Cuba se trouve sur ce que certains analystes qualifient de ligne rouge dans la politique des États-Unis envers la région, avec une pression accrue sur son économie et ses relations internationales
L’aggravation de la crise énergétique et le durcissement des sanctions américaines contre Cuba frappent de plein fouet les étudiants et professionnels haïtiens installés sur l’île. Certains ne suivent plus leurs cours, d’autres ont vu leurs universités fermer, sur fond de grave pénurie de produits essentiels.
« Les cours sont suspendus pour le moment, mais nous poursuivons les stages pratiques dans les hôpitaux », révèle un jeune haïtien en spécialisation en gynécologie-obstétrique à La Havane.
Les hôpitaux continuent de fonctionner. « Mais, dit-il, pas au même rythme et les interventions chirurgicales sont réduites ».
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Depuis la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines en janvier dernier, ce pays a arrêté ses livraisons de pétrole vers l’île. Cuba se trouve sur ce que certains analystes qualifient de ligne rouge dans la politique des États-Unis envers la région, avec une pression accrue sur son économie et ses relations internationales.
Le 29 janvier 2026, le président des États-Unis Donald Trump signe un décret menaçant d’imposer des droits de douane aux pays vendant du pétrole à Cuba.
Cette décision fragilise davantage une économie cubaine déjà en grande difficulté, toujours marquée par l’embargo commercial imposé par Washington depuis 1962. La pandémie de 2019 a aggravé la situation, tandis que l’inflation galopante alourdit le coût de la vie pour la population.
Dans une déclaration datée du 29 janvier sur X, Bruno Rodríguez, le ministre cubain des Affaires étrangères, a dénoncé le décret de Trump en le qualifiant d’« acte brutal ».
« Les cours sont suspendus pour le moment, mais nous poursuivons les stages pratiques dans les hôpitaux », révèle l’étudiant Don Marcov Wensley Moltimer, boursier de l’État haïtien. Ce jeune effectue une spécialisation en gynécologie-obstétrique à La Havane.
Au moins trois compagnies aériennes canadiennes, dont Air Canada, ont suspendu leurs vols à destination de Cuba en raison de l’indisponibilité de carburant d’aviation.
Selon Bruno Rodríguez, la décision américaine contribue à asphyxier économiquement le pays. Cette asphyxie ricochète sur les Haïtiens vivant sur l’île. Le pays accueille des boursiers haïtiens depuis 2000 dans le cadre d’une coopération bilatérale avec Haïti.
Trois groupes d’étudiants haïtiens fréquentent aujourd’hui des universités cubaines dans plusieurs domaines. Il s’agit de boursiers du ministère de la Santé publique, de boursiers du ministère des Affaires étrangères et des Cultes, ainsi que d’étudiants autofinancés.
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« L’université où j’étudie est obligée de fermer ses portes à cause de la crise du carburant, car la majorité des étudiants viennent des provinces », explique à AyiboPost un boursier du ministère des Affaires étrangères, inscrit en génie civil à l’Université de l’Orient, à Santiago de Cuba.
Au-delà des cours, se déplacer devient un véritable défi.
« Le transport est limité. Je fais mes courses à pied, même si je dois désormais parcourir plusieurs kilomètres. Certaines motos-taxis assurent encore les trajets, mais le coût est très élevé », poursuit le jeune étudiant qui a quitté Haïti en 2023.
Selon lui, des étudiants cubains ont été temporairement expulsés de certains campus universitaires à cause de la crise, tandis que des étudiants étrangers, notamment originaires de la Jamaïque, ont été rapatriés chez eux.
« L’université où j’étudie est obligée de fermer ses portes à cause de la crise du carburant, car la majorité des étudiants viennent des provinces », explique à AyiboPost un boursier du ministère des Affaires étrangères, inscrit en génie civil à l’Université de l’Orient, à Santiago de Cuba.
« Mais nous, on nous garde encore sur le campus. On ne sait pas pour combien de temps. J’ai peur pour mon avenir. Pour le moment, je ne peux qu’espérer », confie le boursier à AyiboPost.
L’étudiant reçoit chaque mois une allocation de 100 dollars américains du MAEC. Selon lui, cette somme est insuffisante et arrive rarement à temps.
La présence haïtienne à Cuba s’est intensifiée au début du XXᵉ siècle, dans un contexte d’expansion de l’industrie sucrière cubaine. Selon l’historien Matthew Casey, environ 200 000 Haïtiens ont migré vers Cuba entre 1900 et 1940, principalement pour travailler comme ouvriers agricoles dans les plantations de canne à sucre et de café.
La crise énergétique qui frappe ce pays pèse de plus en plus lourd sur le quotidien des habitants et des compatriotes haïtiens. Les services publics fonctionnent au ralenti ou sont complètement à l’arrêt dans plusieurs villes.
Les connexions Internet sont devenues instables. Des écoles, des universités et même des hôpitaux ont dû suspendre leurs activités. Les prix des produits de première nécessité flambent. Certains médicaments sont rares et l’accès à l’électricité a été fortement réduit, notamment dans les régions les plus reculées.
« Je me déplace en moto électrique, mais avec les coupures d’électricité, je dois désormais payer des particuliers équipés de panneaux solaires pour pouvoir la recharger », déclare à AyiboPost le jeune haïtien en spécialisation en gynécologie-obstétrique.
Selon ce professionnel, la cherté de la vie s’est considérablement accrue ces derniers mois, mettant en difficulté des familles déjà vulnérables.
« Une livre de riz, qui valait 10 pesos lorsqu’elle était distribuée par le gouvernement, peut désormais se vendre jusqu’à 300 pesos, soit environ 12 dollars américains », explique Hilario Batista Félix, un professeur de créole, descendant d’Haïtiens et responsable du département créole de Radio La Habana Cuba, basée dans la capitale.
Les connexions Internet sont devenues instables. Des écoles, des universités et même des hôpitaux ont dû suspendre leurs activités. Les prix des produits de première nécessité flambent. Certains médicaments sont rares et l’accès à l’électricité a été fortement réduit, notamment dans les régions les plus reculées.
« Pour une livre de bananes, poursuit-il, on payait jusqu’à 5 pesos cubains. Mais aujourd’hui, on peut payer jusqu’à 300 pesos, soit douze dollars américains. »
L’État haïtien – aux prises avec un nombre historique de déplacés internes – n’a annoncé aucune mesure d’accompagnement pour ses étudiants ou les Haïtiens vivant à Cuba. Or, plusieurs pays comme le Mexique, le Chili et le Canada ont déjà envoyé un soutien humanitaire aux Cubains.
Dans un contexte où l’argent circule de moins en moins, ces étudiants , qui comptent parfois sur des transferts d’argent de leurs parents en Haïti et aux USA, peinent à faire face au quotidien.
« Nous nous demandons si nous devons rentrer chez nous ou poursuivre nos études dans un autre pays, au cas où le régime viendrait à s’effondrer », s’inquiète Don Marcov Wensley Moltimer, un boursier de l’État haïtien depuis 2022. À la tête de la Comunidad Estudiantil Haitiana en Cuba, Moltimer voit son avenir tenir à un fil, entre les mains du grand voisin américain.
Par : Fenel Pélissier
Couverture | Une voiture américaine classique turquoise des années 1950 — typique du paysage urbain cubain — est stationnée le long d’un trottoir. À côté, une voiture plus ancienne de couleur claire est garée. Photo : flickr / Berny S2
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