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Lyonel Trouillot | Chroniques d’un Noël triste

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Les femmes noires, les pauvres, les non chrétiens qui ont une dette envers Dieu qu’ils n’auront jamais fini de payer

A la veille de Noël, malgré les efforts d’un pape enfin humain et de quelques voix marginales au sein des cultes réformés pour parler des problèmes sociaux et dénoncer les injustices, que reste t-il du «aimons-nous les uns des autres»? Que reste-t-il de cette idée forte de l’évangile de Jean que l’acte d’amour envers Dieu passe par l’acte d’amour envers l’autre ?

Pauvre Jésus et pauvre Jean. Et surtout, pauvres de nous.

Voici le christianisme aujourd’hui dans ses versions les plus audibles : le sectarisme de groupes qui diabolisent tout ce qui n’est pas eux ; l’archaïsme qui s’oppose aux droits des femmes, à la liberté de l’orientation sexuelle, à l’égalité entre les sexes, aux cultures nationales noires (Haïti, Guinée…) dénoncées comme sources du mal, à l’immigration pour délit d’origine ; l’évolution politique de la démocratie chrétienne vers le conservatisme, la droite, voire l’extrême-droite et le soutien massif aux candidats d’extrême-droite; l’obscurantisme qui ne reconnaît aucune vérité scientifique ni historique.

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La littérature aussi en a pris pour son grade. Ils ne sont pas nombreux les Williams Sassine, David Lodge ou les Christian Bobin…

Nous vivons ici le pire de l’expression de cette misère, de ce rétrécissement dogmatique. Tel parti qui se disait de gauche a glissé dans la bondieuserie et le conservatisme jusqu’à patauger aujourd’hui dans la vase d’un pouvoir décrié, illégitime et indifférent à la réalité concrète des citoyens. Tel dirigeant politique appartenant à tel culte réformé fait montre d’une telle indifférence et d’un tel mépris envers le sort et les propos des gens qu’il prétend diriger qu’on associe son attitude à la conception de la foi dans l’enseignement qu’il a reçu : suis ton chemin et oublie les autres. Le lien n’est pas évident pour tous mais on ne peut nier que l’hypothèse a été formulée.

Et l’individualisme sauvage devenu la norme du capitalisme actuel a gagné du terrain sur le bien commun. Tout doit être à mon service dans la concurrence avec le service de l’autre. C’est valable pour le droit et pour Dieu dont je fais un usage privé. In God we trust quand il s’agit de faire la guerre à d’autres peuples. In God I trust, quand il s’agit de faire la guerre à son voisin de palier ou son collègue de travail.

Pauvre Jésus et pauvre Jean. Et pauvres de nous.

Ce qui domine aujourd’hui, c’est l’idée que je dois faire de vivre une béatitude pour moi et la comprendre comme une pénitence pour les autres: Les femmes noires, les pauvres, les non chrétiens qui ont une dette envers Dieu qu’ils n’auront jamais fini de payer.

Aujourd’hui, même s’il faut saluer des positions progressistes chez de nombreux chrétiens, la dominante fait peur. Ici, comme ailleurs, quand la phrase au début de la conversation, c’est « je suis chrétien » ou plus encore «je suis chrétienne», je ne peux m’empêcher d’avoir peur. Le pire, on en connaît les effets. Le mieux, peut-il être autre chose qu’une intériorité déchirée entre deux pôles, la mauvaise conscience (morbidité de la contrition) et la bonne conscience (la charité comme salvation).

Par Lyonel Trouillot

Image de couverture :  © VATICAN MEDIA / REUTERS


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Poète, romancier, critique littéraire et scénariste, Lyonel Trouillot a étudié le droit.

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