Une enquête d’AyiboPost a permis à la police de récupérer trois enfants non scolarisés depuis sept ans chez le Zimbabwéen Vundla Sikhumbuzo, impliqué dans le dossier du trafic d’armes de l’Église épiscopale
La Police nationale d’Haïti a récupéré les trois enfants de l’ex-femme du trafiquant d’armes présumé Vundla Sikhumbuzo, le 26 mars 2026.
Les enfants de l’ancien couple ont passé sept ans en séquestration, sans grand contact avec l’extérieur et sans scolarisation, au domicile de Sikhumbuzo, recherché par la police pour son implication présumée dans le vaste scandale de trafic d’armes à l’Église épiscopale d’Haïti.
Deux sources policières au courant de l’opération ayant conduit à l’interpellation du Zimbabwéen décrivent à AyiboPost des enfants à l’apparence « zombifiée » et ayant « perdu le sens du lien social » après avoir été isolés de leur mère pendant près d’une décennie.
Recherché par la Police nationale d’Haïti depuis 2019, Sikhumbuzo est aussi accusé d’avoir défiguré son ex-femme, la Tchadienne Kassire Hawa Ohrgue, lors d’une tentative d’assassinat à l’acide en 2018.
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Les enquêteurs disent avoir utilisé des informations publiées par AyiboPost pour comprendre l’affaire, retracer la mère et lui remettre les enfants.
L’affaire du trafic d’armes devient publique suite à l’interception par la PNH, en juillet 2022, d’une vingtaine d’armes et de munitions de guerre dans des conteneurs de l’Église épiscopale, destinés à Sikhumbuzo.
Monseigneur Ogé Beauvoir, un ancien évêque de l’Église épiscopale, a révélé à AyiboPost avoir été contacté par Sikhumbuzo pour l’aider à dédouaner les conteneurs, une demande qu’il dit avoir rejetée.
Ce dossier, sur lequel AyiboPost a mené plusieurs enquêtes, est aujourd’hui renvoyé devant le tribunal criminel, impliquant plusieurs personnalités proches de l’institution religieuse.
Pour l’heure, Sikhumbuzo — un ancien cadre de l’Église épiscopale d’Haïti — fait face à plusieurs chefs d’accusation devant la justice haïtienne, tels qu’assassinat, association de malfaiteurs, trafic illicite d’armes et, potentiellement, séquestration de mineurs.
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L’homme, qualifié de « mafia internationale » par des sources policières, aurait également fait l’objet de recherches par le FBI et « pourrait être extradé à tout moment », précisent ces sources à AyiboPost.
« Sa femme a porté plainte également aux États-Unis à son encontre », poursuit un informateur au courant du dossier.
Au cours de ce reportage, AyiboPost a contacté la Direction centrale de la Police nationale d’Haïti, par l’intermédiaire de son porte-parole, Garry Desrosiers, qui affirme ne disposer d’aucune nouvelle information sur le dossier.
Vundla Sikhumbuzo a gardé de force leurs trois enfants. Selon les détails fournis par un informateur au courant du dossier à AyiboPost, les enfants vivaient dans des conditions jugées « abusives ».
Ils étaient enfermés dans l’appartement de Vundla Sikhumbuzo, à Montagne Noire, sans même avoir accès à la galerie de la maison, selon les sources policières.
« Les enfants semblent complètement zombifiés. Ils n’ont même pas eu la possibilité de voir le soleil », précise une source de la Police nationale d’Haïti, spécialisée dans la protection des mineurs.
La source souligne également une peur intense observée chez les enfants au contact d’autres personnes après les faits.
« Ils perdent tout sens du lien social. Ils sont comme des bêtes », relate la source policière.
L’informateur proche du dossier déclare pour sa part : « Quand vous voyez les enfants, vous remarquez qu’ils manquent de quelque chose, qu’ils sont anormaux. »
Une autre source ayant participé au renseignement évoque des « enfants ayant grandi à l’intérieur d’une maison », aujourd’hui « traumatisés ».
L’aînée est aujourd’hui âgée de 18 ans. « Elle ne souhaitait ni voir ni parler à sa mère. Elle nie également que son père ait aspergé celle-ci d’acide », rapporte la source policière.
Vundla Sikhumbuzo a gardé de force leurs trois enfants. Selon les détails fournis par un informateur au courant du dossier à AyiboPost, les enfants vivaient dans des conditions jugées « abusives ».
Le troisième enfant, âgé de quatorze ans, présente des signes visibles de troubles psychologiques. « Il semble souffrir de troubles mentaux et donne l’impression de ne pas savoir où il se trouve. Il paraît comme détaché de la réalité », rapporte la source policière.
La seconde, une adolescente de quinze ans, paraît plus éveillée.
C’est grâce à sa fuite, le 23 mars dernier, que les enquêteurs ont pu interpeller Sikhumbuzo.
Cette dernière, qui visiblement n’entretient pas de bonnes relations avec son père, « n’est pas son amie ».
Lors de leur rencontre après l’interpellation, alors qu’il était conduit en garde à vue, l’ancien fugitif a serré la main aux deux autres enfants, mais pas à elle, a constaté la source policière à AyiboPost.
Les enfants n’ont plus été scolarisés depuis 2019, a appris AyiboPost.
Les enquêteurs ont retrouvé entre les mains de la cadette un cahier datant de juin 2019, indiquant qu’elle fréquentait alors l’établissement Morning Star Christian Academy, à Delmas 31.
En isolement total, « les enfants n’ont jamais parlé à leur mère et n’avaient de contact avec aucun autre membre de la famille, hormis leur père », révèle la source proche de l’unité de la police chargée de la protection des mineurs de la Police nationale d’Haïti.
Privés de liberté et d’accès à l’éducation, « cela est comme une forme de torture. C’est une violation des droits humains », ajoute-t-elle.
Selon des sources policières, la traque de l’homme, qui a conduit à son arrestation, a débuté le 23 mars 2025, lorsque sa fille cadette a fui la maison avec l’intention de retrouver sa mère.
Le troisième enfant, âgé de quatorze ans, présente des signes visibles de troubles psychologiques. « Il semble souffrir de troubles mentaux et donne l’impression de ne pas savoir où il se trouve. Il paraît comme détaché de la réalité », rapporte la source policière.
Ce jour-là, un agent de sécurité d’un hôtel à Pétion-Ville, l’ayant croisée à Morne Brun, l’a remise à une patrouille policière, qui l’a ensuite acheminée au commissariat de Pétion-Ville, vers 13 heures.
« Nous avons contacté AyiboPost grâce à cette adolescente, après avoir suivi une interview accordée par sa mère à un journaliste du média », indique la source policière, précisant que les autorités tentaient de joindre la mère des enfants.
Placée sous la protection du point focal de la Brigade de protection des mineurs à Pétion-Ville, la fillette a fait l’objet d’un suivi ayant permis d’établir le contact avec sa mère, Kassire Hawa Ohrgue, puis avec la Direction centrale de la police judiciaire, qui détenait déjà des informations concernant le dossier.
Au cours de cette intervention, qui s’est étendue sur quatre jours, les renseignements recueillis par les forces de l’ordre ont permis d’identifier trois zones fréquentées par le suspect : Montagne Noire, le supermarché Caribbean, à Pétion-Ville, ainsi que Morne Brun.
Ces informations ont également conduit à la diffusion d’avis de recherche dans ces endroits, notamment auprès des motocyclistes. Les enquêteurs ont ensuite appris que Vundla Sikhumbuzo se déplaçait parfois à pied, parfois à motocyclette.
Alors qu’ils distribuaient un avis de recherche, les informateurs l’ont croisé face à face lors de l’intervention, indique la source policière à AyiboPost.
Sikhumbuzo était accompagné de sa fille aînée, ce qui a permis aux enquêteurs, qui la connaissaient, de l’identifier et de l’interpeller dans la zone « Tèt Dlo », à Pétion-Ville.
Par la suite, les forces de l’ordre ont conduit la cadette devant la maison où logeait l’actuelle femme de Sikhumbuzo et leur quatrième enfant, âgé de deux ans, puis lui ont demandé d’appeler le benjamin par téléphone afin de permettre sa récupération.
Des démarches sont en cours pour permettre aux enfants, confiés à un tuteur, de rejoindre leur mère, Kassire Hawa Ohrgue, aux États-Unis, apprend AyiboPost d’une source policière.
Contactée par AyiboPost, la mère a déclaré ne pas vouloir réagir, en raison de la délicatesse du contexte.
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Pour l’Institut du Bien-Être social et de Recherches (IBESR), le dossier ne suit pas son cours normal.
« Je ne suis pas encore au courant. La PNH ne peut confier un enfant à un tuteur sans que le Bien-Être social n’effectue les vérifications nécessaires, sauf s’il s’agit d’un membre de la famille proche, comme un oncle, une tante, un grand-père ou une grand-mère », précise à AyiboPost la directrice de l’IBESR, Arielle Jeanty Villedrouin.
Par : Jérôme Wendy Norestyl
Jean Feguens Regala a participé à ce reportage
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