SOCIÉTÉ

À la FDSE, des frais énormes pour la rédaction de mémoires

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Le décanat ne reconnaît pas d’accompagnement payant au sein de la faculté. Mais la pratique dénoncée par les étudiants se poursuit à la faculté de droit et des sciences économiques de l’université d’Etat d’Haïti

Quand l’étudiant en droit Abdelson Pierre voulait entamer la rédaction de son mémoire de sortie, un professeur de la faculté de droit et des sciences économiques de l’Université d’Etat d’Haïti lui avait demandé 100,000 gourdes pour l’accompagner.

Mais l’étudiant ne peut pas payer, il est donc obligé d’avancer seul.

« Je n’ai pas d’encadreur », confie t-il à AyiboPost.

Comme lui, Eddy Saint-Pierre, un autre étudiant de la FDSE qui souhaitait terminer son mémoire cette année dit être confronté aux mêmes difficultés.

« J’ai contacté deux professeurs, mais ils n’étaient pas disponibles », explique l’étudiant, ajoutant que des camarades l’ont orienté vers un autre enseignant de la faculté,  tout en précisant que ce dernier exigerait une rémunération.

« Comme je ne suis pas encore prêt financièrement, je ne peux pas le contacter pour l’instant », confie Saint-Pierre à AyiboPost, disant se sentir « à bout ».

Ces cas illustrent un problème systémique à la FDSE : des professeurs de la faculté demandent des montants conséquents aux étudiants pour les accompagner avec la rédaction de leur mémoire.

Incapables de payer, des étudiants se retrouvent dans l’impossibilité de boucler leurs études, faute d’avoir les montants exigés.

Or, le « décanat de la FDSE ne reconnaît pas d’accompagnement payant au sein de la faculté », selon son doyen, Jean Eugène Pierre-Louis questionné par AyiboPost.

Selon le responsable, la faculté paie un ensemble de professeurs-encadreurs pour accompagner gratuitement les étudiants.

Cependant, la liste de ces encadreurs n’est pas affichée dans les locaux de l’institution ou disponible sur son site internet, constate AyiboPost.

« J’ai contacté deux professeurs, mais ils n’étaient pas disponibles », explique l’étudiant, ajoutant que des camarades l’ont orienté vers un autre enseignant de la faculté,  tout en précisant que ce dernier exigerait une rémunération.

Dans les faits, très peu d’étudiants parviennent à identifier un professeur-encadreur à la FDSE.

Les enseignants à temps plein sont pourtant tenus d’accompagner au moins trois étudiants par année.

En pratique, des étudiants affirment être contraints de verser des sommes importantes pour préparer et soutenir leur travail de recherche de niveau licence en fin de cursus.

Sans cette étape, l’université ne peut sanctionner leurs parcours académiques.

En octobre 2025, la Commission Nationale des Marchés Publics (CNMP) a lancé la deuxième édition de « Mon mémoire en 180 jours », un concours destiné aux étudiants de certaines facultés d’État, invités à élaborer leurs travaux de fin d’études autour de thématiques liées à la gestion des marchés publics.

À travers ce concours, les étudiants lauréats devaient bénéficier de primes pouvant atteindre 150 000 gourdes, de stages dans le domaine des marchés publics, ainsi que d’un accompagnement académique.

Toutefois, selon un document obtenu par AyiboPost, cinq des sept étudiants de la Faculté de Droit et des Sciences Économiques engagés dans la phase finale du concours ne disposaient toujours pas d’encadreur jusqu’au 31 mars 2026.

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Trois de ces candidats, interrogés par AyiboPost, attribuent cette situation à la pratique, chez certains professeurs, d’exiger une rémunération en contrepartie de l’encadrement.

Cette situation ne semble pas récente.

Emmanuel Stéphane Laurent, professeur à temps partiel à la FDSE, déclare en avoir entendu parler lorsqu’il était lui-même étudiant, entre 2008 et 2012.

Toutefois, selon Laurent, cette réalité n’existerait plus au sein de la FDSE car, dit-il, ses collègues ont consenti de grands sacrifices pour continuer à accompagner des étudiants. Ce, poursuit le professeur, en dépit d’un contexte de très faible rémunération des enseignants à temps partiel à l’UEH.

« Je connais des professeurs qui ne perçoivent qu’une pitance par mois », regrette-t-il.

En général, l’étudiant finissant choisit le thème de sa recherche, désigne et sollicite, personnellement, parmi ceux de la faculté, un professeur spécialiste de son thème choisi pour l’accompagner dans la préparation de son travail de fin d’études.

Selon l’un des étudiants concernés par le problème contactés par AyiboPost, la liste des professeurs-encadreurs  reste méconnue malgré les promesses de l’administration de la faculté de la rendre publique.

Bien qu’ils pèsent lourdement et durablement sur les étudiants, compromettant leur progression académique, ces frais d’accompagnement exigés par certains professeurs ont longtemps été tolérés, soutient Roobens Dalton Victor, coordinateur du comité central des étudiants de la faculté de 2022 à 2024.

En cause, poursuit-il, la crainte qu’inspirent certains enseignants et leur influence au sein de l’administration publique, laquelle leur conférerait, selon plusieurs étudiants, la capacité d’entraver leur insertion professionnelle.

« La majorité de ces professeurs occupent des positions de pouvoir dans le système. Tu ne peux t’y opposer que lorsque tu es déjà solidement intégré sur le marché du travail », explique  Victor.

Jonel Dilhomme, ancien professeur de la faculté contacté par AyiboPost, estime que la situation de l’accompagnement payant au sein de la FDSE fragilise le poste des professeurs qui s’inscrivent en faux à la logique de se faire payer.

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Estimant qu’il s’agit d’un système « très puissant », Dilhomme évoque le risque, pour tout professeur qui s’y oppose, de perdre son poste.

Il affirme par ailleurs avoir continué à accompagner des étudiants à titre gratuit alors qu’il se trouvait à l’étranger, avant d’être révoqué pour abandon de poste en mai 2025.

Jonel Dilhomme pense que cette décision de révocation est liée à cet accompagnement accordé aux étudiants.

AyiboPost n’a pas pu vérifier cette information de manière indépendante.

L’étudiant Jamesley Lysius prépare actuellement son mémoire de sortie.

L’intéressé affirme avoir refusé de payer un professeur, jugeant ce procédé contraire à la mission de l’université d’État d’Haïti.

Toutefois, faute d’alternative et soucieux de progresser dans son projet académique, il déclare s’être rejoint à un groupe d’étudiants qui ont trouvé un professeur qui acceptait de les encadrer moyennant un montant de 25 000 gourdes par étudiant.

Dans le cadre de cette enquête, deux professeurs — Maxène Dorcéan, enseignant en droit de la propriété intellectuelle, et Raoul A. Théogène, professeur de criminologie — ont été cités par trois étudiants comme exigeant une rémunération pour l’encadrement.

Contacté, le professeur Maxène Dorcéan n’a pas réagi à ces accusations avant publication.

Pour sa part, le professeur Théogène reconnaît l’existence de cette pratique, tout en niant y prendre part : « Je ne sais pas faire ça », se défend-il.

Par : Doroty Derat

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