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“JL Fine Shoes” relance la cordonnerie industrielle haïtienne

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Plus de trois ans après son arrivée sur le marché, l’entreprise haïtienne de fabrication de chaussures, JL Fine Shoes S.A. est sur le point de gagner son pari. Celui de participer de manière viable à la relance de la production nationale. D’autres projets envisagés pour accroître la productivité et la rentabilité de l’entreprise confirment le succès de ce premier investissement.

Il était 9h10 à notre arrivée à Pétion Ville dans le showroom de la JL Fine Shoes S.A. sise au numéro 87 de la Rue Grégoire (Complexe Esperanza). Là, sont exposés plusieurs échantillons des chaussures de la compagnie. 7,5 millions de dollars américains ont été investis par des Haïtiens dont le président directeur général, Jean Lucien Ligondé, dans un pari pour relancer la cordonnerie haïtienne. Depuis mai 2014, l’entreprise travaille à fabriquer des chaussures de qualité à des prix abordables.

C’est une production qui va actuellement au rythme d’environ 1 000 paires de chaussures par jour pour un public cible composé essentiellement d’écoliers et d’écolières. De nouveaux projets sont déjà envisagés par les investisseurs pour combattre l’importation des chaussures usagées « pèpè » qui inondent le marché local.

Concurrence zéro

JL Fine Shoes S.A. est la seule entreprise haïtienne qui évolue sur le marché dans ce secteur. La seule concurrence demeure les chaussures usagées importées. Elle est représentée à Tabarre, à Delmas, au Cap, aux Cayes, à Jacmel à Fonds des nègres et dans le Plateau central par d’autres commerçant-e-s qui se les procurent en gros au prix de 750 gourdes la paire tandis que les tarifs de la concurrence vont jusqu’à 1 250 gourdes. 

« Actuellement, nous soutenons un projet de mise sur pied de trois nouvelles usines à travers le pays. Un investissement dont le budget est estimé à 37 900 000 dollars américains » explique Jean Lucien Ligondé. Ce nouveau projet confirme la réussite de la première. L’objectif sera désormais de produire 800 000 paires de chaussures au quotidien soit 292 000 000 paires tous les ans. « Ce serait le nombre de paires qu’il nous faudrait pour tous les enfants d’Haïti » déclare le directeur général.

Pour y parvenir, l’entreprise mise sur un prêt qu’elle remboursera sur dix ans. D’autre part, Jean Lucien Ligondé croit que l’État doit s’y impliquer. « l’État doit contribuer dans la lutte pour combattre l’importation, qui est à risque pour les consommateurs et se mettre du côté de la production nationale », estime-t-il. La création de ces trois nouvelles usines permettrait à la jeune entreprise d’embaucher mille jeunes.

Au bénéfice de jeunes défavorisés

À l’usine de fabrication sise au numéro 3 de la rue Barbancourt, la production prend du galon. Plus de  160 jeunes sont au travail du lundi au vendredi de 7h30 à 15h30. D’une pierre deux coups : « En aidant mon pays, je crée de l’emploi pour les jeunes » nous dit Jean Lucien Ligondé. Pour lui « les quelques trois milliards de dollars d’importation de produits par année auraient pu contribuer à la création d’environ un million d’emplois si le pays confectionnait ses biens. »

En effet, environ 200 jeunes, tous de quartiers défavorisés de Cité Soleil, recrutés sur concours, sont formés en cordonnerie sous la supervision d’experts internationaux avant d’être employés par la compagnie. Ils sont d’abord formés en cordonnerie artisanale avant de passer à la cordonnerie industrielle qui requiert le maniement des outils technologiques spécialisés. Si avant, le rythme de la production était d’environ 200 paires par jour, aujourd’hui le progrès est incontestable. « Le même nombre d’employés qui fournissait 200 paires par jour va aujourd’hui à la production d’environ 1000 paires » se satisfait le PDG.

Un travail d’équipe

De la coupe à l’assemblage en passant par la couture, la confection de chaque paire de chaussures est faite avec un grand soin. Pour preuve, chacune de ces étapes subit jusqu’à 7 contrôles de qualité par un superviseur soutenu par des machines adéquates. Ce n’est plus un long processus au vu de l’habileté et la maturité des employés aujourd’hui. « La durée de confection dépend du modèle en question car le nombre d’opérations nécessaires pour une paire diffère d’une autre. Ainsi, une paire peut être confectionnée en 27, 39, 49, 57 jusqu’à 73 opérations selon le modèle », explique Eugène Ligondé, le manager de la production.

Ricardo Verdieu qui assure la supervision de la coupe affirme que c’est la base de la production. « Si la coupe ne fournit pas de travail, la couture n’aura rien à coudre et aucun assemblage ne sera nécessaire » déclare-t-il. À la fin de ce processus, la couture – qui est sur la supervision de Nathalie Delsoin – se charge de la suite. Pour elle, « c’est l’étape la plus longue et la plus difficile dans la confection d’une chaussure. Si la couture n’est pas bonne, il n’y a pas de chaussure », soutient-elle. Après la couture il ne manque que l’assemblage et l’emballage. De là s’achève la tâche des employés confectionneurs.

 

Pour la relance de la production nationale

Si l’ambition est – selon le slogan de la compagnie – de mettre « l’élégance et le confort à vos pieds », « l’objectif du projet est la relance de la production nationale » affirme directeur Ligondé. Cela revient à parier sur le long terme. Car, « la production nationale demande beaucoup de sacrifices parce que de telles initiatives ne sont pas rentables avant plusieurs années » explique-t-il.

Ces investisseurs ont affrontés de nombreux obstacles pour mener à bien ce projet qui s’annonce convaincant à ce jour. Mais, il n’y a pas de rose sans épines. Depuis la planification, la formation des jeunes, l’acquisition des équipements jusqu’à la mise sur pied de l’entreprise, aucune des étapes n’a été chose facile. « Ce n’est qu’après les trois premières années que nous pouvons parler maintenant de croissance dans le secteur. Accepter de faire de la production nationale c’est accepter de ne pas faire d’argent pendant 4 ou 5 ans pour aider son pays » déclare Jean Lucien Ligondé.

La fiscalité est nulle durant les 5 premières années outre les droits de vérification qui s’élève à hauteur de 6% des matériels courants. Cependant, « l’État doit faire de l’argent et en tant que citoyen, je paie tous mes impôts, par exemple : la taxe pour les personnels » certifie le PDG.

Viser le marché extérieur

« Quelque soit le projet, pour être rentable, il ne doit pas viser un seul marché sinon il sera coincé par la concurrence d’autres innovations extérieures » affirme le PDG. C’est pourquoi, avec la croissance que connaît présentement l’entreprise, la vision se projette désormais vers le marché extérieur.

Des modèles sont actuellement confectionnés par la JL Fine Shoes S.A. pour des représentants étrangers.  Josil Jean Verdieu, superviseur de l’échantillonnage,  s’occupe de la demande des patrons étrangers. Il affirme : « aujourd’hui, notre clientèle étrangère s’agrandit. Le patron étranger peut nous fournir un échantillon sur lequel nous travaillerons à la production tout comme nous pouvons lui proposer nos inventions. »

Du marché local à l’extérieur, JL Fine Shoes S.A. continue vers la concrétisation de ce projet de relance de la production nationale auquel l’État est invité à se joindre.

Filisner Dieujuste

 

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