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Que me reste-il de mes observations après ces élections en Haiti?

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Tant bien que mal ! A la veille de la journée électorale, le 25 octobre dernier, les autorités et des observateurs étaient censés unanimes à reconnaitre que des efforts ont été consentis pour assurer le bon déroulement des élections. Environ 30% de la population avaient pris part à ces élections, contre 18% enregistrés le 9 août dernier. Hormis des cas d’irrégularités et quelques incidents enregistrés, il semblerait qu’il aurait lieu de se faire une satisfaction. Mais non ! Ces avis ne sont pas partagés par de nombreux candidats à la présidence qui dénoncent des fraudes graves orchestrées en faveur d’autres candidats de la course. Un véritable crime électoral pour beaucoup. Bien qu’on soit en attente des résultats du Conseil électoral, de grandes préoccupations envahissent l’esprit de plus d’un sur les risques que ceux-ci ne reflètent pas le choix majoritaire des électeurs. Possibilité de manipulation des résultats ?  Il n’est que d’attendre.

Toutefois, cette période électorale m’a permis de faire quelques remarques. Elle m’a surtout aidé à comprendre mieux une menace que représentent certains leaders sur la scène politique, notamment des populistes avérés ou en miniature. Lesquels participent à accroitre davantage des disparités sociales qui caractérisent différentes couches du pays.

Tant dans les discours de certains, bien avant ou durant le processus électoral, que dans les agissements de d’autres, nombreux sont des éléments qui tendaient à entériner le fossé qui caractérise les classes sociales dans le pays. Que ce soit du côté de l’administration en place, où l’on n’a pas manqué de cracher sur les partis politiques de l’opposition, l’élite intellectuelle, la presse, etc. ; ou du côté de cette classe politique, notamment des acteurs de cette opposition-là, aucun projet de société n’a été proposé à la nation, même pour préparer l’après Martelly. Mais, les mésententes, les intérêts mesquins ont pris le dessus. Tous, ils voulaient, chacun de sa cabale, s’emparer du pouvoir. D’où le sens de cette pléthore de candidats, à vide de programmes,  ayant participé à ces élections. De ce fait, rien de sérieux ne pourrait s’augurer venant de leur part.

Coup d’œil sur les réseaux sociaux 

Jamais, je n’avais assisté à autant de mouvements sur les réseaux sociaux durant cette période électorale. Tweeter, Facebook et surtout la plateforme whatsapp ont servi d’outils par lesquels se propagent toutes sortes d’intoxications de l’opinion. Rumeurs, montages, coups de langue sur les uns et les autres des candidats; manipulation et propagande de toute sortes au profit et/ou à l’encontre des uns et des autres, ont dominé ces plateformes. Des candidats,  partisans et sympathisants ; de vrais ou de vraisemblables sondages d’opinion n’ont pas manqué de surchauffer les forums de discussions. Une véritable guère de positionnement sur l’échiquier politique!

Le syndrome du coup de chance ?

Par ailleurs, il m’a été permis d’identifier trois catégories de candidats qui se présentent comme les seuls détenteurs de la baguette magique qui sauvera Haïti de son marasme. D’abord, ce petit groupe de novices, des candidats « poids plumes », sans vision, ni programme, atteints du syndrome du coup de  chance. Quoique quasi totalement méconnus de la scène politique, voire de l’ensemble de la population, mais bourrés d’audace, ils tentent le coup pour se faire une reconnaissance. D’entrée de jeux, il faut reconnaitre que l’avènement surpris de l’ex chanteur au pouvoir, Sweet-Micky, lors des élections de 2010  ayant fait boule de neige sur la scène politique haïtienne, a servi de motivation pour cette catégorie. Monsieur Martelly au pouvoir avait représenté un véritable coup pour la classe politique traditionnelle. Il était un nouveau souffle. Du sang neuf. On aurait dit que le peuple en avait ras le bol de l’élite politique. Et zut ! Le déclic. La chance qui passe. Tout le monde veut la tenter.

Ensuite, ceux qui ont milité longtemps sur la scène politique, mais qui  n’ont jamais eu la chance d’occuper de hautes fonctions dans l’administration de l’Etat. Leaders de partis, de regroupements,  ou de plateformes politiques. En plus d’être compétents, ils ont probablement de la bonne volonté. Mais, avec une posture trop intellectuelle, planant et stagnant dans leur espace, ils n’atteignent pas le peuple.

Cela dit, ces élections représentent l’occasion de mieux faire parler d’eux. Ils savent qu’ils n’auront pas la bonne grâce de la population pour être à la magistrature suprême de l’Etat, mais ils sont « Premiers Ministrables, ou Ministrables tout simplement. La chance leur sourit. Ils sourient avec. Qui sait ? Enfin, il existe des leaders populistes ou apprentis-populistes qui touchent aux cordes sensibles de la population, avec des discours rêveurs. Ils illusionnent les gens en promettant de remuer ciel et terre pour changer leur condition de vie. « Pawòl tafya », dirait-on chez nous ! En revanche, ce qui est manifestement fragile avec eux, ils se livrent à des pratiques renforçant les disparités entre les différentes couches sociales du pays. Ils s’opposent aux partis politiques qui militent pour l’avancement de la démocratie depuis des années. Ils dressent des éléments de la population contre les intellectuels de ce pays.

Ces acteurs populistes, une véritable entorse  pour ce pays !

Aujourd’hui, la faillite des élites politiques a provoqué de nouveaux comportements chez la population quant à la manière de choisir ses représentants. Elle engendre tout aussi ce déchainement de toute catégorie d’individus qui, pour la plupart, sont venus de nulle part, et sous le couvert de la démocratie, se vantent porteurs d’espoir pour ce pays. Tous, ils se présentent sur la scène politique avec des  solutions-recettes face aux différents problèmes du peuple. Novices, amateurs, populistes avérés ou populistes en gestation, ils sont aveuglés par l’obsession de la prise du pouvoir. Ils veulent réussir à tous les coups.

Mais pour leur part, ces populistes, habilement plus dangereux que les autres, avec des discours multicolores, dressent les plus simples citoyens contre les élites dirigeantes. Ils influencent grandement le mépris de cette population à choisir des candidats visiblement honnêtes et porteurs de discours rationnels et pragmatiques. Ces candidats populistes, en véritables prédateurs de la démocratie, dans  leur costume de messies, à vide de consistance dans leur discours et programmes, tentent de faire rêver la population. A ce propos, comme le rapportent Michaël Franssen et Julien Milquet :

En se réclamant du peuple et de ses aspirations profondes, les populistes se présentent comme les grands défenseurs du peuple contre les torts qui lui sont faits et envers l’élite au pouvoir en proposant des solutions simples à des problèmes très complexes, souvent difficiles à comprendre par la population. » Ainsi, ils usent d’une « rhétorique structurée par le blâme et l’éloge : elle est antiélitiste, exalte le peuple et insiste sur le pathos de l’homme du commun, sur la communication directe avec les hommes ordinaires, égaux entre eux par la simplicité, l’honnêteté et la santé qu’ils sont censés posséder ». Il s’agit en réalité, d’une forme directe d’appel aux « masses » pour atteindre cet idéal utopique d’un gouvernement « du peuple, par le peuple et pour le peuple » (Franssen et Milquet, 2011 : 4 in Le populisme Une vague qui déferle sur le vieux continent).

 Cela étant, de notre avis, ces populistes constituent de véritables prédateurs de conscience de la majorité, notamment les couches défavorisées qui, dépossédées d’un pouvoir d’achat considérable, ne pensent qu’à la gestion de leur survie au quotidien.

Certes, les conditions matérielles d’existence, les précarités socio-économiques de la population lui rendent vulnérable et sujette à toute manipulation de tous ces candidats, sans vergogne qui, pour avoir le pouvoir, promettent les yeux de la tête. Ils vont jusqu’à mercantiliser le vote du citoyen qui, quoiqu’il n’attende pas grand-chose d’eux, entre dans leur jeu.

Mais, cette pratique désormais récurrente dans les campagnes électorales, représentent une menace pour l’avenir de la démocratie en Haïti. Elle est surtout révélatrice d’une malformation des principes démocratiques. Le sens du civisme, du patriotisme, et de citoyenneté qui devraient caractériser le comportement du citoyen est le cadet de ses préoccupations. Un  vrai malaise sociétal dont les acteurs gouvernants doivent prendre en compte, s’ils veulent participer à la (re)construction de cette nation.

Pour barrer la route à ses arrivistes qui ne pensent qu’à leurs intérêts mesquins, il faut tirer leçons de leur passé sur la scène politique. Les expériences de ces dernières décennies nous ont appris à nous méfier de ces acteurs dangereux qui plantent leurs racines dans l’environnement politique du pays. Les conditions de vie de la population n’ont pas vraiment changé.

Worlgenson NOEL

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La rédaction de Ayibopost

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