SOCIÉTÉ

La mission kényane impliquée dans 4 cas d’abus et d’exploitation sexuels

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Ces cas, jugés « fondés » après une enquête réalisée par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, ont été transmis au commandement de la force pour les suites appropriées, selon un rapport onusien obtenu par AyiboPost

Quatre cas d’exploitation et d’abus sexuels impliquant des membres de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) ont été documentés en Haïti en 2025.

Ces cas, jugés « fondés » après une enquête réalisée par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (OHCHR), ont été transmis au commandement de la force pour les suites appropriées, selon un rapport onusien obtenu par AyiboPost.

Dans un courriel transmis à AyiboPost, Marta Hurtado Gomez, une porte-parole du Haut-Commissariat, précise que la force déployée en Haïti n’est pas onusienne. Elle indique qu’il incombe à la mission et aux États concernés de prendre les mesures nécessaires pour sanctionner les responsables d’abus, assister les victimes et leur garantir l’accès à la justice.

Ces violations s’inscrivent dans un lourd sillage d’impunité.

Lors de missions antérieures, des centaines de casques bleus onusiens impliqués dans des abus similaires en Haïti n’ont jamais été traduits en justice.

Cette récurrence inquiète, d’autant que les premières troupes tchadiennes viennent de rejoindre la force de répression des gangs (FRG), approuvée elle aussi par les Nations unies.

AyiboPost a appris d’une source proche de la mission l’existence d’au moins une allégation de violence sexuelle signalée en 2025.

Fritznel Pierre, membre du comité de pilotage de la MMAS chargé de veiller au respect des droits humains, précise que l’affaire concernait une jeune fille haïtienne et impliquait un membre de la mission.

« C’était effectivement confirmé, selon les informations dont je disposais », soutient Pierre, précisant ne pas être en mesure de fournir davantage de détails sur les circonstances de l’affaire ni sur l’état d’avancement du dossier au sein de la mission.

En septembre 2025, le porte-parole de la MMAS avait qualifié de « rumeur » et de « propagande » une allégation de viol survenue dans le département de l’Artibonite, lors d’une interview accordée à Radio Télé Kiskeya.

AyiboPost ignore si le cas confirmé par Fritznel Pierre correspond à celui signalé dans l’Artibonite.

Selon le rapport du Haut-Commissariat daté de février 2026, les faits documentés en 2025 ont donné lieu à des assistances aux victimes en Haïti via un fonds spécial dédié.

Aucune communication de la mission ne permet de retracer ces dossiers.

Jack Ombaka, porte-parole de la force multinationale, n’a pas répondu à une demande de commentaire d’AyiboPost avant la publication de cet article.

Dans son rapport, le Haut-Commissariat précise que la MMAS-FRG a mis en place un mécanisme de signalement avec le soutien d’organisations de la société civile. AyiboPost n’a pas pu confirmer l’existence de ce dispositif.

Autorisées par les Nations unies, la MMAS et la FRG ne sont pas des forces onusiennes.

Ce statut implique que l’ONU n’intervient pas dans les mécanismes de sanction ou de réparation en cas de violations des droits humains, selon les explications fournies à AyiboPost par la porte-parole du Haut-Commissariat.

Pour les cas d’exploitation sexuelle et d’abus, « le MSS-GSF est chargé de mener une enquête préliminaire et de prendre des mesures à l’encontre des auteurs présumés », soutient Gomez.

Ces mesures peuvent inclure « une suspension et/ou un rapatriement dans l’attente d’une enquête plus approfondie, ainsi qu’une première assistance aux victimes. »

Il n’est pas clair si le rapatriement en cours des forces kényanes relève de l’application de cette mesure.

Un incident impliquant la MMAS a déjà fait l’objet d’une enquête l’année dernière au sein de la force.

En août, la mission multinationale annonçait la mort d’un agent kényan et d’un citoyen haïtien dans un accident impliquant deux de leurs véhicules blindés sur la route de Kenscoff.

Mais une enquête d’AyiboPost a établi que deux citoyens haïtiens avaient en réalité été tués.

Contactée par AyiboPost, l’une des familles endeuillées affirme s’être lourdement endettée pour organiser les funérailles, sans aucun soutien de la MMAS ni de l’État haïtien.

Une source au sein de la mission avait confirmé l’ouverture d’une enquête visant à déterminer le degré d’implication des agents et les suites à donner auprès des familles.

AyiboPost n’a pu obtenir aucune mise à jour sur l’avancement de cette enquête.

À travers le monde, la récurrence des actes d’exploitation et d’abus sexuels rapportés lors des opérations de maintien de la paix, le plus souvent restés impunis, interroge la capacité des Nations unies à prévenir et à punir ces crimes.

Préoccupée, dès 2008, par des informations faisant état d’infractions pénales présumées, l’institution soulignait que l’absence d’enquêtes et de poursuites pouvait laisser penser que son personnel en mission opérait dans l’impunité, et insistait sur l’importance d’agir pour protéger les droits des victimes.

En 2014, la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) (déployée de 2004 à 2017) et la MONUSCO en République démocratique du Congo ont chacune enregistré treize allégations d’exploitation et d’abus sexuels, représentant ensemble 51 % des cas signalés pour l’ensemble des missions de l’ONU.

En Haïti, des soldats de la MINUSTAH ont laissé des « centaines » d’enfants nés de filles et de femmes haïtiennes, sans assistance, selon une étude.

Selon un rapport interne des Nations unies obtenu par l’Associated Press, au moins 134 soldats sri-lankais de l’ONU ont exploité neuf enfants dans un réseau de prostitution en Haïti, entre 2004 et 2007.

Si 114 des casques bleus ont été rapatriés, rapporte le média, aucun n’a fait l’objet d’emprisonnement.

Ces cas s’ajoutent à l’introduction du choléra en Haïti, ayant fait environ un million de malades.

Par : Jérôme Wendy Norestyl et Wethzer Piercin

Couverture | Source : Courrier International

Éditeur à AyiboPost, Jérôme Wendy Norestyl fait des études en linguistique. Il est fasciné par l’univers multimédia, la photographie et le journalisme.

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