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Haïti prise au piège des griffes impériales américaines

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Le racisme anti-noir systémique des États-Unis sur leur territoire et à l’étranger explose les illusions de la démocratie en Haïti. Atteindre une véritable indépendance exige la solidarité, explique le chercheur James Darbouze

Depuis le XIXe siècle, l’histoire d’Haïti et celle des États-Unis sont souvent liées. Outre le fait qu’ils ont été les deux premiers pays de la région à se constituer en États indépendants — Haïti en 1804 et les États-Unis en 1776 — des contingents de combattants haïtiens se sont rendus à Savannah, en Géorgie, pour combattre aux côtés des États-Unis d’Amérique dans leur guerre d’indépendance.

Malgré ces liens d’origine, les États-Unis ont boycotté l’indépendance d’Haïti et ont entravé ses efforts de développement pendant plus d’un demi-siècle. L’élite dirigeante blanche américaine a toujours opéré en fonction du principe, consacré à l’époque, de la suprématie blanche, soutenant l’idée que les Blancs doivent dominer le monde. Avec de très légères modifications, le principe de discrimination négative à l’égard des gens de couleur, enraciné dans le régime racial de la période coloniale, continue de sous-tendre en grande partie la politique intérieure et étrangère des États-Unis.

Récemment, alors que les manifestations contre les tirs assassins de la police de Wisconsin sur Jacob S. Blake, un Afro-Américain de 29 ans, secouaient les villes américaines pour la troisième nuit consécutive, le 25 août 2020 un adolescent blanc activiste des mouvements d’extrême droite, Kyle Rittenhouse, a tiré et tué deux manifestants à Kenosha, dans le Wisconsin. La police a laissé Rittenhouse quitter les lieux avec son fusil d’assaut (AR-15), alors même que des témoins criaient qu’il venait de tirer sur des gens. Une séquence vidéo du même soir a montré des policiers de Kenosha distribuant de l’eau à un groupe de miliciens lourdement armés alors qu’un officier disait : « Nous vous apprécions les gars, nous vous apprécions vraiment ».

Quelques jours plus tard, en Haïti, le 31 août 2020, une fédération de gangs, proches du parti au pouvoir, dirigé par l’ancien policier Jimmy « Barbecue » Chérizier a tué plus d’une douzaine de personnes dans le quartier de Bel-Air, à Port-au-Prince, sous le regard complice des autorités haïtiennes. Cet épisode meurtrier n’était qu’un acte parmi une série d’au moins neuf massacres qui, depuis 2018, ont fait 306 morts, 55 disparus et laissé 214 enfants orphelins.

En Haïti comme aux USA, dans les deux pays, l’État tolère la brutalité policière et la terreur paramilitaire contre les populations dissidentes. Que celles-ci soient confrontées à des milices blanches ciblant les manifestants du Black Lives Matter ou à des gangs meurtriers terrorisant les quartiers pauvres et les militants haïtiens.

En Haïti, la prolifération récente de groupes criminels violents résulte en grande partie de la politique étrangère américaine. Depuis environ une décennie, les États-Unis soutiennent inconditionnellement l’actuel régime haïtien, qui à son tour facilite l’expansion des gangs pour empêcher la contestation et maintenir le pouvoir.

Haïti n’étant pas productrice d’armes, la plupart des armes en circulation dans le pays proviennent des États-Unis. Venant d’un pays où les populations racisées, les Noirs, les autochtones et les Latinos, sont aujourd’hui encore confrontées à un racisme systémique et où la mentalité dominante reste fermement ancrée dans la tradition de l’extrême droite et du Ku Klux Klan, ce sceau tacite d’approbation internationale n’est pas une surprise.

Le traitement réservé par le gouvernement des États-Unis aux Noirs américains offre une perspective pour analyser la politique étrangère de ce pays en Haïti et ailleurs dans l’hémisphère. Depuis le 19esiècle, les États-Unis n’ont jamais soutenu la « démocratie » en Haïti. Les relations de ce pays avec la première République noire indépendante ont toujours été empreintes de domination, de condescendance, d’oppression et d’exploitation.

Ce qui est conceptuellement compréhensible compte tenu de la ségrégation que les pères fondateurs et la société civile américaine ont installée aux USA. Partant de ces considérations, le mouvement Black Lives Matter pourrait être une excellente plateforme de solidarité avec les revendications du peuple haïtien.

L’ombre insistante de l’Empire sur Haïti

Il est de plus en plus clair que l’Empire étasunien est en crise. Dans ses efforts pour se préserver et se restaurer, il a impulsé une descente dans le fascisme aux États-Unis et ailleurs dans la région, y compris en Haïti.

En Haïti, la montée au pouvoir depuis 2011 des bandits légaux, marque déposée d’une masculinité toxique, a exacerbé une culture de viol, de corruption et d’impunité, comme l’explique Sabine Lamour dans un article publié récemment. Des officiels du gouvernement, des personnalités médiatiques influentes et des chefs de gangs notoires ont été accusés d’agression sexuelle et de violence systématiques.

Les habitant-e-s des quartiers populaires connu-e-s pour protester énergiquement contre leur délaissement sont fréquemment la cible de massacres punitifs organisés par l’État haïtien. Et bien que M. Jovenel Moïse ait été impliqué dans le gaspillage d’au moins deux milliards de dollars des fonds PetroCaribe, le Core Group — la communauté internationale en Haïti, dirigée par les États-Unis — le soutient sans conditions depuis son élection en 2016, considérée comme massivement frauduleuse.

Lire aussi: L’anatomie politique des gangs armés d’Haïti

Fort de ce soutien international à son régime, ces dernières années, M. Moïse a recouru à la violence des gangs pour transformer des quartiers entiers de la capitale haïtienne, notamment les quartiers populaires, en zones d’exception, zones de non-droit où le droit à la vie, droit fondamental de la population n’est pas respecté.

Le pays est devenu un « mouroir » à ciel ouvert, un abattoir humain : de janvier à août 2020, 944 personnes ont été assassinées, selon le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH). Il y a eu 124 cas d’enlèvements au cours de la même période. En outre, toujours selon les chiffres du BINUH, le système national de santé a signalé 998 cas de viols entre mars et août 2020, dont une très petite minorité a été signalée à la police nationale d’Haïti.

En surplus, on estime que 35 % du territoire est sous le contrôle de gangs armés et de groupes paramilitaires au service de l’actuel gouvernement. Et selon Jean Rebel Dorcénat de la Commission nationale pour le désarmement, le démantèlement et la réintégration (CNDDR), plus de 96 gangs armés opèrent à travers le pays. Quelque 500 000 armes illégales sont actuellement en circulation.

Les prétendus groupes de solidarité expriment souvent leur incrédulité face au soutien américain au régime haïtien. Mais l’État américain a démontré à maintes reprises que ses prétentions à défendre la « démocratie » ne sont rien de plus qu’une rhétorique vide servant ses intérêts.

Les interventions de Washington en Haïti révèlent que l’illusion de la démocratie est plus importante pour la puissance impériale que tout ce qui ressemble à la véritable volonté du peuple. Qu’est-ce que la « démocratie » selon l’idéologie du gouvernement actuel d’Haïti ? Quelle est la stratégie des États-Unis en Haïti ? Et quelles sont les similitudes entre la politique intérieure américaine et sa politique étrangère en Haïti ?

La signification d’Haïti dans le monde

En tant que premier pays à abolir l’esclavage dans la région, Haïti a été le premier pays véritablement libre et indépendant des Amériques. Comme tout premier, ce statut lui a conféré un leadership dans la région. En 1803, sous la direction de Jean-Jacques Dessalines, l’armée indigène haïtienne a battu les troupes coloniales françaises de Napoléon Bonaparte. Battre la plus grande armée blanche de l’époque : quel meilleur moyen de contester la suprématie blanche et de faire taire l’arrogance hellène ?

L’Occident n’a jamais pardonné à Haïti cette humiliation infligée à la race blanche et à l’idéologie raciste dominante de l’époque. Les États-Unis qui pourtant avaient obtenu leur indépendance de l’Angleterre plus tôt qu’Haïti (1776), maintenaient la servitude africaine dans leurs plantations de coton et de tabac. En 1860, quatre millions de personnes racisées étaient encore en esclavage. Il faudra une guerre civile de quatre ans (1861-1865) et le 13amendement pour mettre fin au régime esclavagiste, du moins sur le papier, bien que les pratiques discriminatoires à l’égard des populations de couleur continuent aujourd’hui.

Le 1er janvier 1804, Haïti s’est introduit avec fracas sur la scène internationale, avec un narratif puissant : les fondateurs ont créé la première République noire indépendante des Amériques. Elle était anti-esclavagiste, anticolonialiste, antiraciste, ethniquement diversifiée avec un tissu social complexe, et abritait un immense patrimoine culturel et historique du fait de trois siècles de processus de créolisation (1492-1804).

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, Haïti a continué, d’une manière ou d’une autre, à occuper le centre de la scène caribéenne, car ses fondateurs ont rapidement mis en œuvre une politique étrangère centrée sur les principes de liberté, d’humanisme ainsi que d’un refus farouche de se conformer à l’idéologie dominante, imposée par les nations occidentales.

L’analyse approfondie de Weibert Wien Arthus sur les débuts de la politique étrangère des fondateurs laisse entrevoir que ces derniers avaient une conscience claire et distincte des enjeux des relations internationales d’Haïti avec les pays dominants. Selon Leslie F. Manigat, les intérêts privés et particuliers ont joué un rôle clé dans l’implication des puissances étrangères en Haïti, comme le détaille Georges Eddy Lucien dans un autre article.

« La politique des grandes puissances vis-à-vis d’un petit pays marginal… est plus facilement laissée aux actions d’intérêts privés », écrit Manigat. Tout en étant donc « dictée par une « structure causale dominante »… cette politique, dont l’exploitation est un principe organisateur, « est mise en place par l’action patiente et habile d’intérêts privés ».

Ainsi, faut-il comprendre qu’en Haïti aujourd’hui, bien que la majorité de la population réclame un changement radical tant dans la forme du gouvernement que dans le contenu de la société, les États-Unis continuent de soutenir les dirigeants discrédités et de soutenir le développement d’un fascisme alimenté par une crise sans précédent dans l’histoire d’Haïti.

Quête alternative de solidarité et la réponse de l’Empire

Avant qu’une flambée de sanctions occidentales et d’autres facteurs ne viennent saboter sa production, court-circuiter son expérience de démocratie participative et diminuer le niveau de vie de sa population, le Venezuela était jusqu’à récemment le plus grand exportateur latino-américain de pétrole brut.

Grâce à l’accord de coopération énergétique PetroCaribe, il a vendu son pétrole à des pays membres à des conditions de paiement préférentielles. Cette alliance, désormais suspendue, a été créée le 29 juin 2005 avec 13 pays. Haïti a signé l’accord en mai 2006 après l’élection du président René Préval et l’a officiellement rejoint l’année suivante.

Entre 2008 et 2018, la terre de Dessalines a ainsi pu obtenir du pétrole à un tarif préférentiel tout en bénéficiant d’une flexibilité de paiement. Selon les termes de l’accord, Haïti devait vendre une partie du pétrole à des entreprises locales à un prix plus élevé, et les bénéfices devaient être utilisés pour financer des projets sociaux et de développement.

Cependant, alors que l’accord représentait clairement une opportunité unique pour de nombreux pays de la région, les États-Unis ont intensifié la pression pour empêcher les pays d’Amérique latine de rejoindre PetroCaribe. Les câbles de WikiLeaks ont indiqué que si les diplomates américains reconnaissaient en privé les avantages économiques pour les pays membres, ils craignaient que PetroCaribe n’augmente l’influence politique du Venezuela.

Dans le cas d’Haïti, tout en reconnaissant que l’accord permettrait au pays d’économiser 100 millions de dollars par an, l’ambassade des États-Unis a travaillé en étroite collaboration avec les grandes compagnies pétrolières pour tenter d’empêcher l’adhésion du gouvernement du président Préval. Les États-Unis, en particulier l’ambassadrice Janet Sanderson, étaient particulièrement irrités par les relations de Préval avec Cuba et le Venezuela au profit d’Haïti. Malgré les réserves et les menaces, Préval a signé l’accord PetroCaribe.

Selon divers observateurs, cette contestation de l’hégémonie américaine a stimulé l’intérêt de Washington à manipuler les élections présidentielles de 2010-2011, et à accorder son soutien sans faille aux présidents Martelly et Moïse, tous deux chefs de « bandits légaux » responsables ou complices de violences meurtrières généralisées. Et bien que leurs deux gouvernements soient impliqués dans le gaspillage des fonds PetroCaribe, le gouvernement américain a maintenu un soutien inconditionnel à ces présidents au cours des dix dernières années.

États-Unis : point d’appui des bandits qui mettent Haïti dans les rangs

Effectivement, les États-Unis entretiennent des relations diplomatiques avec Haïti depuis 1862, date à laquelle Abraham Lincoln a envoyé Benjamin F. Whidden en Haïti pour ouvrir une légation américaine dans le pays. En 1868, le président Andrew Johnson proposa l’annexion de la République dominicaine et de la République d’Haïti.

Puis, prenant la tourmente politique et économique comme prétexte, les États-Unis ont occupé Haïti de 1915 à 1934. En quittant le pays après dix-neuf ans, les forces d’occupation ont laissé un dispositif ultra-répressif de contrôle social et politique : les Forces armées haïtiennes. Bien que ce proxy de la répression internationale ait été démobilisé en 1995 — puis remobilisé plus tard en 2017 — la présence américaine dans la politique haïtienne n’a jamais été aussi forte.

Depuis la chute du régime des Duvalier, il y a plus de trois décennies, le mouvement de contestation haïtien a hérité d’idées toutes faites sur la structuration de sa société, fortement façonnées par les normes américaines et un appareil médiatique réactionnaire complètement acquis aux valeurs antinationales. Dans des endroits comme le Venezuela, les putschistes et les élites déterminés à déstabiliser le gouvernement sont décrits comme des défenseurs de la démocratie parce que leur programme s’aligne sur l’Empire, tandis que les dirigeants politiques élus, dans lesquels la population se reconnait, sont appelés tyrans, démagogues et populistes.

Le discours tournant autour de la « démocratie » comme principal organisateur du consensus politique actuel, a été si coopté qu’il a servi à justifier les efforts de déstabilisation des puissances occidentales, notamment des États-Unis, en Haïti et plus largement en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Alors que les ancêtres en Haïti ont promis une guerre éternelle au colonialisme, le président Moïse agit comme s’il voulait qu’Haïti redevienne une colonie occidentale pour se maintenir au pouvoir. Sous le leadership Tèt Kale, Haïti ne cherche plus, à travers la souveraineté et l’indépendance, à construire une société juste, équitable, durable et anti-impérialiste pour surmonter les injustices que le capitalisme néolibéral a imposées au monde.

La majorité de la société haïtienne rejette le gouvernement du Parti haïtien Tèt Kale (PHTK), qui compte sur le soutien du gouvernement américain comme substitut à la légitimité. Les membres du bloc au pouvoir actuel agissent avec la mentalité des courtiers coloniaux plutôt qu’en tant qu’hommes d’État.

Entre illusion démocratique et vision néocoloniale

La persistance d’une vision coloniale au sein de l’élite dirigeante haïtienne est depuis longtemps évidente. De plus, les forces américaines ont imposé des dirigeants au pouvoir en Haïti, comme l’ont détaillé les câbles de WikiLeaks. Dépourvus de vision ou de projet collectif, ces individus sont motivés par l’appât du profit et, pour conserver leur soutien et rester au pouvoir, ils mettent en œuvre une ligne politique dictée par les intérêts étrangers au détriment des intérêts du pays.

C’est cette logique qui a placé — et maintenu — le PHTK au pouvoir pendant dix ans. Dans le cadre de cet arrangement néocolonial, la politique étrangère haïtienne est une pâle copie de la politique américaine. Contrairement à la période des fondateurs, Haïti ne peut plus prétendre être un pays indépendant qui détermine ses relations internationales en fonction de ses propres intérêts. Il fonctionne plutôt comme une (néo) colonie où les décisions suivent les règles du colonisateur. Toutes les questions doivent être adressées non pas aux serviteurs, mais à leurs gardiens, leurs maîtres.

De ce point de vue, il n’est pas étonnant que Moïse, dans les bonnes grâces de Donald Trump, se voit et se ressente plus comme un commandeur — le gérant, le commerçant — d’une colonie que comme le président de la première République noire, libre et indépendante du monde. Comme tout commandeur colonial, il se considère comme ayant le pouvoir absolu et règne sur la colonie, dans les limites que lui confèrent ses maîtres. Est-ce pourquoi, dans le contexte des relations internationales, certaines choses tout à fait concevables — même si les relations sont inégales — semblent carrément impensables pour Moïse ?

L’exemple des relations haïtiano-vénézuéliennes est éclairant. En 2019, après des années de coopération bilatérale via PetroCaribe, le gouvernement de Moïse s’est rangé du côté de Washington à l’Organisation des États américains en votant pour ne pas reconnaître la légitimité du président vénézuélien Nicolás Maduro. Au Venezuela, comme en Haïti, le projet de l’impérialisme occidental vise à saigner systématiquement le pays pour le rançonner, l’exploiter, l’appauvrir et affamer son peuple.

Depuis deux décennies, le Venezuela est attaqué de toutes parts par les pays occidentaux. Pendant ce temps, de l’intérieur du pays, des éléments réactionnaires en faveur d’une vision inégale de la société et au service des intérêts étrangers ont œuvré à la déstabiliser. Cette guerre sans merci, menée par les États-Unis, est fondamentalement idéologique, car elle attaque la construction d’un État garantissant l’égalité de traitement aux personnes, la répartition équitable des ressources du pays au profit de tous et la cohésion sociale.

C’est une guerre qui fait partie d’un projet politique visant à restaurer au Venezuela, et ailleurs dans le monde, un vieil ordre fasciste, raciste et colonial — contre quoi la République d’Haïti a toujours combattu depuis sa création.

Un appel à la solidarité

Le dramaturge allemand Bertolt Brecht (1898-1956) a dit que le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie, mais le développement du capitalisme en temps de crise. Dans le même esprit, le philosophe français Jean-Paul Sartre (1905-1980) a noté que ce qui définit le fascisme n’est pas le nombre de victimes qu’il faut, mais la manière dont il les tue. C’est ce que nous sommes en train de voir dans la politique étrangère des États-Unis en Haïti, qu’elle soit menée par des démocrates ou des républicains, nous avons affaire à des fascistes. La démocratie et le fascisme prennent forme selon les intérêts de l’Empire.

Tout comme Haïti était une source d’inspiration au 19esiècle pour tous les peuples aspirant à être libres, le Venezuela a résonné comme un symbole pour de nombreux peuples opprimés aspirant à l’autodétermination, la liberté et le bien-être des populations. Et c’est cela qui dérange l’empire !

Aux USA aujourd’hui, dans le cadre du mouvement Black Lives Matter, Haïti pourrait réapparaître comme un symbole important pour la liberté, la dignité, le respect et l’égal traitement institutionnel des personnes racisées. Dans ce sens, il est crucial d’analyser l’agression ininterrompue contre des pays comme Haïti et le Venezuela ; ce sont aussi des attaques contre le pouvoir symbolique.

Aujourd’hui, avec le soutien d’acteurs clés de la communauté internationale, Moïse rétablit le fascisme en Haïti sous couvert de démocratie. Comme aux jours du régime Duvalier (1957-1986), un seul homme gouverne par la terreur. Avec la bénédiction de la communauté internationale, M. Moïse sabote toutes les institutions haïtiennes. Il refuse de respecter les termes constitutionnels de son mandat, arrivé à expiration en février 2021, et il a déjà démontré sa volonté de massacrer la population, en toute impunité, pour rester au pouvoir en tant que courtier colonial.

La question du rôle de la solidarité dans ce contexte devient extrêmement importante. Où doit-on faire face aux maîtres des serviteurs, en Haïti ou aux États-Unis même ? Malgré la vague d’indignation dans le monde causée par le racisme systémique contre les Noirs et les Latinos, Haïti n’est pas à l’ordre du jour.

Comment pouvons-nous mettre les demandes de justice concernant Haïti au premier plan aux États-Unis ? Comment pouvons-nous sensibiliser l’opinion publique internationale contre les viols de masse, les massacres continus de civils sans défense, et autres crimes contre l’humanité, et élever la voix contre la déstabilisation que met en œuvre l’Empire ? Tel est le défi ! Peut-être que s’il existait un mouvement indépendant et international de la société civile, en solidarité avec Haïti, la lutte serait plus avancée. Malheureusement, comme c’est le cas depuis le 19ème siècle, Haïti est seule dans le monde.

Cet article a été initialement publié dans le numéro de printemps 2021 du magazine trimestriel NACLA. Ce numéro est sponsorisé par AyiboPost et Haitian Studies.

Photo de couverture : Valérie Baeriswyl

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James Darbouze
James Darbouze est philosophe, sociologue, enseignant-chercheur indépendant et militant Haïtien

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