Insécurité

Les gangs imposent des postes de péage en mer en Haïti

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Les gangs se tournent désormais vers l’instauration de péages informels visant les embarcations reliant Port-au-Prince, La Gonâve et Arcahaie, selon une demi-douzaine de capitaines et propriétaires de bateaux assurant ces trajets, joints par AyiboPost

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Les gangs ne se contentent plus d’attaquer et de détourner des bateaux en pleine mer dans la baie de Port-au-Prince.

Ils se tournent désormais vers l’instauration de péages informels visant les embarcations reliant Port-au-Prince, La Gonâve et Arcahaie, selon une demi-douzaine de capitaines et propriétaires de bateaux assurant ces trajets, joints par AyiboPost.

Les matelots, souvent pris pour cible et craignant de tout perdre en pleine navigation, paient parfois jusqu’à 75 000 gourdes à des membres de gangs arrivant à bord de petites embarcations.

« Il nous arrive de payer plus de cinq groupes armés pour une seule cargaison de marchandises au cours d’un même trajet, chacun des groupes nous accompagne sur une portion du parcours », révèle à AyiboPost le pasteur Yves Louve, propriétaire du bateau « Rete sou jenou tann letènèl », lequel assure des trajets entre l’île de la Gonâve, Port-au-Prince et Arcahaie.

« Nous payons en fonction de la dimension du bateau », détaille Louve, dont les premiers pas dans ce secteur remontent à 1986 aux côtés de ses parents.

Un article publié par AyiboPost en 2022 avait déjà signalé les interférences fréquentes des bandits dans le transport maritime, ces derniers se livrant à des actes de piratage. Plusieurs bateaux ont ainsi été attaqués ou détournés par des groupes armés.

Lire aussi : Les gangs se livrent au piratage des bateaux en Haïti

Les routes maritimes sont devenues incontournables pour de nombreux marchands haïtiens. Elles constituent des radeaux de survie dans un contexte où des gangs armés contrôlent les voies terrestres reliant Port-au-Prince aux autres villes du pays.

Contactées par AyiboPost, deux sources au niveau du Service Maritime et de Navigation d’Haïti affirment être au courant des péages instaurés par les gangs en mer, mais se gardent de tout commentaire sur la question qu’elles jugent « sensible ».

De son côté, la garde côtière haïtienne déclare renforcer de plus en plus sa présence en mer afin de mettre en déroute les criminels.

Les matelots, souvent pris pour cible et craignant de tout perdre en pleine navigation, paient parfois jusqu’à 75 000 gourdes à des membres de gangs arrivant à bord de petites embarcations.

« Nous avons réussi à détruire au moins trois chaloupes et à en saisir une autre récemment, réduisant par la même occasion la capacité de nuisance des malfrats », révèle le président de la direction des Garde-Côtes d’Haïti, Jean Pedro Mars, joint par AyiboPost.

Les faits se sont déroulés en décembre 2025.

Une vedette de la Garde côtière haïtienne escortait un convoi de navires marchands à destination de l’île de la Gonâve lorsque des bandits surarmés se sont immiscés dans le voyage à hauteur de Gressier.

« Plusieurs assaillants ont été neutralisés. Et grâce à cette action, la zone marine a été entièrement sécurisée », a écrit la Police Nationale d’Haïti dans un communiqué de presse rendu public le 23 décembre 2025.

Cependant, Jean Pedro Mars dit être informé que les bandits continuent de rançonner les voiliers.

Le responsable souligne les faiblesses de la garde côtière haïtienne dans ce contexte.

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« Nous n’avons pas de moyens nous permettant d’assurer une présence permanente en mer. Il arrive parfois qu’ils [les gangs] réussissent à soutirer de l’argent à des bateaux », reconnaît-il, sollicitant des moyens plus efficaces afin de contrer les actions des gangs.

Joint par AyiboPost, Estiverne Feldet, porte-parole du Syndicat des Marins et Amateurs de la Gonâve (SYMAG), pointe le laxisme des autorités haïtiennes face à cette réalité à laquelle est confronté le secteur maritime.

« Il nous arrive de payer plus de cinq groupes armés pour une seule cargaison de marchandises au cours d’un même trajet, chacun des groupes nous accompagne sur une portion du parcours », révèle à AyiboPost le pasteur Yves Louve, propriétaire du bateau « Rete sou jenou tann letènèl », lequel assure des trajets entre l’île de la Gonâve, Port-au-Prince et Arcahaie.

« Les autorités maritimes nous accompagnent rarement. Parfois, elles nous demandent des frais de carburant », confie Feldet.

Le versement de paiements aux gangs ne protège pas les embarcations contre les attaques.

Un marin et propriétaire de bâtiment de 52 ans explique à AyiboPost que son bateau a été détourné à huit reprises par les gangs en dépit du versement des 75 000 gourdes exigées par ces derniers.

Selon l’entrepreneur, des garde-côtes exigent parfois des montants supérieurs à ceux réclamés par les gangs.

« Aussi paradoxal que cela puisse paraître, on paie plus aux agents de la garde côtière pour assurer la sécurité de nos navires, soit 100 000 gourdes », révèle l’homme, visiblement indigné.

Les routes maritimes sont devenues incontournables pour de nombreux marchands haïtiens. Elles constituent des radeaux de survie dans un contexte où des gangs armés contrôlent les voies terrestres reliant Port-au-Prince aux autres villes du pays.

Dégoûté par l’insécurité en mer, l’homme, qui assurait la liaison entre la Gonâve et Port-au-Prince, confie avoir décidé de suspendre ses traversées en décembre 2025, après qu’une violente attaque des gangs a visé treize bateaux à voile, dont le sien, dans la baie de Port-au-Prince, secteur Gressier.

Dans un rapport publié fin 2024 par le groupe d’experts de l’Organisation des Nations Unies, il est indiqué que les gangs s’enrichissent de diverses manières en Haïti, notamment en collectant des taxes illégales sur le transport de marchandises via des postes de péage installés sur les routes nationales.

Les gangs criminels prélèvent chaque année entre 60 et 75 millions de dollars américains sur les conteneurs en provenance de République dominicaine, selon ce rapport.

Photos | Des camions prennent la mer à Carrefour pour rentrer à Port-au-Prince

S’il existe des données chiffrées sur le système de rançonnage organisé par les bandes armées sur d’importantes artères routières, aucun rapport n’est encore disponible sur la quantité d’argent amassée en mer.

L’insécurité grandissante en mer menace le trafic et fragilise davantage l’approvisionnement des habitants de la Gonâve, déjà en situation précaire.

« Sans le trafic maritime, la Gonâve risque de se retrouver isolée du reste du pays, d’autant plus que cet arrondissement dépend fortement de l’activité de cabotage », s’inquiète Yves Louve, soulignant une baisse considérable de la production agricole et l’absence d’autres produits essentiels à la survie dans la zone.

Par : Wesker Sylvain

Courverture | Une pirogue en bois repose sur la berge, face à un petit quai où des voiliers chargés de marchandises sont amarrés. Deux silhouettes marchent au bout du ponton, dans une atmosphère paisible et maritime. Photo : Mission Corail  – Haïti 

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