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Citadelle Laferrière, palais Sans-Souci… balade photo au magnifique Parc national historique

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La Citadelle Laferrière est le monument historique le plus célèbre d’Haïti. Chaque année, des visiteurs viennent du monde entier pour la voir. Mais en 2019, à cause de la crise politique, les touristes ont diminué. Les guides et les conducteurs de chevaux s’en plaignent. Sans compter les autres problèmes qui entravent le fonctionnement du Parc national historique.

La route qui mène à la Citadelle Laferrière est longue. Longue et pénible, surtout si l’on refuse de prendre une mototaxi, parmi les dizaines qui font le trajet. Du palais Sans-Souci au fort du roi Henry 1er, il y a 7 km à flanc de colline.

Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, ni le Palais Sans-Souci ni la Citadelle ne se trouvent dans la ville du Cap-Haïtien. Ils sont dans la commune de Milot, une petite localité à quelques kilomètres de la deuxième ville du pays. Plus de 30 000 âmes y vivent.

L’ensemble formé par le Palais Sans-Souci, la Citadelle Laferrière et le fort des Ramiers constitue le Parc national historique. Dès l’entrée, un kiosque attend les visiteurs, qui doivent payer pour la visite. 100 gourdes par personne. Il est possible de payer pour les services d’un guide également. Mais on peut, avec facilité, entrer sans que personne prête attention.

Vue latérale de la Citadelle Laferrière. Au fond, la porte par laquelle les visiteurs sortent. Photo: Jameson Francisque/Ayibopost

Une fois passées les ruines du Palais Sans-Souci, une route en pente raide monte jusqu’au fort. Des deux bords de la route, des maisonnettes paysannes côtoient d’autres maisons plus modernes. Des jardins sont cultivés de tous les côtés.

Des motocyclettes passent en trombe, mais aujourd’hui, 3 janvier 2020, il n’y a pas foule, bien que ce soit congé. La route n’est pas encombrée par des centaines de touristes qui viennent visiter les deux grands sites du patrimoine national haïtien. À quelques minutes d’intervalle, deux voitures nous dépassent. C’est tout. C’est une période de vache maigre.

La crise est passée par là

David Louis est conducteur de chevaux. Il s’occupe d’amener les touristes qui le souhaitent tout en haut, jusqu’à la citadelle, sur le dos d’une monture. Le cheval ne lui appartient pas. Il ne fait que le conduire. Aujourd’hui, l’animal dont il a la charge se nomme Tocotoco.

David Louis et Tocotoco, son cheval du jour. Photo: Jameson Francisque/Ayibopost

Il confirme que la saison est mauvaise, à cause de la crise qu’a connue le pays pendant plusieurs mois. « Depuis d’octobre 2019 il n’y a presque plus personne, explique-t-il. Quand les affaires marchent, par jour on reçoit une trentaine de touristes étrangers. Mais maintenant on ne trouve que trois ou quatre touristes, qui acceptent de louer un cheval ou deux. »

D’après lui, les touristes locaux étaient toujours plus nombreux que les étrangers. Les Haïtiens qui vivent à l’étranger sont aussi considérés comme des locaux. « Si même le touriste haïtien, qui vit dans le pays, ne pouvait pas venir, c’était encore plus difficile pour les étrangers », fait David Louis, amer.

Maxime Myrbel, vice-président de l’association des guides touristiques de Sans-Souci/Citadelle, va dans le même sens. « Il y a une grande réduction du nombre de touristes», estime-t-il.

Nostalgie du temps passé

David Louis a grandi dans les environs de la Citadelle. Le Parc national historique est toute sa vie. Il se rappelle les nombreux touristes qui défilaient sans cesse sur la route, quand il était enfant. « Il y avait beaucoup de touristes à l’époque de Jean-Claude [Duvalier], dit-il. Surtout des Allemands. C’est là que j’ai appris des rudiments de la langue allemande qui me permettent de comprendre les touristes. C’est sur le tas que j’ai appris un peu d’anglais et d’espagnol aussi. »

Une touriste chevauche Tocotoco, avec en fond, des tableaux représentant la Citadelle. Photo: Jameson Francisque/Ayibopost

Pour lui, après les années de la dictature où paradoxalement le tourisme se portait bien, il peut compter sur une main les occasions qui drainent des foules. La Pâque, surtout le jeudi saint, les vacances, et le carnaval sont les périodes qui apportent le plus de touristes.

Selon Maxime Myrbel, les affaires étaient bonnes lors des festivités du carnaval national de 2013, déroulées au Cap-Haïtien. « Il y avait beaucoup de gens, affirme-t-il. Depuis que j’exerce ce métier, c’est la première fois que j’ai vu autant d’affluence. En une semaine j’ai gagné près de 25 000 gourdes. »

Les deux hommes assurent que sous l’administration de Michel Joseph Martelly, il y avait un regain d’activités dans le secteur. La ministre du Tourisme Stéphanie Balmir Villedrouin avait fait du Parc national historique une priorité.

La Citadelle Laferrière

Un métier qui ne rapporte pas 

David Louis n’est pas propriétaire de chevaux. Ils coûtent trop cher. Il faut, selon lui, débourser entre 25 000 et 30 000 gourdes pour en acquérir un, parce que la viande de cheval est très consommée aussi. Cette somme n’est pas à sa portée. Lui ainsi que les autres conducteurs qui attendent les visiteurs sont employés par les propriétaires des animaux.

Chaque matin, il va récupérer sa monture de la journée. « Je trouve l’animal déjà préparé. Il est baigné, et on lui a donné à manger », dit-il. Il amène l’animal au parking et attend qu’un touriste le choisisse parmi ses confrères. Lorsque les affaires vont bien, un cheval peut parcourir le kilomètre et demi qui sépare le « parking » de la Citadelle deux ou trois fois. Après ils sont fatigués et il doit changer de bête.

Tout dépend du touriste, deux hommes peuvent l’accompagner avec le cheval. « Il y a un Boy et un extra, explique David Louis. Le Boy se tient derrière le cheval, fouet en main. Il vérifie aussi que les affaires du touriste ne tombent pas par terre. L’extra lui, c’est lui qui se tient aux côtés du cheval, qui parle au touriste. Mais c’est celui qui monte le cheval qui le conduit. »

Tocotoco et d’autres chevaux broutent paisiblement, en attendant les touristes. Photo: Jameson Francisque/Ayibopost

Tous les visiteurs ne louent pas de chevaux. Pour ceux qui le font, en temps normal, la montée coûte 750 gourdes s’ils sont Haïtiens, et 1000 gourdes s’il s’agit d’étrangers. L’argent n’appartient pas au conducteur. « Comme le cheval n’est pas à nous, dit David Louis, en général le touriste paye la somme au kiosque d’accueil. Ensuite chaque mois le propriétaire nous paye. Moi je touche environ 1500 gourdes par mois quand la saison est maigre. C’est grâce aux pourboires que peuvent me laisser les touristes que je survis. »

Des guides non formés

Il est possible de demander les services d’un guide pour visiter Sans-Souci et la Citadelle. Il est là pour raconter les faits d’armes, ainsi que les tranches d’histoire qui se seraient déroulés sur les lieux. Mais, pour un travail aussi important, il n’y a aucune formation. « Nous apprenons le métier de génération en génération, explique Maxime Myrbel. Mon grand-père était guide, puis mon père, et maintenant c’est mon tour. Il n’y a pas un endroit où on apprend ce qu’on raconte. »

Conséquence : deux guides peuvent raconter une version tout à fait différente d’un même fait, ou altérer de manière substantielle l’histoire des lieux.

« Il y a quelque temps, l’Institut de sauvegarde du patrimoine national parlait de nous former, mais je n’ai plus entendu parler de ce projet, poursuit le vice-président de l’AGTSC. Pour nous c’est un handicap, car on aimerait beaucoup que tout le monde puisse expliquer l’histoire de la même façon. »

Fermé depuis des mois

En 2013, la ministre Stéphanie Balmir Villedrouin avait inauguré un espace plus attrayant pour recevoir les touristes qui souhaitent visiter le monument phare du roi Christophe. L’espace est appelé de manière familière « deuxième parking ». Des kiosques d’accueil, une infirmerie, un marché touristique constituaient les principaux aménagements. Depuis plus d’un an, cette structure d’accueil est fermée, selon Elifet Charles, responsable de l’association des conducteurs de chevaux.

Le kiosque d’accueil, toutes portes fermées. Photo: Jameson Francisque/Ayibopost

Des employés contractuels du ministère du Tourisme, responsable du nettoyage et du maintien de l’ordre dans le parking n’ont pas reçu leur salaire depuis des mois, et pour certains, des années. Un conflit ouvert entre ces employés ainsi que la mairie de Milot. « Nous recevons un maigre salaire de 2500 gourdes par moi dit l’un deux. Moi, je ne l’ai pas reçu depuis environ 36 mois. Les maires ont repris le contrôle du parc et ont mis des gens à eux, qui touchent leur salaire sans problème. Mais nous, on nous oublie. »

Un conflit entre institutions

Télémaque Henri Claude est le deuxième membre du cartel des maires de la commune. Selon lui, le conflit vient de loin. « Le ministère du Tourisme faisait la perception de l’argent des touristes, mais la mairie n’en recevait pas un centime, dit-il. Nous avons demandé à en être responsables. Nous avons mis quelques employés pour aider à contrôler. »

« Les anciens contractuels ne reçoivent pas leur salaire à cause du ministère du Tourisme, qui est responsable de les payer. Nous avons fait plusieurs interventions, mais de temps en temps les ministres changent et on doit reprendre à zéro. Nous sommes une mairie de 3e catégorie, c’est le ministère de l’Intérieur qui nous donne de quoi fonctionner, et c’est une pitance. »

Des conséquences visibles

Les contractuels, eux, ne cessent d’accuser la mairie ainsi que la sénatrice Dieudonne Luma qui, selon eux, sont responsables de la situation. Quoi qu’il en soit, cette guerre ouverte a des conséquences sur le fonctionnement du parc.

Lors de notre visite, le parking paraissait abandonné et sans ordre. Des habitants de la zone faisaient sécher leur linge au vu de tous, à côté du kiosque d’accueil dont la porte restait close. Une voiture qui amenait quelques touristes étrangers a été en quelques secondes couvertes de personnes qui proposaient leurs services pour la visite.

Du linge étendu au soleil, à coté du kiosque d’accueil. Photo: Jameson Francisque/Ayibopost

D’après Maxime Myrbel, lorsque les services fonctionnaient de manière normale, il y avait plus d’ordre. Les guides et les conducteurs portaient des gilets. Et c’étaient les touristes qui choisissaient sur une liste quel guide ils souhaitaient engager.

Le Parc national historique, notamment la Citadelle Laferrière, est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

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Jameson Francisque
Linguiste. Journaliste. Passionné de technologie. Je m'intéresse à la politique et à l'économie. Ah, j'écris aussi un peu de poésie, histoire de faire passer la vie.

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