CULTURE

Merci cher patron !

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Merci patron de m’avoir rendu ma femme. Elle me manquait et tu me l’as finalement rendue. Merci patron d’avoir rendu à mes enfants leur mère, car, l’amour d’une mère étant unique, ils commençaient à se lasser de mes compensations paternelles. Merci patron de m’avoir rendu beaucoup plus amoureux, car, aujourd’hui, son amour a été éprouvé mais il en est sorti plus fort.

Quand elle était rentrée ce jour là, j’étais stupéfait. Soucieuse et laborieuse en général, ce n’était pas dans ses habitudes de rentrer de si tôt. Quand je lui ai demandé qu’est-ce qui se passait ? Elle m’a tristement lâché: « Mon patron m’a viré». Abasourdi, je lui ai demandé pourquoi.  Contraintes budgétaires ? Faillite ? Faute professionnelle ? Elle n’a rien dit et s’est rendue dans la chambre. Malgré mon insistance, elle est restée muette.

Dès le lendemain de sa révocation, elle s’est levée et a pris soin de nos enfants comme si de rien n’était. Je me rapelle encore de la joie qui se dégageait sur le visage de notre fillette de 4 ans ce matin-là. Elle chantait à tue-tête partout dans la maison : « Manmie m’a coiffée tololo ». Mon fils quant à lui, exigeait que ce soit sa mère qui l’emmène à l’école ce matin-là. Quand je suis rentré du boulot, j’ai trouvé une maison avec la touche féminine qu’elle n’avait plus eue depuis quelques temps. Notre foyer était heureux. Le bonheur était en floraison dans ma famille, car madame est parmi nous.

Néanmoins, au fond de moi, l’intrigue persistait. Pourquoi ma femme a-t-elle été révoquée ? J’ai appelé un de tes amis pour savoir si l’entreprise avait des problèmes financiers. Il a affirmé que ton entreprise est en bonne santé. J’ai contacté ton comptable et ton administrateur pour savoir si ma femme était coupable d’une faute quelconque ; ils m’ont répondu par la négative. L’année dernière, au grand banquet annuel de l’entreprise auquel j’avais été invité, ma femme avait été honorée comme « Employé de l’année ; par conséquent, j’étais encore plus confus et perplexe quant à ce soudain revirement.

Ce n’est qu’hier, que j’ai, par le biais d’un nouveau client, appris la vérité sur toute l’histoire. Lorsque je me suis présenté, celui-ci m’a demandé si madame Antoinette Michel était ma femme. Quand je lui ai répondu par l’affirmatif, il s’est levé et m’a tendu la main en disant : « Félicitations monsieur, vous avez une femme de courage et de valeur ! ». Quand je l’ai prié d’élaborer un peu plus, il m’a confié que ma femme a été licenciée parce qu’elle a refusé, à maintes reprises, tes avances.

Elle a fait le choix de l’honneur et de la dignité. Le choix du respect et de la sagesse, le choix de l’intégrité. Elle s’est conduite en vraie mère de famille et loyale épouse. Elle a refusé de se laisser chosifier. Les patrons de ton espèce, de par leur position, croient avoir un droit de cuissage généralisé sur toutes leurs subalternes.

Cher patron, ta révocation ne l’a guère affectée. D’ailleurs quand je lui ai dit que j’avais tout appris et lui ai fait sentir ma fierté, elle m’a répliqué que ses parents lui ont toujours recommandé de faire peu de cas des gens sans valeur qui ne pourront jamais gâcher son bonheur. Voilà pourquoi elle ne m’a rien dit et s’est remise sur ses pieds dès le lendemain.

Nous pourrions bien engager des poursuites judiciaires contre vous, mais à quelles fins ? Nous préférons te laisser avec ta conscience, ou du moins ce qu’il en reste, car nous n’allons pas descendre à ton niveau et te valoriser dans ton manque d’éthique.

Encore merci, une fois de plus, car tu as confirmé mon bon choix de faire de cette femme mon épouse. Tu m’as donné une raison de plus de l’aimer. Garde ton entreprise dans cette immoralité, l’avenir dira le reste, mais ma femme en est sortie la tête haute et sans tâche.

Nansen ALEXANDRE

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La rédaction de Ayibopost

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