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Ne faites pas comme chez vous

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C’est ma première visite en Haïti. On m’a tant parlé de ce petit coin de paradis logée dans les Caraïbes, que je n’ai pas hésité lorsque l’un de mes collègues m’a invité à voyager avec lui et quelques amis vers cette île. Je mourrais d’envie de la visiter, de l’explorer et d’en découvrir les multiples facettes. J’ai eu la chance de rencontrer tant d’haïtiens à l’étranger qui, d’une manière ou d’une autre, m’ont incité à connaître leur perle des Antilles, que j’étais en feu lorsque le moment fut venu de sauter dans l’avion et de troquer mon manteau d’hiver contre un t-shirt relax et des mini shorts! On m’a parlé de Jacmel, de la Côte des Arcadins, de la ville du Cap-Haïtien, de Jalousie et de tant d’autres sites que je devrais prendre en photo. Et oui! Je compte bien relever le défi et je n’oublierai surtout pas d’envoyer toutes les photos à mes amis qui seront sans doute armés d’une pelle pour secourir leur auto enfouie sous la neige.

Nous avions quitté l’aéroport Toussaint Louverture depuis une heure et le chauffeur nous signalait que nous étions en route vers Pétion-Ville aux fins de bénéficier d’un goûter offert par l’organisation internationale qui nous emploie au Canada. Le chauffeur nommé Roger était très sympathique et nous expliquait que les embouteillages monstres étaient dus à l’heure de pointe. Moi, je n’étais pas pressée. J’avais tout le temps du monde et je voulais tout savoir sur les Haïtiens. C’est un peuple qui m’avait toujours fasciné. Plusieurs enfants avaient accouru vers la voiture à mon arrivée mais ceci n’avait pas réussi à me déstabiliser comme certains autres. Ici, j’avais la ferme intention de me sentir chez moi!

Brusquement, un coup de frein me sortit de mes pensées. Nous étions rendus à destination. J’arrivais à lire rapidement le nom du restaurant qui attirait les regards de l’extérieur. L’odeur de la viande grillée me chatouillait les narines dès que j’avais franchis le seuil. Quel accueil! Nous avions alors pris place sur une table en plein air. Haïti m’enchantait déjà! Le seul hic, il n’y avait personne pour nous conduire à notre table. Le serveur nous regardait dans le blanc des yeux comme si nous lui devions quelque chose et ensuite  nous lança avec nonchalance:

“Nou mèt chita kote nou vle wi”.

Une phrase que ma vague connaissance du créole me permis de comprendre rapidement. Déterminée à ne rien laisser gâcher de ma première journée en Haïti, j’avais vite fait d’oublier ce petit incident et je lui demandai de nous apporter le menu. Après quelques minutes, une femme ayant l’air de vouloir être n’importe où sauf ici nous les tendit. En fait, il n’y en avait deux alors que nous étions quatre, mais je m’étais dit que ça devait être la façon de faire les choses ici. Après avoir rapidement parcouru le menu des yeux, je commandai un plat de brochette de crevettes.

“Nou pa gen krevèt jodi a non” me  répondit-elle ennuyée.

Avez-vous le fetuccini alfredo alors?” Repris-je en rassemblant toutes les connaissances que j’avais acquises en cours de français aux Etats-Unis.

“Non. Nou pa genyenl jodia. Sa se lè madi sèlman nou genyenl”

Pourquoi mettre un plat qu’ils n’ont que le Mardi dans un menu général me pensai-je intriguée…

Il fallut cinq minutes pour finalement trouver un plat qui me plaisait et qu’ils pouvaient servir ce jour-là! Je pris le parti de voir le côté positif des choses…Au moins j’allais manger!

Lorsque je réalisai que je n’avais pas de menu pour les boissons, la serveuse commença à m’énumérer verbalement tous les jus naturels qu’ils offraient. Pourquoi pas un menu pour que je regarde calmement? Ils n’en avaient pas.

Pendant que j’essayais de mémoriser la liste des boissons, l’un de mes amis opta pour une pizza toute garnie, cependant il précisa qu’il désirait qu’on n’y ajoute pas les poivrons.

-“Nou pap ka fè l konsa non…nou pa janm fèl konsa”

-“La pizza est prête mais congelée alors?”

-“Non li poko pare men nou paka pa mete pwavron. Nou toujou fè l konsa, nou paka chanje resèt la”

Notre confusion était maintenant à son summum. Il semblait que cette serveuse avait été programmée, et qu’elle était loin d’être flexible. Non seulement elle affichait une attitude ennuyée mais la requête de mon ami dépassait son entendement, et elle n’envisageait pas que c’était possible d’indiquer au chef que cette fois-ci, le client voulait la pizza toute garnie sans poivrons.

Faisant fi de la précédente discussion, l’un de mes compagnons réclama une piña colada. La serveuse s’exclama que depuis trois semaines elle rappelait au manager du  restaurant de racheter du  lait de coco et jusqu’ à présent le stock n’avait pas été réapprovisionné; chose que nous clients, n’avions aucunement besoin de savoir.

Je me sentis soudainement confuse et en proie à des émotions multiples. Il semblait que personne ici, ou du moins, dans ce restaurant n’avait envie de m’accueillir! J’avais la sensation de déranger les employés, de nuire au manager et de courir après le serveur pour payer! C’était pourtant dommage qu’après avoir été si ravie de visiter Haïti, que les locaux me laissent l’impression que les touristes desservaient leur bien-être. J’avais fait référence aux touristes mais à vrai dire, il est fort probable que ce soit également le cas des clients locaux. J’avais entendu parler du mauvais service à la clientèle avant ma visite mais j’avais préféré voir les choses par moi-même avant de juger.

Un pays avec un potentiel touristique énorme, avec une richesse culturelle à envier, n’apprend pas ses employés à accueillir comme il se doit ses visiteurs ! Quel gâchis ! ou Quel manque à gagner !

Commentaires

Ann-Sophie Ovile
I am a girl who is passionate about seeing the world, loving people, the beach, rooftops and red lipsticks. I am trying to make the world a little brighter one article at a time.

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