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Carel Pèdre: « Voir un psychologue a été une des meilleures décisions de ma vie »

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À l’occasion de la journée mondiale de la santé mentale ce 10 octobre, l’animateur évoque ses déboires passés et explique comment un professionnel l’a aidé. La psychologue Beatrice Dalencour Turnier donne également des clés assister quelqu’un qui rumine des pensées suicidaires

Chaque semaine, « Chokarella » enchante, passionne et divertit. Année après année, l’émission animée par Carel Pèdre sur la Radio 1 s’est bonifiée pour se transformer aujourd’hui en une plateforme de média digital avec pour mission d’innover, informer et inspirer.

Ce succès manifeste n’a pourtant pas protégé Carel Pèdre. En 2018, l’animateur perdait son enthousiasme, l’excitation qui jadis l’animait avait disparu. « Je n’étais plus content de me réveiller et d’aller travailler, je n’étais pas content de travailler sur de nouveaux projets pour Chokarella. »

En réalité, l’animateur traversait une période mouvementée, aggravée par une rupture sentimentale. « J’ai fait des recherches sur internet et j’ai découvert qu’un des signes de la dépression est la perte d’intérêt pour quelque chose qu’on aimait ».

Exténué, Carel Pèdre ira voir un psychologue.

Une excellente décision

L’assistance du professionnel durera un mois et demi, mais l’impact se ressent encore aujourd’hui. « Voir un psychologue a été l’une des meilleures décisions de ma vie », estime Carel Pèdre.

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Réenchanté, le professionnel trouvera l’énergie pour relancer son émission. Un mois après les consultations, Chokarella change de logo et s’appelle désormais The Morning Show. Carel Pèdre recrutera de nouveaux jeunes collaborateurs alors qu’intimement, il améliore d’autres aspects de sa vie.

« Beaucoup d’entre nous pensent que nous pouvons résoudre les problèmes nous-mêmes, analyse Carel Pèdre. Mais parfois, nous n’avons pas les ressources nécessaires pour le faire. »

Désormais, l’animateur invite son audience à ne pas ignorer les signes et à chercher de l’aide. « Il n’est pas forcément facile de trouver des gens dans notre entourage pour nous aider à gérer le stress. Donc, il est important d’aller voir un spécialiste qui ne va pas juger, qui va écouter, et qui va t’aider à travailler sur toi-même de sorte que tu trouves le résultat que tu cherches. »

La santé mentale, un luxe inaccessible

Globalement, la santé des citoyens ne constitue pas une priorité en Haïti. Alors que les besoins s’en vont grandissant, le budget du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) ne fait que diminuer. Les allocations de la santé dans le budget national sont passées de 16,6 % en 2004 à 3,9 % en 2018.

Au sein du MSPP, les maladies mentales, deuxième problème de santé publique, ne préoccupe pas non plus les esprits. Depuis 2010, le ministère s’est doté d’une politique de santé mentale qui est toujours dans un tiroir.

Lire aussi: Dépression, suicides… les troubles mentaux tuent en Haïti

Et ce, malgré les différentes sources de traumatismes liées à la situation socio-économique et politique, la violence, l’insécurité sociale, et les phénomènes climatiques et l’épidémie de choléra.

Certains articles des codes civil et pénal parlent globalement de la capacité et de la protection des malades mentaux, mais la législation du domaine de la santé mentale n’existe pas.

Pour une population de plus de dix millions d’habitants, on ne compterait qu’une vingtaine de psychiatres et une quarantaine de professionnels en psychologie.

Selon un rapport du MSPP sorti en 2017, l’État ne contribue qu’à hauteur de 9,7 % pour les dépenses de santé. À cause de la précarité généralisée, 63 % des ménages les plus pauvres ne consultent pas de professionnel de la santé, faute de moyens, rapportait la Banque Mondiale la même année.

Tout ceci rend inaccessible au plus grand nombre l’accès aux professionnels de la santé mentale. « Il s’agit d’un blocage », reconnait Carel Pèdre. « Il y a des gens qui souffrent énormément, mais qui ne peuvent pas aller voir un médecin. »

Le suicide en débat

Cette année, la journée mondiale de la santé mentale se consacre aux préventions du suicide. Pour l’occasion, Ayibopost s’est entretenu avec la psychologue Béatrice Dalencour-Turnier. Elle est la vice-Présidente de l’Association haïtienne de Psychologie. L’entrevue a été éditée et condensée.

Ayibopost : Cette année, le monde se questionne sur la prévention du suicide à l’occasion de la journée mondiale de la santé mentale. Avons-nous ce problème en Haïti ?

Béatrice Dalencour-Turnier : Certainement. Il y a des gens qui souffrent de la dépression et d’autres qui subissent du stress post-traumatique spécialement à cause de la situation dans le pays.

Il y a aussi les difficultés de débouchés, les jeunes qui ne voient aucun chemin pour se développer, le fait que certains consomment [abusivement] de la drogue et de l’alcool ou les victimes de viol.

Tout ceci peut générer des désirs de suicide et même des passages à l’acte.

On n’a pourtant pas une épidémie de suicide dans le pays, malgré la situation difficile…

Il y a des aspects dans notre culture qui aident parmi lesquels, les relations familiales et les croyances religieuses.

Parce que le suicide est tabou, quand ça arrive les familles cachent souvent les faits.

Parce que le suicide est tabou, quand ça arrive les familles cachent souvent les faits.

Je ne pense pas qu’il y ait une épidémie, mais [à cause d’un manque d’études scientifiques] on ne connait pas non plus la situation réelle en Haïti.

Comment reconnaître et aider quelqu’un qui souffre mentalement ?

C’est surtout l’isolement qui reste un premier signe d’alerte. Dans ce cas, la personne se replie sur elle-même.

La personne peut aussi se trouver à l’autre extrémité : elle est très ouverte, mais elle cache une dose de tristesse.

Quant au suicide, il faut faire attention si la personne fait des menaces et dit qu’elle a envie de se tuer.

En Haïti, on pense que quelqu’un qui menace de se suicider ne le fera pas. Ce n’est pas vrai. Il s’agit d’un signe pour indiquer qu’il y a une grande souffrance.

Parfois, la personne ne le dit pas directement. Elle dit des choses du genre : si je n’étais pas là, ce serait mieux pour tout le monde.

Il faut faire attention si la personne fait des menaces et dit qu’elle a envie de se tuer.

Si l’individu donne [toutes] ses affaires en cadeau, cela peut aussi révéler qu’elle se prépare au suicide.

Comment s’auto dépister ?

Les indices qui indiquent qu’il faut visiter un psychologue sont nombreux.

Si quelqu’un pense tout le temps au suicide et que ces idées sont récurrentes.

Si la personne a des difficultés à gérer ses émotions comme la tristesse ou la colère.

Il y a aussi l’isolement où l’individu sent qu’elle n’a plus le courage de ne faire aucun effort.

L’article a été modifié pour inclure le fait que le MSPP s’est doté d’une politique de santé mentale en 2010. 11-09-2019 | 10:58

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Widlore Merancourt

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