POLITIQUE

Marine monte, Charles part!

0

DĂ©testĂ©e, applaudie, aimĂ©e, apprĂ©ciĂ©e, rĂ©pugnĂ©e, enviĂ©e, copiĂ©e, adorĂ©e, haĂŻe … La France, c’est cette adolescente sur la cour de rĂ©crĂ© qui se fait toujours des ennemies Ă  cause de son sale caractère, Ă  cause de ses commĂ©rages mĂ©chants. Mais Ă  la fin de la journĂ©e, elle aura convaincu une ou deux camarades de classe de son innocence. Celles-ci convaincront d’autres. Elle est hystĂ©rique, fait souvent la conne, mais elle a du chien. Le lendemain matin elle se fait une beautĂ©, se met sur son trente-et-un. Une fois sur la cour, elle est aussi enviĂ©e qu’elle Ă©tait dĂ©testĂ©e la veille. Les amies reviennent. Depuis Mitterrand c’est ça la France.

La France, porteuse d’idée nouvelle, c’était hier. La machine intellectuelle qu’elle fut se meurt. Comme elle reste un classique qui avait un jour fait rêver, elle conserve sa valeur marchande. Mais, sa valeur intrinsèque est tout, sauf certaine. Le socle de l’intellectualité sur lequel sa réputation s’était bâtie est gravement endommagé. Cette position à influence réduite sur le monde rend l’Hexagone mal en point. L’Absurde de Camus et l’Existentialisme de Sartre jouent à la chaise musicale dans le monde des idées parisien depuis maintenant 75 ans. Les mêmes plats sont constamment resservis avec des dispositions et décors différents. Ces grandes idées qui avaient beaucoup allégé les conséquences de l’après-guerre sont aujourd’hui fatiguées, à court de solution aux problèmes actuels.

Dans son dĂ©sarroi, elle fait parfois la conne. On se rappelle qu’en 2002, quand elle rĂ©alisait que dĂ©sormais pour ĂŞtre entendu dans le monde, il fallait que sa voix se place dans la chorale europĂ©enne, elle avait sous le coup de l’émotion votĂ© Jean-Marie Le Pen a 17% aux prĂ©sidentielles. Chirac s’était assurĂ© le deuxième mandat au deuxième tour, mais la France rĂ©publicaine s’était offert une victoire Ă  la Pyrrhus. La France hystĂ©rique exprime ses insĂ©curitĂ©s Ă  travers le LepĂ©nisme, doctrine de rejet de l’autre. Toujours la faute de l’autre; l’Europe; les immigrants; la Chine… Elle se referme sur elle-mĂŞme, elle reste convaincue que « l’enfer, c’est les autres ». Lundi dernier, le FN (Front National) a remportĂ© les Ă©lections europĂ©ennes à plus de 25%. Le parti anti-Europe de la France sera donc son principal reprĂ©sentant en Europe. En cette pĂ©riode de crise Ă©conomique et identitaire les français ont choisi la voix dĂ©raisonnĂ©e du populisme.

Mais cette fois–ci, dans sa dĂ©raison, il existe une explication, quelque part logique. Depuis ces cinq dernières annĂ©es, la sociĂ©tĂ© française est plongĂ©e dans une suite de dĂ©bats plus superficiels les uns que les autres. Il y a une consternante rĂ©duction des dĂ©bats sociĂ©taux Ă  un exemple, ou une personne. Ainsi donc le problème de l’immigration fut rĂ©duit Ă  l’épisode Leonarda. La rĂ©forme financière annoncĂ©e par François Hollande s’est arrĂŞtĂ©e au jugement du trader au 2 milliards, JĂ©rĂ´me Kerviel. Les malaises de la population grandissante d’origine sub-saharienne et magrĂ©bine, face aux inquiĂ©tudes de la France beaucoup plus traditionnelle se sont traitĂ©s dans le miasme de l’affaire DieudonnĂ©. La France n’a jamais Ă©tĂ© aussi superficielle. Elle est Ă  court d’idĂ©es. D’un point de vue politique, le projet du gouvernement de Manuel Valls est le sosie du plan de l’UMP. Les dĂ©limitations politiques et philosophiques ont disparu. C’est la dĂ©cadence!

En tout cas, malgrĂ© Marine et le FN, malgrĂ© Hollande et sa politique socialiste pro-corporation, malgrĂ© DSK et ses orgies, malgrĂ© Sarkozy et son Ă©gocentrisme, personnellement, si pour un moment j’oublie que cette civilisation s’était aussi construite au prix fort de la libertĂ© mes ancĂŞtres enchainĂ©s, je reconnais qu’elle a Ă©crit quelques belles pages de l’histoire humaine. Tout en leur brandissant de temps Ă  autre mon majeur dessalinien, je jouis des dernière dĂ©lices de cette sociĂ©tĂ© mourante.

Mardi, j’ai passĂ© ma sĂ©ance de sport Ă  Ă©couter du Kery James et du MC Solaar. A mon retour Ă  la maison, j’ai consultĂ© le site de « L’Express » ou j’ai rĂ©alisĂ© que Charles Aznavour avait fĂŞtĂ© ses 90 ans pendant le weekend. J’ai donc rempli un verre de ce Bordeaux qui Ă©tait dĂ©jĂ  ouvert, activĂ© mon playlist youtube d’Aznavour. Dans cette atmosphère assez jazzy mon esprit vagabondait un peu partout. J’ai soudainement rĂ©alisĂ© qu’à  90 ans Charles partira bientĂ´t, et avec lui presque tout ce que la France avait Ă  offrir de bon et de grand au monde. Mon playlist finit sur la chanson « Le TorĂ©ador ». Sur la terre chaude d’Andalousie ce torĂ©ador qui avait connu toutes les gloires du sud de l’Espagne mourait. Le taureau a eu raison de lui et sa belle vie de paillette prenait fin:

« La course continue/Tandis que tu rends l’âme/Tant pis pour le vaincu/Il mĂ©rite son sort/Et le nom du vainqueur/Que l’assistance acclame/Bien plus que la douleur/Te transperce le corps le corps».

Aznavour a fĂŞtĂ© ses 90 ans sur scène Ă  Berlin, il s’est assurĂ© une fin qui ne sera pas celui du TorĂ©ador, il mourra dans la gloire. Mais la France…

Commentaires

JĂ©try Dumont
Directeur Général | Co-fondateur | J'aime me considérer rationnel et mesuré avec une vision semi-ouverte du monde. J'ai un baccalauréat en finance. Je m'intéresse au Barça, à la politique, à l'entrepreneuriat et à la philosophie.

Comments

Comments are closed.