ART & LITERATURECULTUREEN UNEFREE WRITING

LUI…

0

Elle se pencha vers moi pour m’embrasser tout en me souriant machinalement et je sus qu’elle venait encore de me tromper. Cela me fit mal mais je ne dis mot.

« Allô chéri »

Je pus sentir son odeur sur elle et cela me fit mal. Il suffisait de voir l’éclat de ses yeux, sa posture féminine, son sourire élargi pour savoir que son empreinte était sur elle. Je connais ma femme depuis l’enfance alors je peux clairement dire que je sais que ce n’est pas celle qui m’a épousé qui se tient en face de moi. Non, celle-là, c’est l’autre partie d’elle. C’est celle qui se retrouve piégée à mes côtés par un triste parcours de la vie.

Nous nous connaissions depuis des années et j’avais toujours été un camarade, un ami, un proche. La vie nous ramenait toujours sur le même chemin, renforçant ainsi au fil du temps nos liens amicaux sans pour autant nous attirer vers une quelconque affinité amoureuse….jusqu’à ce que moi je tombe amoureux d’elle. Si je veux être honnête dans ma confession, je dois avouer qu’elle n’a jamais été amoureuse de moi. Elle s’est tout simplement retrouvée avec moi au mauvais moment au bon stade de la vie. Oui, elle avait subi les pressions familiales et elle avait suivi le pas de ses frères et sœurs et elle avait fait sa vie. Elle avait cru que laisser de côté cette déception amoureuse qu’IL lui avait infligée et avancer avait été la meilleure chose à faire à l’époque.

Elle m’avait juste confessé qu’elle avait eu le cœur brisé lorsqu’IL avait décidé de faire sa vie là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique. IL n’avait pas l’envie de revenir au bercail pour se battre dans la jungle haïtienne au jour le jour. Elle n’avait pas de visa et lui allait en illégal et donc pas de possibilité de planifier des visites. Ils avaient cru au pouvoir des lettres, des appels au cyber-café, mais cela n’avait pas été assez. En moins de six mois, IL avait rompu sans regarder derrière. IL avait été son premier amour et d’après ses journaux intimes que j’avais osé lire après une « énième » crise de jalousie non exprimée, IL serait le dernier. Cela avait eu le mérite d’être clair mais l’éternel optimiste que j’étais avait voulu croire en un « happy ending » digne des contes de fées. Oui, j’avais cru que lui faire voir monts et merveilles, l’entourer, l’encadrer, la couvrir d’attention m’aurait fait gagner la guerre mais c’était oublier que la vie avait ce don de vous blesser cruellement. Oui, elle avait toujours eu une dernière carte à abattre…

Je l’avais courtisé, je lui avais fait comprendre que je serais toujours là dans sa vie. Elle pouvait me faire confiance. Et pour maintenir cette promesse, j’avais renoncé à certaines aspirations professionnelles. J’avais limité ma vie en fonction de la sienne et jusqu’à présent, je ne le regrettais pas. Pas parce que je n’aspirais pas à plus, mais parce que je l’aimais assez pour sacrifier un peu de mon bonheur pour la rassurer. C’était l’amour de ma vie que je rendais heureuse en restant statique dans mes aspirations. Jusqu’à une certaine mesure, cela avait eu l’air de marcher. On n’était pas mieux lotis que les autres couples mais on n’était pas non plus les plus malchanceux. Et cela me suffisait…

Jusqu’à ce qu’IL revienne… IL en avait eu marre d’attendre une résidence qui ne venait pas. Il en avait eu marre de voir ses amis avancer soit en se trouvant un travail, soit en décrochant des diplômes, soit en fondant une famille, tandis que lui, IL n’avait rien accompli…sur aucun plan. IL avait compris tout le sens de la chanson « Haiti chérie ». IL avait compris que sa terre natale aurait toujours les deux bras ouverts, prêts à l’accueillir et à oublier le reniement dont font part tellement de citoyens à un moment de leur existence. Et elle avait été clémente envers lui. Grace à nos amis en commun, malédiction des petites agglomérations où tout le monde connait tout le monde, j’avais su qu’IL avait pu rapidement reprendre ses repères en se trouvant un emploi au travers des connections parentales, et repris ses habitudes au pays comme s’IL n’en avait jamais disparu. IL avait repris contact aussi avec ma femme et leur relation avait repris comme avant… comme si le temps n’avait rien altéré…comme si mon chapitre n’avait jamais existé.

J’ai pensé à l’acculer et obtenir un aveu complet mais à quoi bon… Je ne pense pas pouvoir supporter de la voir partir dans les bras de cet homme dont le nom revient constamment dans sa bouche le soir durant son sommeil. Je vois ses yeux briller comme jamais ils n’ont brillé pour moi quand elle chuchote au téléphone tandis qu’elle se prépare pour sortir. Ah oui, ça aussi, elle sort ces temps-ci ma femme adorée. Elle s’est remise au maquillage et fais des achats assez souvent.  J’ai pensé à lui dire que je savais et que je la jetterais à la rue si elle continuait mais je n’aurai jamais le courage de l’avilir ainsi. J’ai pensé à le contacter mais à quoi bon ? Pour m’entendre dire que sans les mauvais tours du destin, elle serait mariée à lui et non à moi ? Pour m’entendre dire qu’aucun de nous n’étions en tort? J’avais peur aussi qu’il me rappelle que j’étais le seul obstacle à leur bonheur vu que nous n’avions pas d’enfants.

« Je t’aime, tu sais» 

Elle me regarda d’un air surpris et une ombre fugace passa sur ce beau visage qui ne serait jamais mien entièrement et le lâche que j’étais décida de s’en contenter parce qu’il préférait encore avoir les miettes au lieu de la perdre entièrement. C’était à ce point que mon amour était grand pour cette femme que mon cœur avait choisi. Elle ne me répondit pas mais fit une pression sur mon épaule comme pour abréger cette conversation gênante. Alors en bon mari, je me tus tout en la regardant se déshabiller pour aller se doucher.

C’était aussi un rituel confirmant qu’il y avait eu une rencontre charnelle avec LUI.

Commentaires

Meg
I am just a girl in love with coffee crossing life with her ups and downs. I prefer to let people have their own idea about who I am. I am also a humanitarian worker and I love to discover new culture and new people. I want my writing to touch people and make an impact in their life.

    Je veux divorcer Linda

    Previous article

    Martelly est-il vraiment parti ?

    Next article

    Comments

    Comments are closed.

    #ReteBranche : Pour ne rien rater, inscrivez-vous à la lettre Ayibopost