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Négociation à l’amiable

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Je sais que tu me connais et que tu m’espionnes, que les appels tardifs et privés que je reçois sont de toi. Respirer à l’autre bout de la ligne avec autant de fureur et de rage ne m’ébranle pas. Ces courriels anonymes perçant la jalousie et les menaces ne me font pas trembler. Je sais que tu surveilles ses moindres faits et gestes, que tu provoques un véritable capharnaüm quand il revient à la maison à des heures indignes et que malheureusement, il n’est pas avec moi, ma jolie.  Je vais te parler franchement… oui, je vais te dire des vérités crues et dures à avaler mais tu survivras. Je n’ai pas demandé à être présente dans votre vie. Dieu seul sait combien d’années, je l’ai repoussé, ton mari. Mais vois-tu, il fut tenace et excella dans l’art de la séduction. Que veux-tu ? La chair est faible. Ce n’est pas tous les jours qu’on se fait suivre après le boulot et que l’on se retrouve accolée à son véhicule : jupe retroussée, en train d’être dévorée de baisers fiévreux. Ce soir-là, j’ai eu beau lutter de toutes mes forces mais c’est du sang qui coule dans mes veines. Il a su réveiller un corps qui sommeillait depuis déjà un sacré bout de temps.

Ce scenario s’est répété plusieurs fois jusqu’à ce que je cède à la tentation. Il me bombarda de messages qui restaient assez souvent sans réponse, me fit des visites surprises. Il est même resté planté devant ma porte plusieurs fois dans l’idée de me faire sienne. J’avais fait ce que je m’étais promise de ne jamais faire : « goûter au fruit défendu ». Rassure-toi, ma conscience me fouettait chaque jour. Je n’étais pas meilleure que toutes celles que j’avais osé juger et qui se pavanaient avec des hommes mariés. Jusqu’au jour où j’ai découvert que, comme ces femmes, je ressentais l’une des émotions les plus naturelles au monde: celle d’aimer quelqu’un.

Oui, je suis malheureusement tombée amoureuse de lui. Toi, ton erreur a été de le repousser et de le jeter dans mes bras. Tu as trop tiré sur la corde, Lou. Tu permets que je t’appelle ainsi ? Tu n’as pas su être là quand il avait besoin de toi. Il m’en a parlé, vois-tu, de ces nuits blanches, à guetter ton retour après que tu sois partie t’éclater en boîte de nuit, le laissant mort d’inquiétude, ivre d’angoisse. De ces jours, où tu ne cuisines pas après une petite dispute, de ton désintéressement quand il te parle de ses projets. Ma chère, ce sont des comportements que les hommes ne digèrent pas, tu es mieux placée que moi pour le savoir. Alors, cesse donc de me persécuter quand tu as toi-même provoqué suffisamment de dégâts qui l’ont poussé à chercher un peu d’affection et d’amour ailleurs. Les hommes ne demandent pas beaucoup en général. Ils demandent de prendre soin d’eux, de leur ventre et de leur bas-ventre… tâches auxquelles tu as failli lamentablement. Tu as accumulé les bavures, Lou, jusqu’à ce qu’il en ait eu ras le bol.

Aujourd’hui, je veux te confier un secret : il compte te divorcer. Je ne te considère pas comme ennemie et je ne cherche pas non plus ta bonne grâce en t’annonçant que j’ai fait l’impossible pour l’en dissuader. Cette décision aura un impact de grande envergure sur vos enfants, encore trop petits pour endurer la séparation de leurs parents. Ce serait mentir de dire que l’idée de votre séparation ne m’enchante pas. J’aime tant ton mari. Que dis-je ? J’aime mon homme.

J’ai su combler tous les vides que tu as laissés, gommer toutes tes fautes, remplir tes devoirs conjugaux, m’occuper de lui avec beaucoup d’amour et de tendresse, redonner un sens à sa vie et je me suis même occupée de vos enfants. Je les ai récupérés à l’école toutes les fois où tu les avais fait souffrir de ton attente juste parce que tu as préféré te faire une beauté au salon de coiffure ou aller en cours de Zumba.  Point n’est besoin de te dire que tu as bossé dur pour perdre ton mari et moi, j’ai bossé dur pour gagner son amour en retour quand j’ai découvert que je ne voulais pas m’en tenir qu’à de simples parties de jambes en l’air. Tout ceci est ton œuvre, Lou.

Ton mari, dans d’autres circonstances, tu l’aurais déjà perdu. Chaque fois qu’il s’acharnait contre toi, je faisais de mon mieux pour le ramener à la raison. Ce n’est pas de gaieté de cœur que je lui donnais de bons conseils et que je lui demandais de faire en sorte de te parler pour sauver le peu de ce qu’il restait de votre foyer. Aucun mot sur cette terre ne pourrait décrire la joie que je ressentirais si tout finissait entre vous du jour au lendemain.  Mais je ne saurais vivre avec la conscience tranquille sachant qu’il était prêt à renoncer à toi pour être avec moi. Tes enfants, je les adore trop pour leur infliger pareille souffrance.  Je ne suis pas égoïste contrairement à toi. Entre nous, je les volerais tous les trois si je ne craignais pas la justice divine. Je sais que Dieu me punira quand même de m’être délectée goulûment de ton « Ti Pouchon », ce petit nom affectueux qu’il a tant aimé et qui aujourd’hui a perdu toute sa valeur.  Cet homme, tu ne le mérites pas, Lou. C’est dommage que les femmes de ta trempe sont chanceuses à pouvoir dénicher cette espèce rare que nous recherchons toutes. Je ne représente pas une menace pour toi, ma belle. Cesse donc de me faire parvenir des roses noires. Il faut beaucoup plus que cela pour me mettre le feu au cul. Je n’aime ni le scandale, ni les tapages à n’en plus finir.

Alors, je serai assez audacieuse et futée pour te demander gentiment de mettre un terme à ces simagrées pour qu’on trouve un terrain d’entente. Je ne veux pas que tu perdes ton mari. Je l’aime trop pour le voir souffrir et je sais que ce divorce ne le laissera pas indifférent parce qu’il t’aime encore, en dépit de tout. Je ne te le volerai pas Lou, mais je te propose qu’on le partage.

Une si petite négociation n’est pas cher demandé!…..

Anaïs-N. Allen

 

Commentaires

Merci cher patron !

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