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Chère Ex-rivale !!!

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Tu m’as appris à découvrir qu’un infidèle est un grand lâche.

Tu as déjà appris la nouvelle sûrement que Gary et moi ne sommes plus ensemble définitivement ? Bien sûr que oui ! Tu t’en réjouis peut-être ? Bien sûr que non ! J’ai parcouru la liste. Il y avait Jeanne, Annette, Carline. Je te suivais parce que je te l’avoue, tu as pesé lourd dans la balance, lorsque j’ai vu ton nom parmi les inscrits en thèse, sur ce site du laboratoire de recherche. À 28 ans, c’est beaucoup d’exploits! Du coup, j’ai donc décidé que tu es ma seule rivale. Je t’ai ajouté sur Facebook, car je voulais suivre tes actualités. Mais j’ai été surprise de savoir que c’est Carline ma remplaçante, la ville m’en donne des nouvelles quand même.

Je tiens par cette lettre à te dire que cette décision, c’est toi qui l’as provoquée. Ce matin-là, j’ai lu ton post, ce grand titre que tu venais de publier : La pensée de la différence où tu essayais d’expliquer que le sexe féminin est l’une des deux formes que revêt l’humanité…  Que tous ces discours sur le genre sont des manipulations symboliques des données concrètes et visibles afin de construire le réel comme nous voulons le voir. Et, tu insistais si bien sur le fait qu’il revenait aux femmes de se mobiliser pour dissoudre cette hiérarchie du genre, car l’humanité entière sans raison, a transformé des systèmes de pensée en action et en situation de fait pour rendre pérenne ce discours et maintenir les femmes dans cette illusion d’« être fragile » ayant toujours besoin d’un protecteur. Que dire de cette pensée spéciale faite à toutes les femmes victimes au foyer de marginalité, de violence et d’infidélité : ”Si vous êtes une femme dans un foyer et vous souffrez de l’infidélité de votre mari, si vous restez parce que vous l‘aimez et vous croyez qu’il peut changer et vous apporter un peu de bonheur un jour alors : Restez. Mais si vous ne restez que parce que cette société vous dit que vous êtes une femme, vous n’avez pas le droit de compter plusieurs maris je vous le dis et l’assume : Fuyez.” Et toutes ces questions : Pourquoi d’une part, les hommes fuient-ils face à l’infidélité d’une femme ou d’une amante généralement et que d’autre part dans la société haïtienne, les femmes restent à souffrir et apprennent que garder un homme est une lutte ?

Alors ma chère, c’est là que je me suis enfuie. Du moins, je me suis préparée. Chaque nouveau jour, je nourrissais et cherchais à renforcer cette décision  dont tu as été à l’origine. Et un matin de novembre glacial, le jour de ton anniversaire, j’ai eu à prononcer la phrase de ma délivrance : chéri je veux divorcer ! Dans la soirée, il a donc bien profité pour ne pas rentrer. De toute façon, j’imagine qu’il t’a dit que c’est ton cadeau d’anniversaire, t’a fait dormir dans ses bras, si avec toi, il était. Anne, tu n’avais pas tort. Je souffrais et l’argument principal pour lequel je refusais de me décider était la manière dont mes parents, mes amis et les fidèles de l’église allaient recevoir la nouvelle ! Et je suis très contente que tes travaux cherchent à thématiser cette partie dans le mouvement féministe qu’on attribue au libertinage : le fait qu’une femme accapare sa liberté de trouver le bonheur. J’ai compris que la société contribue beaucoup dans la reproduction de la douleur des femmes victimes de la polygamie. Cette histoire de femme et maîtresse est presque élevée au rang de problème social.

Enfin divorcée, je repense encore à toi très chère Anne, aux bienfaits de ta publication Facebook et un détail me vient à l’esprit à l’instant. Comment une femme si belle et intelligente peut donc accepter d’être traitée en second rôle pendant si longtemps ? Pourquoi une femme comme toi accepte-t-elle d’accorder autant de bonheur à un homme qui ne le mérite vraiment pas ? Oui, vraiment. Tout au  long de la procédure de divorce, il a utilisé  tous les arguments lâches pour me retenir du genre: Anne n’étais qu’un passe-temps, une ex de son pote Jimmy et qu’il ne peut rien envisager avec toi… Et j’ai vérifié ses propos que j’ai considérés comme de la lâcheté  puisqu’au bout du compte  tu n’es pas l’élue. Je te l’avoue ces paroles ont renforcé mon désir de me séparer de Gary et depuis j’ai découvert en fait qu’un infidèle est un grand lâche. Un moment, j’ai été aveugle et tu m’as ouvert les yeux et je prends comme un devoir de te dire, ma chère ex-rivale, de repenser ta vie même avec cette liberté que tu as de la vivre comme tu l’entends.

L’ex-femme de ton homme.

Vita Pierre

Commentaires

Jouk kibò sanwont ou ap rive ?

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