu’il fut instantanĂ©ment amoureux de moi, cependant je sentais son obsession pour ma chair. Et ce qui devait arriver finit par se passer. Après une soirĂ©e arrosĂ©e, nous finĂ®mes Ă  l’hĂ´tel et ce fut ma première nuit avec un jeune homme de mon âge. Bien qu’il fut grisĂ© par la situation, il fut doux dans la mesure du possible mais enflammĂ©. Je me laissai aller pour la première fois Ă  gĂ©mir, Ă  crier de plaisir et non sur commande. Sa peau contre la mienne, sentant le bon parfum et surtout jeune, me fit l’effet du paradis et je compris que cet homme serait Ă  moi. Je n’Ă©tais pas amoureuse, mais je savais qu’il reprĂ©sentait une porte de sortie pour quelqu’un comme moi, portant la misère en son sein depuis la naissance. Je n’allais pas le laisser partir. Ce plan se prĂ©cisa quand le mĂ©decin me confirma que je portais en moi sa semence.

Nicholas, entre temps, tombé amoureux, me proposa de convoler en justes noces. J’étais peut-être pauvre, mais j’étais jolie et en Haïti, cela cachait bien des défauts pour ses parents. Ma mère n’avait pas supporté mon mode de vie et avait élu domicile en province. L’orpheline que je prétendais être épousa sans aucun regret Nicholas et intégra la grande famille à laquelle elle avait tant aspiré faire partie. Mais deux ans plus tard, Nicholas ne fit que confirmer ce que je savais déjà de mon expérience avec les hommes : ils étaient inconstants et menteurs. Monsieur, mon mari, montait tout ce qui bougeait et même si je prétendais ne rien voir, je ne pus ignorer la présence d’Anne. Ce fut une rivale tenace en laquelle je me revis, mais elle possédait plus d’atouts que moi. Elle ne voulait pas Nicholas pour son argent, mais parce qu’elle en était amoureuse et ce dernier semblait tendre vers la même inclination. Nous ne faisions plus l’amour et même il se désintéressait de notre fille. Des fois, il ne daignait même plus rentrer. Le seul jour qu’il respectait encore était le dimanche, et ceci peut-être par respect pour ses parents et sa fille.

Mais j’avais trop travaillĂ© pour perdre ce que j’avais… trop trimĂ© pour arriver lĂ  oĂą j’étais. Je n’avais pas eu d’enfance ni d’adolescence Ă  trop rĂ©flĂ©chir sur l’avenir. J’avais offert ma virginitĂ© contre de l’argent pour pousser mes pions sur l’échiquier de la vie. J’avais perdu le respect de ma mère qui ne connaissait mĂŞme pas sa petite-fille de deux ans. Le seul contact qui me restait avec elle demeurait les enveloppes d’argent que je lui envoyais via une de ses amies, mais qui m’étaient toujours retournĂ©es sans avoir Ă©tĂ© ouvertes. Non, je n’allais pas perdre Nicholas après tous ces sacrifices. Je ne ratais jamais mes objectifs, je n’allais pas commencer Ă  le faire maintenant.

Le tic-tac de l’horloge continua et j’adressai un sourire mielleux Ă  Nicholas qui venait de dĂ©poser sa cuillère. Il ne ratait jamais la soupe de giraumont du dimanche, mais ce qu’il ne savait pas, c’était que ce serait sa dernière soupe. Oui, je prĂ©fĂ©rais encore ĂŞtre veuve plutĂ´t que de renoncer Ă  mon statut. J’avais trop donnĂ© mĂŞme si je n’avais pas encore dĂ©passĂ© le cap de la trentaine…

Meg Jean

 

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Meg
I am just a girl in love with coffee crossing life with her ups and downs. I prefer to let people have their own idea about who I am. I am also a humanitarian worker and I love to discover new culture and new people. I want my writing to touch people and make an impact in their life.

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