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Ce 15 février, « On ne badine pas avec l’amour »

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ACTE, une École de formation d’acteurs et d’animateurs organisera le samedi 15 février 2020, une graduation spectacle pour sa première promotion. C’est une adaptation de la pièce « On ne badine pas avec l’amour », d’Alfred de Musset qui sera en représentation, au restaurant Yanvalou

On ne badine pas avec l’amour, est une tragédie-comédie bien trempée dans une sauce romantique qu’Alfred de Musset a écrite en 1834, et jouée pour la première fois en 1861. L’œuvre originale se déroule au château du Baron, en Île-de-France, qui désire par-dessus tout marier son fils et sa nièce.

Cette pièce a pour principaux personnages Camille, nièce du Baron, qui sort du couvent. Perdican fils du Baron et cousin de Camille. Ce dernier est un jeune homme autoritaire, arrogant, manipulateur et intelligent. Quant à la jeune fille, elle est orgueilleuse, d’humeur posée, idéaliste, très arrogante comme son amoureux. La religion occupe une place prépondérante dans sa vie.

Cette pièce a été choisie pour permettre à tous les étudiants de l’École de formation d’acteurs et d’animateurs (ACTE) de monter sur scène. La comédienne Gaëlle Bien-Aimé, un des fondateurs de ACTE, est metteuse en scène de la pièce.

En tout, ils sont donc sept à monter sur le plateau pour leur graduation-spectacle. Pierre Jephté Menahem (Baron), Stessie Sandy Sinvilus (Camille), Schella M. Andrina Anilus (Chœur/Narratrice) Kerven Cantave (Prêtre Blazius), David Duverseau (Perdrican), sont passés à Ayibopost pour parler de leur expérience avec ACTE. Mais il y a aussi Betty Alneus (Dame Pluche) et Alcantra Abraham (Rosette).

Ils sont neuf étudiants prêts à graduer, mais ce n’est que sept personnes sur une distribution de treize qui joueront la pièce. Pour leur baptême de feu, Gaëlle Bien-Aimé a dû enlever des personnages et fusionner d’autres. Les étudiants d’ACTE ont commencé à répéter cette pièce depuis plus qu’un an, ils ont été obligés d’arrêter les répétitions en cours de route à cause des peyi lòk. Avant ACTE, certains d’entre eux ont déjà eu contact avec la scène, et ont joué dans des spectacles d’humour, précisément des Stand up.

Un clin d’œil au passé

Dans l’adaptation de Gaëlle Bien-Aimé, cette histoire se déroule à Port-au-Prince, dans les années 70. Les costumes de la pièce sont d’époque, sombre, noir et blanc. Elle propose quelque chose entre vintage, moderne, gothique et qui fait très XVIIIsiècle. Et Gaëlle Bien-Aimé affirme avoir fait un choix esthétique. Parce que les réalités sociales, les rapports de classe et de genre racontés dans la pièce ne divergent pas de ce que nous connaissons en Haïti.

Nous avons fait une proposition qui reflète notre univers, ce qu’on a l’habitude voir, ce que l’on connaît et qu’on a envie de présenter. Mais aussi, les dramaturges des époques des classiques sont vraiment intéressants, avance Gaëlle Bien-Aimé. Ils savent comment construire l’histoire, mener la pièce et guider les spectateurs vers les moments de tension. L’humoriste admet qu’il est difficile de jouer dans une langue qui ne vous est pas familière, mais lorsque le comédien arrive à articuler et que tout le monde comprend, c’est un plus pour l’acteur.

« Mon souci était d’exposer les similitudes de la société que cette pièce classique décrit et notre société d’aujourd’hui », avance Gaëlle Bien-Aimé. Les sociétés n’ont pas changé, on a gardé les pressions sociales, les préjugés, les fossés et les regards sur l’autre, continue la comédienne. On a aussi, les rapports de servitude du temps d’Alfred de Musset, comme le valet, la gouvernante, etc. En Haïti, il y a les servantes. Comme Camille et Perdican, il y a des jeunes qui savent qu’ils doivent se marier dans la famille.

Une approche libérale de l’amour

Alfred de Musset était très avant-gardiste pour son temps et Gaëlle Bien-Aimé pense que sa relation amoureuse avec George Sand (Amantine Aurore Lucile Dupin), une intellectuelle féministe a influencé sa pensée, au point de lui insuffler des répliques pour sa pièce. Et c’est pour cela qu’en 1800, il y a une pièce de théâtre où Camille pose des questions comme : combien de fois un homme peut aimer ; est-ce qu’un homme peut aimer une seule fois ; et si un prêtre me dit qu’un homme m’aimera jusqu’à la fin, dois-je le croire ?

Face à ces questions, Perdican répond qu’elle devra se trouver un autre homme s’il ne l’aime plus. Et qu’elle pouvait prendre un autre partenaire autant de fois qu’elle le souhaitait, jusqu’à ce que ses cheveux deviennent blancs. Pour la metteuse en scène, dans On ne badine pas avec l’amour, on est dans une approche libérale et même libertine des relations amoureuses. Et la dynamique des rapports de genre qu’ils partageaient a grandement influencé la pièce, mais les rapports de classe sont également très présents.

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« En fait, ce qui se passe dans ce genre de famille, qui existe aussi dans la bourgeoisie mulâtresse haïtienne, c’est que tu ne sors pas pour aller chercher une femme ailleurs, avance Gaëlle Bien-Aimé. Tu dois rester dans le cercle. Bon, on me dit qu’ils se marient entre cousins encore aujourd’hui, dans ces clans-là. »

Même lorsqu’on descend dans les classes sociales les plus basses, comme les paysans, et qu’on remonte le temps, dans le comté, la fille ne peut pas se marier avec n’importe qui. Parce qu’il faut préserver l’honneur familial. En fin de compte, la pièce garde toute sa fraîcheur, les questions qu’elle soulève sont contemporaines.

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ACTE, la folie qui a tenu bon

En février 2018, Gaëlle Bien-Aimé disait qu’ouvrir une école d’artiste maintenant alors que les jeunes partent de plus en plus vers un mieux-être ailleurs est une folie. Pourtant, la folie de Billy Elucien, Gaëlle Bien-aimé et Amos César a continué de prendre vie. Depuis, le 5 février 2018, les cours à l’École de formation d’acteurs et d’animateurs ont débuté.

Au commencement, raconte l’étudiant Pierre Jephté Menahem, le programme était vraiment intéressant. « Mais il y a certaines matières au niveau des cours que nous aurions dû voir, des spectacles que nous devions jouer ou des projets qu’on aurait voulu entamer… À cause de la conjoncture du pays, c’était impossible. Parce qu’il y a eu les nombreux troubles sociopolitiques comme les 6, 7 juillet en 2018, et les périodes épisodiques des peyi lòk. »

Cependant, l’Association des Professionnels du Théâtre haïtien (APTH) qui est l’instance porteuse du projet ACTE a travaillé d’arrache-pied. Des professeurs comme Daniel Marcelin, Yanick Lahens, Gessica Généus ou Chedler Guilloux ont animé ateliers et cours pour les étudiants. Maintenant leurs étudiants sont prêts pour le grand saut. À part la représentation de l’adaptation de On ne badine pas avec l’amour, les neuf étudiants de cette première promotion auront à présenter un projet artistique pour recevoir leur diplôme.

Pérennité du projet ACTE

Le climat d’insécurité généralisé a impacté le fonctionnement de ACTE, selon Gaelle Bien-Aimé. Au commencement, ils étaient vingt étudiants, en tout, onze personnes ont abandonné pour plusieurs raisons. Parmi eux, il y avait cinq qui devaient emprunter quotidiennement l’entrée sud de la capitale. « Je n’avais pas à m’attendre à des gens spécifiquement passionnés et talentueux, mais j’aurais dû avoir un climat propice pour travailler », explique-t-elle.

 « Haïti est un pays qui bouffe toute passion, qui aspire les énergies, et tu es limité de partout, témoigne Bien-Aimé. Moi, je travaille, je ne sais pas si je vais pouvoir continuer. L’un des problèmes majeurs du pays, c’est que les choses ne durent pas, ne peuvent pas durer et ils sont souvent indépendants de la volonté des initiateurs de ces projets. »

Hervia Dorsinville

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