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Obama, les plus beaux paradis sont ceux qu’on a perdus

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  « Les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus »

A la recherche du temps perdu, Marcel Proust

 « Yes we can, Yes we did, Yes we can ! », le 10 janvier dernier, sur ses terres d’adoption à Chicago, là a tout a commencé pour lui, Barack Obama délivrait un vibrant discours d’adieu aux Etats-Unis d’Amérique et au monde, carillonnant comme un doux angélus, sonnant aux « heures canoniales », rappelant à la fois la fin d’un cycle et l’imminence d’un jour nouveau, avec aux aurores, l’arrivée et la transfiguration de Donald Trump …mais, en réalité, le soleil se lèvera t-il demain ?

Theodore Roosevelt, 26e prĂ©sident des Etats-Unis dĂ©finissait sa fonction comme un « bully pulpit », un « pupitre d’intimidation » d’oĂą le prĂ©sident ne peut compter que sur son prestige et sur sa notoriĂ©tĂ© pour imposer sa volontĂ© et faire passer son message. 102 ans après lui, Barack Obama aura celui qui aura, sans doute, le mieux utilisĂ©, usĂ©, jusqu’à la toute fin, ce pupitre pour Ă©clairer les consciences et marquer les esprits.

En 2008, l’histoire personnelle de Barack Obama, issu de l’union d’une mère blanche amĂ©ricaine et d’un père kĂ©nyan noir, rejoint celle de tout un pays. L’AmĂ©rique, en Ă©lisant son premier prĂ©sident mĂ©tis, lançait un signal fort au monde entier et prouvait Ă  tous, si nĂ©cessaire fĂ»t-il, que dans ce pays tout Ă©tait possible.

Chez Barack Obama, homme aux origines mixtes, la dualité restera une constante, à la fois sur le plan personnel que sur le plan politique. Le théologien luthérien américain Reinhold Niebuhr, le « philosophe préféré » d’Obama, théorisa la dualité de la nature humaine : l’homme est à la fois bon et mauvais.  Qui veut faire l’ange, fait la bête !

Chef de guerre fait Prix Nobel de la paix, Obama aura Ă©tĂ©, tout au long de ses huit annĂ©es Ă  la Maison Blanche, Ă  la fois l’ange et la bĂŞte. Il aura Ă©tĂ© celui qui aura capturĂ©, Oussama Ben Laden, figure symbolique d’Al-QaĂŻda, celui qui a rĂ©ussi Ă  rĂ©duire le contingent amĂ©ricain en Irak. Il aura Ă©tĂ© cet artisan de paix signant des accords historiques avec l’Iran puis avec Cuba. Il aura aussi Ă©tĂ© l’un des rares prĂ©sidents amĂ©ricains osant s’opposer de manière frontale au grand alliĂ© israĂ©lien…quoique tardivement. Parallèlement, c’est aussi ce mĂŞme impĂ©trant qui louvoiera des annĂ©es durant sur le dossier de la Syrie, qui Ă©chouera Ă  fermer la prison de Guantanamo.

Sur le plan Ă©conomique, hĂ©ritant de la crise de 2008, le prĂ©sident Obama termine son 2e mandat avec un bilan assez flatteur : environ 2 millions d’emplois ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©s chaque annĂ©e (hormis 2009) et le pays a renouĂ© avec la croissance. Toutefois, sous sa prĂ©sidence, les inĂ©galitĂ©s ont continuĂ© Ă  s’accroitre : le salaire minimum n’a pas augmentĂ© en 7 ans et 43 millions de personnes, soit environ 15 % de la population amĂ©ricaine, vivent dans la pauvreté !

Sur le plan racial, l’élection d’Obama en 2008, quarante ans après l’assassinat de Martin Luther King, fut un symbole fort puissant et beaucoup espĂ©raient l’émergence, aux Etats-Unis, d’une ère post-raciale. Plus encore, des millions d’afro-amĂ©ricains rĂŞvaient d’un lendemain meilleur pour eux-mĂŞmes et pour leurs enfants. 8 ans plus tard, les rĂŞves ont laissĂ© place Ă  la rĂ©alitĂ©, le Yes we can a laissĂ© place au Black Lives Matter! Ces deux dernières annĂ©es ont Ă©tĂ© le théâtre d’un accroissement inquiĂ©tant du nombre d’assassinats d’afro-amĂ©ricains par des policiers blancs et noirs. Durant 2016, plus de 258 afro-amĂ©ricains ont Ă©tĂ© tuĂ©s par des policiers dont au moins 100 qui ne furent pas armĂ©s ! Par ailleurs, le taux de chĂ´mage s’Ă©lève Ă  8,3% au sein de la minoritĂ© noire des Etats-Unis contre 4,8% pour la population totale…

Last but not least, le Patient Protection And Affordable Care Act, plus connu sous le nom d’Obamacare, signĂ© en mars 2010 et entrĂ© en vigueur le 1er janvier 2014, restera sans doute comme l’une des plus belles rĂ©ussites de l’ère Obama. MĂŞme si cette rĂ©forme ne crĂ©Ă© pas d’assurance publique, elle a renforcĂ© la rĂ©gulation du marchĂ© privĂ© des assurances. Environ 16,4 millions de personnes qui Ă©taient auparavant non-assurĂ©es ont pu ainsi souscrire Ă  une couverture grâce à l’Obamacare…

Barack Obama aura donc, comme les 43 autres hommes qui l’ont précédé au bureau ovale, réussi et échoué. Malgré un bilan contrasté, doux-amer, il restera dans l’Histoire pour sa présidence digne, la qualité et la hauteur de vue de son verbe mais surtout pour la validité qu’il donne aux rêves, aux espoirs de tout un chacun, présageant à la façon d’une comète, que peut-être, dans nos vies,  le meilleur est à venir !

Max Jean-Louis

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Max Jean-Louis
Social Innovator, Captain of Hope and Filmmaker. Élu Administrateur du Centre de la Francophonie des Amériques en 2010 et 2012.

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