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Lyonel Trouillot | La sombre destinée du gouvernement de facto

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Tout patron intelligent finit par virer un subalterne qui conduit ses intérêts à une impasse. Mais ça, c’est une affaire entre le patron et le subalterne

Ce n’est pas le discours de tel avocat marron ou de tel propagandiste monnayé qui changera la réalité. Le gouvernement de facto n’a qu’une destinée : se maintenir. Il ne peut pas produire de consensus. Le peuple qui ne l’a pas choisi n’en veut pas.

Et pour se maintenir, il n’a que deux outils : la violence répressive et la corruption qui envoie quelques bouffons le défendre devant les médias. Pauvres bouffons, vos propos ne font plus que renforcer le mépris dans lequel un peuple vous tient. D’ailleurs, on sent que cela se fait sans ferveur ni conviction. Vous ne donnez même pas l’impression de croire à ce que vous dites. Ah, c’est bien vrai que «lajan fè ti pope danse», comme disaient les vieilles autrefois. Mais tous les clowns ne font pas rire.

La réalité est la suivante : c’est la volonté du gouvernement de facto contre celle d’Haïti. Nous voulons un gouvernement de transition capable d’assurer des élections, de lutter contre la criminalité et de répondre à un minimum des revendications populaires. Le gouvernement de facto veut se maintenir.

Pauvres bouffons, vos propos ne font plus que renforcer le mépris dans lequel un peuple vous tient. D’ailleurs, on sent que cela se fait sans ferveur ni conviction. Vous ne donnez même pas l’impression de croire à ce que vous dites.

Le gouvernement de facto a pour lui une police qu’il utilise comme outil de répression, les gangs qu’il prétend combattre, l’usage arbitraire des finances publiques, le soutien de puissances installées dans une logique impériale, absurde et criminelle.

Oui, c’est une logique impériale, absurde et criminelle de dire qu’on soutient un pouvoir incapable d’organiser des élections parce qu’il devrait être remplacé par des élus. C’est une logique absurde de dire qu’un pouvoir dont les gangs sont les alliés objectifs, ils assurent le contrôle de la population, va les combattre en faisant venir quelques petits soldats noirs. C’est une logique impériale de refuser à un peuple de décider du cours de son histoire en lui imposant un pouvoir dont il ne veut pas. Et c’est une logique criminelle parce qu’elle aboutit à un état de guerre entre ce pouvoir et ce peuple.

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Le gouvernement de facto ne pourra se maintenir qu’en réprimant, en tuant. Et plus il voudra réprimer et tuer, plus il fera face à la colère populaire. Nous en sommes là, et on se demande combien sont payés avec l’argent de leurs concitoyens les imbéciles qui animent les think tanks de certains ministères des affaires étrangères.

Le peuple haïtien a pour lui sa détermination, une histoire de souffrances et de luttes contre ces souffrances, sa volonté déclarée de changer les rapports entre l’État et la société, d’établir une démocratie réelle qui n’est pas possible sans un minimum de justice sociale. Il a pour lui aussi le miroir dans lequel les sociétés et États occidentaux prétendent se regarder.

À beau mentir qui vient de loin… Un jour nos mensonges finissent par nous rattraper. Vous soutenez Ariel Henry au nom d’une logique électorale, alors qu’il n’a aucune légitimité, dirige arbitrairement depuis deux ans et demi, n’a pas tenu d’élections. Vous allez le soutenir jusqu’à quand ? Et vous allez l’aider à réprimer ceux qui réclament son départ puisqu’il n’a aucune légitimité ? Quand sa police tirera sur des foules dans lesquelles il y aura des travailleurs, des intellectuels, des représentants de la société civile, vous direz qu’elle a tiré sur des bandits, tandis que les gangs continueront de sévir ? Haïti est un petit pays, mais les choix faits en Haïti par l’Occident témoigneront de ses vérités et de ses mensonges.

Tout patron intelligent finit par virer un subalterne qui conduit ses intérêts à une impasse. Mais ça, c’est une affaire entre le patron et le subalterne.

Haïti n’acceptera pas l’odieuse continuité.

Quinze pour quinze, je parie…

Par Lyonel Trouillot

Image de couverture : Le Premier ministre de facto, Ariel Henry, serre la main du chef de la Police Nationale d’Haïti (PNH), Frantz Elbé.| © MCC


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Poète, romancier, critique littéraire et scénariste, Lyonel Trouillot a étudié le droit.

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