Aucun agent de l’administration publique haïtienne ne peut s’autoriser à percevoir une taxe ou un impôt non prévu par la loi, sous peine de commettre le crime de concussion
Dans plusieurs commissariats de Port-au-Prince, des policiers exigent des frais illégaux pour délivrer des certificats de police ou enregistrer des déclarations de perte.
Selon une demi-douzaine de citoyens au courant de la pratique contactés par AyiboPost, les montants versés aux agents affectés au service d’investigation de ces commissariats varient entre 150 et 1 000 gourdes.
Deux responsables syndicaux de la police, ainsi qu’un avocat et défenseur des droits humains, confirment à AyiboPost que ces frais ne sont pas prévus par la loi haïtienne.
En février dernier, Jeannée s’est rendue au sous-commissariat de Thomassin 25 pour obtenir une déclaration de police.
La jeune comédienne en avait besoin pour entamer une démarche auprès de l’Office national d’identification (ONI) afin d’obtenir une nouvelle carte d’identité pour remplacer l’ancienne, abîmée.
« J’ai dû payer 500 gourdes à la policière pour pouvoir l’obtenir », raconte-t-elle à AyiboPost.
Lorsqu’elle a demandé un reçu, celui-ci lui a été refusé sans autre explication.
En 2023, Casimir, un jeune technicien en montage vidéo, a fait face à une réalité similaire, d’abord au sous-commissariat de Canapé-Vert, puis à celui de Vivy Mitchel, pour enregistrer une déclaration de perte de sa carte d’identité.
« Au sous-commissariat de Canapé-Vert, j’avais versé 200 gourdes », se souvient Casimir.
Après trois années de démarches vaines pour obtenir sa carte auprès de l’ONI, Casimir, conseillé par un ami, a dû refaire sa déclaration.
« Cette fois, je l’ai effectuée au sous-commissariat de Vivy Mitchel et j’ai payé 500 gourdes », raconte le vidéaste.
Tous ces paiements ont été effectués en espèces et aucun reçu n’a été délivré.
Selon une demi-douzaine de citoyens au courant de la pratique contactés par AyiboPost, les montants versés aux agents affectés au service d’investigation de ces commissariats varient entre 150 et 1 000 gourdes.
Contacté à ce sujet, Mathieuny Sidel, porte-parole du Syndicat national des policiers haïtiens (SYNAPOHA), confirme que certains commissariats de la zone métropolitaine de Port-au-Prince pratiquent cette extorsion, avec des frais pouvant atteindre 1 000 gourdes selon la zone.
Pour le syndicaliste, ces frais illégaux exigés par des agents constituent une source de corruption dont les responsables de certains commissariats et sous-commissariats sont bien informés.
Lire aussi : Pratiques d’extorsions sur des cartes d’identification nationale
« La police n’a pas cette mission. Il revient à la Direction générale des impôts (DGI) de s’en charger », rappelle-t-il.
Selon lui, certains agents exigent également des frais pour d’autres services, comme le certificat de police, alors qu’ils sont censés être gratuits.
En réalité, il n’existe pas de disposition dans la loi haïtienne interdisant explicitement aux agents d’exiger des frais pour ces types de services dans les commissariats.
Cependant, aucun agent de l’administration publique haïtienne ne peut s’autoriser à percevoir une taxe ou un impôt non prévu par la loi, sous peine de commettre le crime de concussion, selon Me Samuel Madistin, président du conseil de la Fondation Je Klere (FJKL), contacté par AyiboPost.
L’article 5.1 de la loi de 2014 sur la prévention et la répression de la corruption, cité par Madistin, prévoit que toute somme illégalement perçue doit être restituée, accompagnée d’une amende équivalente au triple de sa valeur.
Avant la publication de cet article, AyiboPost a tenté, sans succès, de contacter l’Inspection générale de la Police nationale d’Haïti ainsi que les trois sous-commissariats cités plus haut.
Aucun agent de l’administration publique haïtienne ne peut s’autoriser à percevoir une taxe ou un impôt non prévu par la loi, sous peine de commettre le crime de concussion, selon Me Samuel Madistin, président du conseil de la Fondation Je Klere (FJKL), contacté par AyiboPost.
En 2023, Kerby Jean Ricardy Joachim, un étudiant de 25 ans originaire de Petit-Goâve, a dû payer 250 gourdes au commissariat de Port-au-Prince pour déclarer la perte de sa carte d’identité, égarée dans une salle de cours.
Selon lui, l’agent qui a reçu sa plainte lui a expliqué que l’argent servirait à effectuer des copies de documents.
Une enquête publiée par AyiboPost en juin 2025 avait révélé que des policiers haïtiens extorquaient des chauffeurs aux postes de contrôle dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince.
Une pratique régulièrement dénoncée par les principaux syndicats de l’institution ainsi que par des agents.
Les extorsions opérées lors de la délivrance des déclarations de perte dans les commissariats s’inscrivent dans un contexte où certaines infrastructures essentielles font défaut dans plusieurs commissariats.
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Selon Mathieuny Sidel, hormis la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et la Direction générale de la Police nationale d’Haïti, qui disposent de certaines infrastructures, les autres structures de la PNH sont traitées en parents pauvres et ne disposent parfois même pas d’une imprimante.
Une réalité qui fait écho à la situation globale de l’institution policière, notamment en ce qui concerne le traitement réservé aux agents.
Dans un rapport publié à l’occasion du 30ᵉ anniversaire de la PNH, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) évoque une « rémunération largement insuffisante au regard de leurs responsabilités et des risques qu’ils encourent au quotidien ».
En dépit de ces limites, l’institution tente de renforcer son effectif.
Fin juin de l’année dernière, le haut état-major de la Police nationale d’Haïti (PNH) a annoncé son objectif de former 4 000 agents en 18 mois à travers le programme P4000.
L’objectif, selon l’institution, est d’augmenter le nombre d’agents afin de mieux protéger la population.
Environ 900 nouveaux agents ont intégré l’institution en janvier 2026.
Bon nombre d’entre eux ont déjà été envoyés dans des villes de province.
S’il salue cet effort, Mathieuny Sidel rappelle toutefois que de nouveaux policiers envoyés dans le département du Sud-Est ne disposent même pas de dortoirs.
Le responsable appelle à un meilleur leadership à la tête de l’institution.
Par : Wilder Sylvain
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