SOCIÉTÉ

La technologie absente de la Formation Professionnelle en Haïti

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Après le séisme du 12 janvier 2010, le besoin d’une reconstruction urgente du pays s’est fait sentir.  Comment penser la rénovation du pays sans passer par une formation technique et professionnelle  de qualité?

« 187 centres de formation technique et professionnelle (FTP) sont reconnus par l’Institut national de la formation professionnelle (INFP) », tel est le chiffre fourni par Yves Villefranche, directeur des opérations de cette entité. L’INFP est une direction déconcentrée du ministère de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle (MENFP). Les normes de qualités dans la formation technique et professionnelle sont dictées par le MENFP à travers l’INFP.

L’État haïtien dispose de dix-neuf centres de FTP à travers le pays. L’INFP assure leur gestion avec un budget évalué à 319 millions de gourdes. 23 autres centres privés sont subventionnés à partir de ce montant. La plupart des offres en domaine technique et professionnel proviennent du secteur privé. Des entités publiques investissent aussi le champ et favorisent du coup la prolifération des écoles techniques et professionnelles sans l’accord de l’INFP.

Seuls 187 centres de formation technique et professionnelle sont reconnus par l’État haïtien.

 

Une formation parcellisée

À côté de l’INFP, des entités étatiques interviennent dans la FTP dans le pays. Ce sont entre autres, le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), le ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST), le ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR). Selon Yves Villefranche, cet éparpillement constitue une contrainte au développement de la formation professionnelle en Haïti.

« Ces entités ne sont pas mandatées pour offrir une formation technique et professionnelle », confie-t-il. Les diplômes remises sont toutefois des diplômes d’État non reconnus par l’INFP. « Certains professionnels de ces écoles qui désirent poursuivre leur formation ailleurs sont obligés d’avoir la reconnaissance légale de l’INFP », poursuit le directeur.

Une formation au rabais

Les centres techniques et professionnels publics sont en proie à de multiples problèmes. Selon Yves Villefranche, la qualité de l’enseignement ne répond pas aux vrais problèmes du pays en matière de construction et connaissances agricoles. « La vétusté du matériel et des instruments de travail, le manque d’encadrement des professeurs et étudiants sont les principaux éléments qui caractérisent la faiblesse du système par rapport à la modernité technologique », dit-il.

 La qualité de l’enseignement ne répond pas aux vrais problèmes du pays en matière de construction et de connaissances agricoles.

Les disciplines offertes par les centres publics sont au nombre de quarante-neuf. Les plus prometteuses sont celles en matière de construction, de l’hôtellerie et du tourisme. Quoique les équipements ne soient pas modernes, les centres publics les mieux équipés sont au nombre de neuf dont le centre pilote de formation professionnelle de Varreux à Port-au-Prince et celui de Jacmel. À ce stade, le système de formation professionnelle est loin d’être à la dimension des besoins du développement national.

Peu nombreux sont les diplômés dans la FTP qui arrivent à intégrer le marché du travail. L’employabilité des jeunes dûment formés est l’un des plus grands défis dans ce secteur. Selon les chiffres de l’INFP, seulement neuf pour cent intègrent le marché du travail sur les 5 700 diplômés par année.

Les niveaux de formation

La formation technique et professionnelle en Haïti est dispensée dans cinq établissements, dont les établissements d’enseignement professionnel (EEP), les écoles de l’enseignement technique (EET) et les centres ménagers (CM). Les différents niveaux correspondent à cinq types de diplomation. «Néanmoins, les diplômes effectivement sanctionnés au niveau de l’État dans la réalité correspondent à deux niveaux : les brevets d’aptitude professionnelle (BEP), les baccalauréats professionnels (BAC PRO) », explique Yves Villefranche.

Selon une étude réalisée en 2017 sur l’état des lieux de la formation professionnelle en Haïti, l’enseignement est confié à deux réseaux. Le réseau formel d’une part, à travers les centres ou établissements de formation professionnelle et d’autre part, le réseau informel à travers le système d’apprentis basé sur l’apprentissage traditionnel dans les entreprises de ce secteur.

Le projet de loi portant réorganisation et modernisation de la FTP adopté en conseil des ministres en juillet 2014 et qui vise à redéfinir le cadre normatif de la formation technique et professionnelle n’est pas encore voté au Sénat de la République. Ce document de 34 articles, voté à la chambre basse en 2017, devrait procéder à une complète réorganisation de la formation professionnelle afin de lui permettre de jouer son rôle d’accompagnement du développement économique et social du pays.

Commentaires

Emmanuel Moïse Yves
Journaliste à AyiboPost. Étudiant en communication sociale. Je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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