Les noms d’au moins six victimes haïtiennes apparaissent dans les fichiers publiés par département de la justice américaine. Leur défenseur demande le caviardage de ces informations. « Leur identité était censée rester secrète », déclare Valerie Dirksen à Ayibopost
Les identités d’une demi-douzaine de survivants haïtiens du pédophile Michael Karl Geilenfeld apparaissent sans caviardage dans des documents liés au dossier de Jeffrey Epstein divulgués par la justice américaine, constate AyiboPost.
Début février, le département de la Justice des États-Unis a publié près de 3,5 millions de fichiers conformément à l’Epstein Files Transparency Act (EFTA), une loi adoptée par le Congrès américain l’année dernière et signée par le président Donald Trump.
Parmi ces documents qu’AyiboPost continue d’analyser figurent des fichiers judiciaires concernant Geilenfeld, condamné l’année dernière à 210 ans de prison aux États-Unis pour abus sexuels sur des mineurs haïtiens entre 2005 et 2010. Il n’est pas clair pourquoi le département de la Justice américaine a inclus des témoignages de ce dossier dans les fichiers Epstein. AyiboPost a contacté l’institution le 4 mars via un formulaire sur son site internet. Cet article sera mis à jour si elle réagit.
Valerie Dirksen a porté l’affaire Geilenfeld devant les autorités des États-Unis et de la République dominicaine. La défenseure des droits de l’enfant et présidente de l’International Children’s Rights Advocates Society affirme que l’identité de ces haïtiens ayant témoigné contre Geilenfeld n’aurait pas dû être rendue publique.
La plupart des victimes vivent aujourd’hui aux États-Unis et « elles se sentent très lésées par cela », rajoute Dirksen. La divulgation de leurs noms les met en danger. « Beaucoup de personnes puissantes veulent les voir disparaître. »
Dirksen veut que les noms soient caviardés. « Ces personnes auront des enfants et une vie, dit la dame. Elles sont en train d’être lésées. Pourquoi ces informations sont-elles partagées ? Cela ne faisait pas partie de l’accord. Leur identité était censée rester secrète. Elles étaient connues comme victimes et témoins à Miami. Elles n’auraient jamais accepté cela. »
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La loi exigeant la publication des dossiers Epstein, demande au procureur général de retenir ou d’expurger « des informations permettant d’identifier personnellement les victimes », ou des dossiers personnels et médicaux des victimes et des fichiers similaires dont la divulgation constituerait une « atteinte manifestement injustifiée à la vie privée ».
La publication de l’identité ou d’images explicites de femmes et de filles peut raviver le traumatisme de ces survivants, selon des organismes internationaux. Même si ces documents sont ensuite supprimés, ils peuvent encore circuler en ligne.
Dans les témoignages publiés sur le site internet du département de la Justice des États-Unis et utilisés comme preuves dans le procès, une des victimes, Loudens Noël, a déclaré être venu chez Geilenfeld en décembre 2000 par le biais du cardinal haïtien Chibly Langlois, qui l’aidait à Jacmel.
Noël, connu comme chef de file dans le dossier, est mort à Port-au-Prince en novembre 2017 dans des circonstances troublantes, selon un membre de sa famille à Jacmel contacté par AyiboPost.

Valerie Dirksen affirme que Noël lui a déclaré à l’hôtel Marriott à Port-au-Prince en septembre 2015 que le cardinal Langlois l’avait amené auprès de Michael Karl Geilenfeld. Une assertion reprise par l’une des victimes vivant aujourd’hui aux États-Unis. Dans un message WhatsApp envoyé à AyiboPost, l’homme demande une enquête sur la mort de Noël.
AyiboPost a envoyé une demande de commentaire au cardinal sur le témoignage de Noël, rendu public par le département de la Justice américaine. Le haut dignitaire catholique a répondu : « Le Cardinal n’a entendu parler des noms cités dans votre message qu’à travers les réseaux sociaux. Tels sont les commentaires du Cardinal. »
Le prélat (ordonné prêtre pour le diocèse de Jacmel en 1991 et choisi comme évêque pour Fort-Liberté en 2004) déclare n’avoir « jamais, de près ou de loin ni à aucun moment de la durée, parlé à ces personnes citées dans votre message ».
La vie chez Geilenfeld était comme un « enfer » et demeure « la pire expérience que j’aie jamais vécue dans toute ma vie, un souvenir regrettable », peut-on lire dans les témoignages de Noël. Il soutient avoir été violenté en 2002 et 2004. Geilenfeld l’a ensuite expulsé de l’orphelinat, selon son témoignage utilisé comme preuve dans le procès aux États-Unis.
Geilenfeld siégeait au conseil d’administration bénévole dans l’association Hearts With Haiti basée en Caroline du Nord. Dans une réponse à une demande de commentaire transmise à AyiboPost, en rapport avec la divulgation du nom des victimes haïtiennes, l’organisation affirme ne « pas participer au débat public concernant le ministère de la Justice américaine ».
Hearts With Haiti dit condamner les « violations odieuses » de Geilenfeld à l’encontre des enfants et précise qu’elle n’a aucun rôle à jouer dans le processus décisionnel relatif aux politiques du ministère de la Justice américaine.
En février dernier, la chaîne CNN a révélé que plus d’une centaine de photos d’adolescents nus, ainsi que des photos de passeports, de permis de conduire et d’autres documents montrant les visages et les noms de victimes de Jeffrey Epstein, avaient été publiés sans caviardage.
La défenseure des droits de l’enfant et présidente de l’International Children’s Rights Advocates Society affirme que l’identité de ces haïtiens ayant témoigné contre Geilenfeld n’aurait pas dû être rendue publique.
Cette révélation avait forcé le département de la Justice américaine à retirer les fichiers pour les caviarder avant de les remettre en ligne.
AyiboPost constate que l’histoire et le nom d’un survivant provenant « d’une famille pauvre à Jacmel » et dont le l’identité n’a pas été caviardé font déjà l’objet de discussions sur le média social Reddit.
A travers les six témoignages rendus publique par le département de la justice américaine, les victimes haïtiennes, mineurs à l’époque, décrivent des maltraitances sexuelles et physiques, des offres de voyages ou de travail et la saisie de leurs documents d’identités.
Dans le premier récit, le survivant explique le comportement criminel de Geilenfeld au sein de l’orphelinat St. Joseph’s Home for Boys, établi en Haïti depuis 1985. Cet orphelinat fondé par Geilenfeld accueillait des enfants orphelins, démunis et vulnérables.
La victime déclare à l’époque l’impossibilité de parler en raison de la figure d’homme de pouvoir et d’argent qu’incarnait Geilenfeld.
Un autre survivant, benjamin d’une famille de nombreux enfants, soutient que sa mère est morte quand il avait deux ans. Son père, agriculteur, était en vie : il « poussait une brouette ».
Pour sa survie, l’homme déclare s’être appuyé sur ses deux grands frères qui l’ont aidé à se nourrir à l’époque, « en le portant sur leur dos pour mendier dans les rues ».
Sa rencontre avec le Geilenfeld a eu lieu par l’intermédiaire de « Mme Moro », qui a contacté sa famille puis Geilenfeld pour l’emmener, lui et son frère (dont le nom apparaît dans le document sans caviardage), à l’orphelinat Saint Joseph à Port-au-Prince, avec pour but de « prendre soin d’eux » et de les « préparer à devenir quelqu’un ».
Le survivant avait trois ans et quelques mois à l’époque. Il relate des sévices allant de coups de balai, coups de pied, gifles, porter des tambours sur la tête de 9 h du matin à 5 h de l’après-midi, ou privation de nourriture. Il dit avoir eu 9 ou 10 ans quand Geilenfeld l’abusait avant des séances de prière de l’orphelinat.
La plupart des victimes, aujourd’hui adultes, disent conserver des séquelles psychologiques des abus. Un jeune homme relate dans les documents mis en ligne par la justice américaine avoir des idées suicidaires. Son nom complet se retrouve sans caviardage dans les fichiers.
Par : Jérôme Wendy Norestyl & Widlore Mérancourt
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