EN UNESOCIÉTÉ

Educateurs d’aujourd’hui, Héros de demain…

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De nos jours, de moins en moins de jeunes souhaitent devenir enseignants. « Pwofesè pa rapòte ! Pwofesè mouri pòv ». Avec l’accroissement exponentiel du coût de la vie, on ne saurait les blâmer pour de tels propos. Cependant, je ne peux m’empêcher de m’inquiéter de ce qu’il en adviendra de l’éducation dans les prochaines années. À ce train, on sera peut-être obligé d’instruire ses enfants soi-même. L’offre ne satisfera pas la demande, et les professeur(e)s seront de moins en moins qualifié(e)s. Avant de proposer une solution à ce problème, permettez-moi de faire une brève apologie de ces héros.

Selon Linternaute, un héros est une « personne qui fait preuve de courage », ou encore une « personne qui tient le rôle principal dans une histoire. » Ayant côtoyé ces protagonistes pendant les trois quarts de ma jeune existence, et ayant moi-même grandi avec ma mère, enseignante, je peux pleinement affirmer que chacune de ces définitions brosse parfaitement leur portrait.

En septembre dernier, j’ai reçu mon baptême de feu dans ce domaine : professeur d’anglais dans toutes les classes du primaire à l’établissement scolaire dont ma mère est la fondatrice et directrice. Bien entendu, j’ai parfois donné des leçons çà et là pendant deux à trois heures par semaine, le plus souvent en bénévolat, mais mon groupe d’élèves ne dépassait jamais le compte des doigts de mes deux mains. Alors pour la première fois, j’avais la gestion de classes contenant entre douze et trente élèves. Plus les élèves étaient nombreux, plus il m’était difficile d’avoir la maîtrise de la classe. C’était le cas de la classe de 3e année, qui m’a fait voir de toutes les couleurs. Après ma première journée, la probabilité que je retourne dans cette classe était minime. Je n’aurais pas le courage de supporter ces petits démons un jour de plus. En relatant à ma mère ma pénible journée, un sourire au coin des lèvres, elle me dit : « Imagine alors mon calvaire, tous les jours, avec une classe d’une cinquantaine de gamins âgés de neuf ans, à Saint Louis, pendant dix-sept années. J’avais à peu près ton âge quand j’y ai fait mes débuts. » Je me suis abstenue de laisser mon imagination projeter de telles images. Comment avait-elle pu tenir si longtemps ?

Cette expérience, bien qu’éphémère, m’a ouvert l’esprit sur ce métier et m’a permis d’être beaucoup plus compatissante envers mes anciens professeurs, ces êtres humains qui bossent constamment. Le travail les poursuit même à la maison, où ils passent souvent des nuits blanches à préparer les prochains cours, les examens, et/ou à corriger des copies. Leurs élèves les prennent souvent pour des « bêtes noires » qui font de leur vie une torture, ne réalisant pas que, comme les mamans, ils ne veulent que leur bien et leur succès. Il n’est jamais difficile de lire la fierté sur le visage de ma mère, quand elle revoit ses anciens élèves briller dans leur carrière professionnelle. Elle m’a toujours dit que ce métier procure une satisfaction sur le long terme, que l’argent ne peut égaler.

À présent, venons-en à la deuxième définition. Derrière le succès de chaque être vivant se cachent des professeurs. Ils tiennent ainsi un rôle crucial dans la vie de chaque personne, que ce soit de manière directe ou indirecte. Je suis consciente que chaque métier a son importance dans la société. Cependant, comment sont véhiculées ces connaissances ? Pourquoi \l’éducation occupe-t-elle une si grande place dans la société, et ceci dès le plus jeune âge, dans quel que soit la couche sociale ? L’éducation est signe d’espoir pour tous, et est considérée comme la clé du succès. Alors, pourquoi les enseignants sont-ils si dépréciés ? Pourquoi ce métier est donc si dévalorisé ?

Enfin, pour revenir à ma proposition, participons au changement que nous aimerions voir se produire. Personnellement, je ne serai sans doute pas institutrice en maternelle ou au primaire, mais j’envisage d’intégrer l’enseignement supérieur, à temps partiel, dans mon domaine d’expertise ; et aussi faire de l’alphabétisation, pourquoi pas ? Partager mon savoir avec mes confrères sera ma façon de rendre à la vie ce précieux cadeau qu’elle m’a offert. Et peut-être qu’un jour je pourrai fièrement affirmer que j’ai contribué au développement humain et social de ma communauté, de mon pays. Investissons-nous donc dans l’enseignement pour un développement durable, et devenons ainsi les héros de demain.

J’en profite pour exprimer ma gratitude à tous mes professeurs qui ont en grande partie forgé la jeune femme que je suis. Je ne rate pas l’occasion de féliciter également M. Guy Etienne, classé dans le Top 10 du « Global Teacher Prize ». À tous les professeurs, surtout les martyrs des établissements publics, je souhaite du courage et leur exprime mon admiration. Je vous invite enfin, chers lecteurs, à partager cet Ayibopost avec un enseignant afin de lui faire savoir à quel point son travail dans la société est apprécié.

 

RAB

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Image: NPR

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Commentaires

Ricka A Barron
Young woman pursuing a master's degree in Development and Population Sciences, with a vision of a better Haiti, the country that has given her birth and stolen her heart... Dull bio right? I promise my posts aren't! ;)

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