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Voici la vraie signification du 2 janvier, jour des Aïeux

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Un jour consacré à ceux qui ont combattu pour l’indépendance… et à la bonne chère !

Sous l’empereur Faustin 1er, la Constitution de l’empire consacrait la date du 2 janvier comme fête nationale en l’honneur de Jean Jacques Dessalines.

Mais cette date est devenue le jour des Aïeux lors de la célébration du centenaire de l’Indépendance d’Haïti en 1904, rapporte l’historien haïtien Pierre Buteau. Le président d’alors, le général Nord Alexis, a pris cette décision pour vénérer la mémoire de tous ceux qui ont vaillamment combattu pour la liberté du pays.

« C’est aussi la fête du marronnage, dédiée à tous les marrons du système esclavagiste qui ont perdu leur vie en voulant combattre les colons. Cette date vénère aussi l’âme des anciens Taïnos qui ont voulu résister et combattre les colons envahisseurs », raconte pour sa part l’historien haïtien Jean Ledan fils.

Au lendemain du 1er janvier 1804, les fondateurs de la patrie tentaient de réglementer l’armée et le système foncier du pays. « L’empereur Jean Jacques Dessalines avait pris deux importants décrets ce jour-là. Le premier concernait les costumes des militaires, et le second portait sur le mode d’affermage des biens », fait savoir Jean Ledan fils.

Un bras de fer

La célébration du centenaire d’Haïti s’est déroulée sur fond de crise en 1904. Élu lors des joutes électorales du 21 décembre 1902 face à son adversaire politique Anténor Firmin, le général Nord Alexis utilisa l’armée pour débarrasser le pays des firministes. Les partisans d’Anténor Firmin ont été chassés et le sociologue a dû prendre le chemin de l’exil pour sauver sa peau. 

Face à cette crise politique et militaire qui persistait dans la société, Rosalvo Bobo, l’un des militants de l’époque, avait donné un avis défavorable à la célébration du centenaire. « Il a rédigé un long article dans le journal Le Combat où il posa la question “Faut-il célébrer le centenaire de l’indépendance ?” », rapporte le professeur Pierre Buteau.

Malgré cela, le président Nord Alexis voulait coûte que coûte célébrer les 100 ans de la victoire sur l’esclavage. La programmation du centenaire s’est étendue sur deux jours. Premièrement, le 1er janvier, fête de l’Indépendance, instaurée par les pères de la nation et deuxièmement le 2 janvier, adopté par le président Nord Alexis comme jour des Aïeux.


L’adoption de la Dessalinienne

La fête en l’honneur des Aïeux a eu lieu aux Gonaïves. Un mausolée y a été construit pour leur rendre hommage, sous l’ordre de Nord Alexis. « Certains militants opposants à l’activité ont été exécutés durant le jour », révèle Pierre Buteau. La date a été officialisée pendant l’occupation américaine, selon les explications de l’historien.

Parallèlement, c’est dans le cadre de la célébration du centenaire de l’indépendance que l’hymne national d’Haïti, La Dessalinienne, a été adopté. L’avocat Justin Lhérisson en a écrit les paroles, et Nicolas Geffrard a composé la musique.

Avant, le chant national, « Quand nos aïeux brisèrent leurs entraves », a servi comme hymne du pays de 1893 à 1904. Le texte est l’œuvre du poète haïtien Oswald Durand et la musique était composée par le feu Occide Jeanty.


En rapport avec le Vaudou

Le 2 janvier fait partie de la saison Macaya au sein du Vaudou haïtien, selon le hougan Erol Josué. Cette saison s’étend de la mi-décembre au 6 janvier. La période est considérée comme une fête traditionnelle de fin d’année chez les vodouisants.

« Les adeptes du Vaudou haïtien consomment et partagent de grands banquets le 2 janvier, en l’honneur des héros de l’indépendance. Une partie de cette nourriture est déposée comme offrande pour leur rendre hommage », explique Erol Josué.

Les familles haïtiennes qui ont hérité de cette tradition accordent une grande importance à ce jour. « C’est une grande fête en famille où des plats comme le diri ak djondjon et le riz mêlé aux haricots noirs sont très dégustés. De nos jours, on y ajoute aussi des salades », dit l’historien Jean Ledan fils.

Mais, d’autres familles profitent aussi de cette date pour entretenir le tombeau des êtres qui leur étaient chers, selon les dires de Jean Ledan fils. Ce jour n’a rien à voir avec la fête des Morts (Guédé) du 1er et du 2 novembre.

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Emmanuel Moïse Yves
Journaliste à AyiboPost. Étudiant en communication sociale. Je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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