CULTUREÉCONOMIE

Pourquoi la part du secteur culturel dans le Budget est si insignifiante?

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J’ai reçu récemment via WhatsApp une pétition exigeant un titulaire compétent au ministère de la Culture. Je souscris bien évidemment à une telle préoccupation, subissant moi-même les effets destructeurs de l’abandon de ce secteur à des mêmes-pas-amateurs. Pourtant, les plus hauts dirigeants ne ratent jamais l’occasion d’ânonner que notre culture est un atout pour notre développement.

Cette pétition m’a ramené à l’idée que ce sont les acteurs culturels qui doivent défendre en premier lieu leur secteur. C’est un encouragement et je veux acter ma souscription en rappelant quelques éléments de mon analyse du budget culture 2017-2018 publiée dans « Pour une école qui nous rassemble au lieu de nous diviser, plaidoyer pour l’enseignement du patrimoine culturel haïtien dans note système scolaire», livre que mon collègue et ami Kesler Bien-Aimé a signé avec moi. Une analyse du budget éducation est aussi dans ce livre, j’invite à s’y référer.

Il n’est évidemment pas question de reprendre ici tout le texte mais de souligner un point qui, à notre avis, est d’importance. Les rédacteurs du budget 2017-2018, comme ceux de la première proposition de 2018-2019, semblent consacrer en principe ce qui est une hérésie en matière de budget : des crédits de fonctionnement très largement supérieurs à des crédits d’investissement.

Pour un pays à qui il manque toute sorte d’infrastructures culturelles c’est assez choquant. Et, quand on se rend compte que par ce fait, on paie des fonctionnaires pour ne rien faire, on prend toute la mesure de l’expression Lajanm k ap kale m. Non seulement on gaspille sans vergogne notre argent mais on a l’aplomb de nous rappeler que nos ressources sont limitées.

Comment justifier que des crédits du bureau du ministre de la Culture équivalent presque la moitié des crédits de fonctionnement de tout le ministère mais de plus, qu’ils représentent à peu près le double des crédits d’investissement de l’institution ?

Pour ce qui concerne les organismes autonomes, je ne prendrai que l’exemple de l’ISPAN. Cet institut auquel il incombe d’assurer la sauvegarde du patrimoine reçoit en crédit d’investissement – pour assurer les travaux de protection et de sauvegarde de plus de 200 unités bâties de notre patrimoine – que 30 000 gourdes par unité de bâtiment sur l’année. Lorsqu’on sait qu’en même temps des officiels parlent de tourisme culturel on ne peut, dans le meilleur des cas, que penser à une forme de schizophrénie.

Le budget est l’image la plus fidèle d’une politique. Cette politique qu’on nous propose n’est pas seulement contreproductive, elle est destructive, méprisable, suicidaire.

Le secteur a effectivement besoin de gens compétents pour sa gestion mais aussi d’un appui au plus haut niveau de l’État. Il faut que les responsables de ce pays comprennent qu’au-delà de la musique compas et du carnaval, il y a tout un patrimoine à transmettre, à protéger et à promouvoir. Qu’ils comprennent que la culture n’est pas un luxe pour le budget du pays mais le moyen par lequel ce pays peut continuer d’exister en tant que tel et prospérer. Qu’ils réfléchissent et qu’ils comprennent que c’est notre plus grande richesse pour autant qu’elle puisse nous assurer cohésion sociale et progrès.

Il y a plusieurs propositions que nous pourrions faire pour la confection du nouveau budget. Je me résumerais en disant qu’il faut non seulement respecter le principe de 30% de fonctionnement pour 70% d’investissement mais aussi de se référer aux documents d’orientation du secteur notamment le rapport des Assises nationales de la culture qui avaient réuni des membres de tout le secteur. Il y a dans ce rapport un nombre extraordinaire de propositions concernant l’ensemble du secteur. Il est certain qu’on ne pourra pas, en une année fiscale, tout réaliser mais on gagnerait à prendre cette direction au lieu de gaspiller nos maigres ressources.

A ce stade, je ne peux qu’inviter tous les acteurs du secteur à la vigilance et de leur rappeler encore une fois que le prochain budget nous dira si effectivement le gouvernement veut construire avec nous cette culture haïtienne qui compte tant d’illustres artistes et écrivains, tant de vestiges d’un passé grandiose, tant de pratiques merveilleuses que le monde, s’il le savait, nous envierait.

Enfin, que ce secteur reçoive le respect qui lui est dû afin que plus jamais on ne nous inflige par exemple une architecture d’un palais de justice avec de grossières erreurs de proportion. Pensez au sens que cela communique messieurs les dirigeants de mon pays.

Ronald Paul

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