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Haïti ne sait quoi faire de ses centres de traitement de Coronavirus

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La plupart de ces centres sont déserts, d’autres ont dû fermer leurs portes

1 011 lits étaient disposés en Haïti dans 26 sites de prises en charge du nouveau Coronavirus qui frappe de plein fouet le monde.

La plupart de ces centres sont aujourd’hui déserts puisque la majorité des 8 000 cas confirmés avait refusé une hospitalisation. D’autres ont dû fermer leurs portes pour multiples raisons, dont l’inactivité ou la non-rémunération du personnel médical.

Néanmoins, il n’y a pas de fermeture officielle des sites de prise en charge du coronavirus dans le pays, selon les dires du directeur général du Ministère de la Santé publique et de la population, Lauré Adrien.

Au centre Covid-19 de Canaan, les activités médicales sont à l’arrêt puisqu’il n’y a pas de patient.

Comme dans certains autres sites, le personnel de Canaan a déserté. Ils se plaignent de ne pas avoir reçu un sou de leur contrat trimestriel avec l’État qui arrive à échéance fin août 2020. Au total, 43 infirmières, 43 auxiliaires et 19 médecins prêtent leurs services à cette structure qui offre une capacité d’accueil de 200 lits, selon Joanne Saintilus, une infirmière du site.

Le DG du MSPP se dit conscient du problème. « La lenteur du paiement survient à cause de la fermeture anticipée de cette année fiscale qui s’est réalisée le 4 au lieu du 30 septembre 2020. Mais tout le monde recevra leurs chèques ».

Des révocations futures

Le personnel doit aussi s’attendre à des changements. « Nombreux sont les contrats qui ne vont pas être renouvelés, annonce Lauré Adrien. Le ratio personnel médical et patient a atteint une disparité alarmante par rapport à ce qu’on avait prévu. C’est carrément anormal que le nombre de médecins et d’infirmières soit énormément supérieur aux patients admis dans les centres. Le ministère a procédé à une diminution du personnel médical. »

Durant la montée des cas de contamination dans le pays en juin dernier, Canaan n’avait que trois patients. Le site du Centre Olympique près de la Route neuf ne comptait qu’un seul patient pour une capacité de 160 lits. Le centre Gheskio n’a enregistré que deux malades à Tabarre.

La léthargie constatée dans les centres de prise en charge du Covid-19 contraste avec les prévisions alarmistes des autorités scientifiques. Le docteur Jean William Pape, coprésident de la commission multisectorielle de gestion du Covid-19, avait anticipé fin avril des millions de contaminés, des centaines de milliers d’hospitalisés et des milliers de morts entre fin mai et début août 2020.

Le pire scénario annonçait trois millions et demi à huit millions de porteurs du virus, l’augmentation des hospitalisations tout comme le nombre de décès qui devait avoisiner les 20 000. Cinq mois après, Haïti déplore uniquement 8 646 infectés pour 225 décès selon un bilan sorti le 20 septembre.

Que faire des centres?

La question maintenant concerne l’avenir des sites de prises en charge. Parmi ces entités, l’on dénombre des structures temporaires et celles construites provisoirement.

« Les centres provisoires comme ceux du Canaan ou du Centre Olympique près de la Route 9 seront fermés quand le pays rentrera dans la phase post covid-19 mentionne Lauré Adrien. Les sites temporaires sont ceux créés dans les structures hospitalières du pays. Ces endroits serviront dans la prise en charge d’autres maladies après le coronavirus, ils ne seront pas forcément fermés. »

La fermeture définitive de tous les sites pour cause d’inactivité n’est pas à l’ordre du jour. Tous les sites fonctionnent normalement, affirme le MSPP. « On ne peut pas prendre les décisions à vue d’œil, rajoute, Yvrose Joseph Chrysostome, médecin responsable de l’unité de planification à ce ministère. Il nous faut des données probantes pour pouvoir décider en fonction des tendances dûment illustrées. »

Photos: «Bondye bon !» par temps de Coronavirus en Haïti

D’autres institutions non étatiques ont devancé les autorités sanitaires du pays. Médecins sans frontières (MSF) se retrouve parmi les hôpitaux ayant tardivement rentré dans le combat contre le Coronavirus en adaptant son centre de grands brûlés aux patients atteints de la maladie.

Début août, MSF met fin à cette prise en charge pour pouvoir se recentrer à nouveau sur son activité habituelle : les brûlés. Cette décision résulte de la diminution des cas dans le centre, selon le responsable de communication du MSF, Lunos Saint Brave. MSF avait reçu 192 patients dans son site de prise en charge à Drouillard. Le site affichait au total 45 lits.

Un résultat inexpliqué

La même tendance à la baisse s’observe au niveau de l’hôpital Saint-Luc qui est le premier des hôpitaux en Haïti à avoir accepté d’accueillir des patients infectés au Coronavirus. À l’heure actuelle, l’hôpital Saint-Luc compte seulement quinze patients, dont quatre personnes positives au Covid-19 placées en isolement. Les onze autres sont en quarantaine.

« Ce centre hospitalier utilise environ 25 % de sa capacité d’accueil à présent en raison de la diminution du nombre de cas avérés depuis près de deux mois », raconte docteur Edson Augustin, directeur médical de l’institution.

Aucune explication scientifique ne vient clarifier pourquoi le nombre de personnes infectées et décédées du Coronavirus est en dessous des prévisions les plus généreuses en Haïti, dans un contexte où une bonne partie de la population abandonne les mesures barrières.

L’épidémiologiste Jean Hugues Henrys pense qu’Haïti a évité le pire scénario. « Dès le début de l’épidémie, j’avais dit qu’il n’y a pas eu lieu de se paniquer sans voir l’évolution de la maladie. En ce sens, dit l’expert, le schéma haïtien n’est pas trop éloigné de ce qui s’est passé en Afrique où l’on s’attendait à une catastrophe qui ne s’est jamais présentée. »

Emmanuel Moïse Yves

Photo couverture : AFP / Estailove St-Val

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Emmanuel Moïse Yves
Journaliste à AyiboPost. Communicateur social. Je suis un passionnné de l'histoire, plus particulièrement celle d'Haïti. Ma plume reste à votre disposition puisque je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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