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Cinq ans après, Sûrtab S.A. tente de maintenir l’équilibre

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5 ans après ses débuts, Sûrtab S.A., la marque derrière les tablettes électroniques du même nom, tente difficilement de tenir sa promesse : rendre la technologie abordable à tous.

Dans le parc industriel de la SONAPI, au boulevard Toussaint Louverture, loge la compagnie fondée en 2013 par Marteen Boute, Richard Coles et la famille Bak. Dans un immeuble de taille assez discrète – par rapport à la taille des autres bâtiments qui forment ce « village industriel » – vit l’une des aventures qui a le plus marqué le monde technologique haïtien ces dernières années : la fabrication locale de tablettes tactiles.

En 2013, l’année de son lancement, la Sûrtab avait créé beaucoup d’attentes. C’était le début de l’aventure « Made in Haiti » de cette jeune compagnie qui mettait en avant l’assemblage sur place.

Elle offre plusieurs gammes de produits, à des prix divers, allant de 165 dollars US à plus de 250 dollars. Plus de 5 ans après, Sûrtab S.A. essaie difficilement de maintenir son équilibre dans un marché changeant, tant au niveau local qu’à l’international.

« La technologie n’a pas tenu toutes ses promesses », affirme d’entrée de jeu Diderot Musset, directeur général de la startup, en nous recevant dans son bureau. Selon lui, le secteur technologique mondial est devenu de plus en plus compliqué. C’est le cas aussi pour le secteur des tablettes numériques. Les smartphones et autres gadgets électroniques deviennent de plus en plus chers. La technologie était, d’après lui, censée diminuer le prix des services, mais force est de constater que cet objectif n’a pas été atteint.

 

Une nouvelle politique de vente

Les tablettes Sûrtab sont équipées du logiciel Android, propriété de Google. Ce géant de la technologie resserre l’étau autour de son système d’exploitation, qui devient de moins en moins « ouvert ». Cela explique que certains grands constructeurs comme HP ont laissé le marché des tablettes, ou ont choisi d’autres systèmes d’exploitation.

En Haïti, Sûrtab est la seule compagnie qui fabrique des tablettes électroniques. « Au début, explique le directeur, nous avions d’autres acteurs qui nous accompagnaient. Ils nous ont tous abandonnés. Je n’ai plus de nouvelles de Handxom, l’un d’entre eux. Je suppose qu’ils ont fermé boutique. » À cause de ce manque d’acteurs et de compétition, le marché est devenu stagnant. Pour cette raison, Diderot Musset explique que Sûrtab S.A a cru bon de faire un nouveau pari : miser sur les services.

La compagnie produit encore des tablettes électroniques, mais le directeur est conscient que par rapport à un téléphone intelligent, la concurrence ne penche pas en faveur de la tablette. Le point de mire est donc maintenant de créer des solutions technologiques pour les écoles, et pour les petites et moyennes entreprises.

Pour les écoles, Sûrtab propose jusqu’à trois solutions : la classe numérique mobile, le Sakado pour les élèves et la tablette pour les professeurs. Une centaine d’écoles, réparties dans le pays, utilisent la classe numérique mobile, cette solution qui transforme la classe en salle virtuelle. Le Sakado quant à lui est, entre autres, une numérisation de documents utiles aux élèves, principalement ceux qui subiront les examens du baccalauréat.

 

Plus de 150 tablettes par jour

La salle de production de Sûrtab peut contenir environ 40 employés travaillant en même temps, pour une commande de grande envergure. En deux mois, la compagnie peut assembler 10 000 tablettes électroniques. Les pièces viennent de différents pays, seul l’assemblage est fait sur place. Cela demande toutefois une grande dextérité et beaucoup de formation. « Si vous avez la prédisposition qu’il faut, même si vous n’avez jamais touché à une tablette dans votre vie, nous pouvons vous former à l’assembler du début à la fin, en deux mois seulement », assure Diderot Musset.

La majorité des employés de la manufacture de Sûrtab sont des femmes. Le directeur croit que celles-ci se sentent plus confortables dans ce genre d’environnement contrôlé, où les tâches sont répétitives. La plupart des employés travaillent à plein temps, en raison surtout du service après-vente proposé aux clients. La salle de production ne fonctionne pas toujours à plein régime, vu que ce sont les commandes qui mobilisent la force de travail de la jeune compagnie.

La startup n’a pas de commandes étalées sur le long terme. Il s’agit plutôt de projets ponctuels, au bénéfice d’organisations non gouvernementales et aussi de l’État. « Parfois, un projet de commande peut prendre jusqu’à deux ans avant d’aboutir, explique M. Musset. Entre-temps nous devons payer nos employés, assurer les dépenses courantes, ce n’est pas facile de gérer une startup de ce genre. Nous vendons encore des tablettes, mais notre nouvelle politique de vente nous aide beaucoup à surmonter tout cela ».

 

Difficile de conquérir le monde

En cinq ans, Sûrtab n’est pas arrivée à s’établir sur un marché étranger. Cela demande des investissements considérables que la compagnie ne peut pas encore se permettre. « Pour s’implanter à l’étranger, il faut un distributeur qui croit au projet et qui est prêt à aider. Notre expérience avec la Digicel n’a pas fonctionné. Il est vrai que nous avons de temps à autre des sollicitations de pays étrangers, comme les Bahamas, mais ce ne sont que quelques commandes, rien de plus. Pourtant je ne me décourage pas, je sais que les procédures prennent souvent du temps. » Le Venezuela, en 2014, avait par exemple commandé 10 000 tablettes à la Sûrtab, après une visite du président du Petrocaribe, Bernado Alvarez, accompagné du Premier ministre de l’époque Laurent Salvador Lamothe.

Diderot Musset dénonce aussi le manque de transparence qui entoure certains projets. « La BID, par exemple, pour une enquête qu’elle devait lancer récemment dans le pays, a préféré contacter une firme danoise pour une commande de tablettes. Pourtant nous étions là, mais nous n’avions jamais entendu parler d’un tel contrat. Cette firme étrangère nous a par la suite contactés, pour nous proposer de faire une offre conjointe. Nous n’avons malheureusement pas gagné l’appel d’offres. »

 

Une bonne santé financière

Les difficultés du marché, couplées aux réalités de l’économie haïtienne comme l’instabilité de la gourde, le fort taux d’acquisition du dollar, ne suffisent pas pourtant à menacer la stabilité financière de la Sûrtab. « Nous sommes assez solides financièrement. Nous avons déjà atteint notre seuil de rentabilité. Nous générons un chiffre d’affaires annuel d’environ 2 000 000 de dollars US en moyenne. Ce n’est pas énorme, mais cela permet de regarder l’avenir sereinement » informe le directeur.

En plus de la vente de tablettes et de services, Sûrtab a aussi lancé une académie qui apprend à un public divers, majoritairement composé d’hommes, à réparer des téléphones et des tablettes. La formation coûte 15 000 gourdes et a déjà reçu plus d’une trentaine de participants. Selon Diderot Musset, les participants à cette formation arrivent à bien se débrouiller après. Beaucoup ont même lancé leur propre entreprise de réparation de téléphones.

« Nous comprenons le marché. Nous avons perdu la bataille contre les smartphones, et nous l’admettons. Mais maintenant, nous voulons que la tablette devienne un outil de travail. N’oublions pas que plus de 2 000 000 d’élèves vont à l’école chaque année, c’est une grande opportunité à exploiter. Nous croyons dans notre modèle financier», assure Diderot Musset, confiant.

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Jameson Francisque
Journaliste. Éditeur à AyiboPost. Juste un humain qui questionne ses origines, sa place, sa route et sa destination. Surtout sa destination.

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