EN UNESOCIÉTÉ

Et notre jeunesse qui fait peur…

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Ah ! Tu es si jeune…

J’ai entendu cette phrase une dizaine, une centaine, un millier de fois. Au début, ce fut une source de frustrations, un motif d’impuissance. Je me sentais minuscule en l’écoutant. Mais avec le temps et en analysant la démarche de l’ennemi, j’avais compris le jeu. Je me suis rendu compte que ma jeunesse était une menace, une force brutale… et qu’elle faisait peur.

Ma jeunesse fait peur à tous ces anciens dayiva, ces affairistes de tout bord, qui furent tous duvaliéristes au fond, sans jamais porter le « gros bleu » ni un Uzi toute leur vie. Trop vides, trop faibles. Trop précautionneux pour s’opposer au régime, occupés à amasser des fortunes dans la vente de kenkay, mais trop calculateurs et poltrons pour l’appuyer non plus. Et rendre des comptes, en périodes de vaches maigres, quand la populace affamée et en haillons demanda des comptes… à la chute du régime !

Ma jeunesse donne des coliques à ces politiciens de chambre, Lavalas envers et contre tous, sur le papier, qui continuèrent à chuchoter au « Petit Père » que tout allait bien dans le meilleur des mondes quand la rogne commençait à monter, en dessous des grilles du Palais, quand il fallait rétracter ou plier bagage… dans le sang. Ces mêmes qui lui indiquèrent que le mouvement GNB ne fut qu’une « minorité zwit », un détail, auquel on ne devait accorder aucune attention. Ces partisans et sympathisants qui n’hésitèrent pas à trouver un autre pignon sur rue… Une fois l’exil devint inévitable, une fois le précepte se changea en un « ansanm nou fèb, yon sèl nou fò ! ».

Ma jeunesse fout la sueur froide aux technocrates lisses comme les galettes de la Grande Rivière de Les Anglais, dans le fin fond du sud. Chez moi. Ces « Albert Buron » comme dirait le grand frère, sans « bord ». Ni de droite, ni de gauche. Des girouettes ! Mulatristes ou noiristes selon le teint de l’actuel Prince ! Ces « papas » et « mamans » on les retrouve dans tous les gouvernements, de 86 à nos jours ! Avec des diplômes ÈS Ministres, ÈS DG, ÈS Membres de Cabinet et de Commissions, des certificats en « Grands amis » des « pays amis d’Haïti » ! Des échecs sur pattes. Ces « bons citoyens » bien mis, avec un français de chez les mères, un anglais wharf et un espagnol de zafra. Avec ce sourire béat, ils ont une vision du corps social flanqué dans un chalumeau… Un point de vue étriqué ! Hommes et femmes de paille ! Ou de tripes, selon l’humeur du jour !

Ma jeunesse transforme en fumée le sommeil de ces ex-dirigeants, haut-gradés, Monseigneur This, son Excellence That qui furent ou qui sont au timon des Affaires ! Ces Ex-Chef nègres, mulâtres, grimo, sinigal et qui pourtant furent tous « chef ». Quelques millions sur des comptes aux Bahamas ou en Suisse, des Châteaux au sommet d’une des quelconques mornes du pays, des enfants là-bas et une poignée de photos jaunies par le temps sur un mur décoré avec mauvais goût, qui pourtant ont du mal à dormir la nuit. Tard, entre deux séries de kabicha, ils repensent à leurs forfaits, aux coups bas à la nation et l’amer goût d’échec remplit leurs lèvres. Alors, l’impitoyable envie de recommencer revient en trombe… Tard ! Définitivement, trop tard !

Au nom de cette jeunesse traumatisée, qui se perd, qui se cherche, qui doit assurer la relève, à laquelle on n’a pas fait de cadeaux et qui doit survivre dans une Haïti chaotique « grâce » à vous tous, je place cette réplique :

À NOTRE ÂGE, OÙ ÉTIEZ-VOUS ?

 

 Frédéric CHÉRESTAL

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