On n’a jamais autant parlé de démocratie, de droit international, de valeurs humanistes. Pourtant, depuis la création des institutions internationales du XXe siècle, on n’a jamais vu un tel irrespect de la vie civile s’installer comme norme
Les chefs de deux Etats annoncent qu’ils vont attaquer des installations civiles, ce qui s’apparente à un crime de guerre. Ça passe. On « supplie ». On « exhorte ». Mais on ne condamne pas. Plus de cent fillettes sont tuées par un missile. On commence d’abord par mentir. La vérité éclate. Cela ne provoque pas beaucoup d’émoi. On fait la traque aux bandits. Dans la réalité, ce ne sont pas les bandits qui meurent. En tout cas, pas les chefs. Des civils qui ont le malheur d’être pauvres. On ne prend même pas le temps de les compter. De les identifier. Un gouvernement décide de plonger un peuple dans le noir, de l’affamer. Le monde regarde.
Toutes ces choses. Ici ou là. Y a-t-il un coin dans le monde où la vie civile a encore de l’importance ? On savait que les fanatismes et les pathologies avaient banalisé la mise à mort de civils, non liés directement à un problème ou un conflit. Le tueur en série et le meurtrier de masse font partie des légendes urbaines des dites démocraties occidentales. Et les régimes théocratiques et les dictatures n’ont jamais hésité à tuer des civils. D’ailleurs, pour ces types de régime il n’y a pas de civils. Rien que des mécréants et des ennemis intérieurs. Tuables donc.
Aujourd’hui ce droit de tuer n’est pas que l’œuvre de quelque détraqué d’un monde occidental producteur en série d’esprits tortueux et torturés. Ni des fous de Dieu, occupant le pouvoir politique. Ni de quelque dictateur dont le règne est présenté comme un anachronisme, une dernière étape sur le chemin de la fantastique « démocratie ».
On fait la traque aux bandits. Dans la réalité, ce ne sont pas les bandits qui meurent. En tout cas, pas les chefs. Des civils qui ont le malheur d’être pauvres.
On n’a jamais autant parlé de démocratie, de droit international, de valeurs humanistes. Pourtant, depuis la création des institutions internationales du XXe siècle, on n’a jamais vu un tel irrespect de la vie civile s’installer comme norme. On voit le ridicule des institutions dont la mission serait de protéger les civils. Et l’on entend le désespoir de celles et ceux qui essaient d’aider sur le terrain. Les témoignages du personnel des ONG travaillant à Gaza, au Liban, ont de quoi faire frémir.
L’humanisme et la fiction du droit international devraient pourtant marteler sans transiger : le respect des vies civiles. Exiger cela des Etats, des armées, des polices. Mais on permet à tel État ce qu’on ne permettrait pas à tel autre. On enseigne à des officiers de police que dans tel quartier il n’y a pas de civils, rien que des ennemis. On recherche un homme, on le fait exploser avec son entourage. On envahit un pays et l’on y massacre la population civile. La vie civile n’est plus rien. Ne pas se trouver où explosent les bombes, les missiles, les drones. Sinon tant pis…
Et meurent les fillettes. De faim. Ou sous les balles. Ou sous les décombres.
Et sont prises entre deux feux les populations des quartiers où l’on a laissé le banditisme s’installer.
Et l’on peut se faire tuer dans une grande métropole par un détenteur de la puissance publique à l’occasion d’un simple contrôle d’identité.
Le blabla sur les valeurs, les principes ne convainc plus personne. Car ces valeurs exigeraient de condamner une politique qui vise ouvertement à affamer, appauvrir un peuple. Elles exigeraient de condamner ouvertement toutes les guerres d’agression.
Ce mépris de la vie civile témoigne peut-être du caractère mensonger de toutes les constructions sur l’universel. Car à quiconque viendrait se réclamer de l’universel face à telle situation, on demanderait légitimement pourquoi il n’avait pas réagi face à telle autre. Dans ce contexte de logique de guerre, loi du plus fort, et de hiérarchisation des vies selon leurs cultures, leurs classes et leurs origines, comment rétablir comme priorité le respect de la vie civile ?
Chaque jour, au réveil, ici comme ailleurs, combien de vies civiles ont été sacrifiées par des dirigeants politiques au nom de leurs ambitions personnelles ou de leur désir de domination sur le reste du monde ?
Par : Lyonel Trouillot
Couverture | Source : Folha De S.PAul
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