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Les crises systémiques haïtiennes

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Haïti a connu plusieurs crises systémiques, 1986, marque la fin de la dictature et la marche vers un long processus démocratique. Cette longue marche vers la démocratie ne se fait pas sans heurts. Au contraire, Haïti a connu des crises politiques récurrentes durant ces trente (30) dernières années dont les plus fulgurantes 1986, 1994, 2004 et actuellement 2016. Nous sommes entrés dans une transition qui n’en finit plus et qui ne fait qu’intensifier la détérioration des conditions de vie de la population. L’élément commun de ces différentes crises est la forte mobilisation populaire, parfois violente, afin de dénoncer l’inadéquation existant entre l’archaïsme des structures dominantes politiques, intellectuelles et économiques et la nécessité contraignante d’une véritable modernisation et d’intégration nationale. Ces crises ne font qu’affaiblir les régimes politiques, d’autant plus que les solutions politiques favorables se font en dehors de la loi.  L’absence de la culture politique du compromis contribue à la dégradation de la situation sociale, politique et économique du pays.

Comment de tels manifestations populaires n’arrivent-ils pas  à activer le processus d’amélioration des masses défavorisées et au développement du pays ? Ce constat peut être expliqué par la manipulation de la population par les classes dominantes afin d’arriver à leur but. La classe défavorisée est souvent dupée par les stratégies, les méthodes, les orientations et les instruments utilisés par ces dernières afin de faire perdurer leur domination. La structure sociale haïtienne a cette capacité de se mettre ensemble et de résister au changement surtout quand cela touche leur équilibre interne. Malgré les différents mouvements des secteurs populaires, ils n’arrivent pas à changer le statu quo instauré par les forces dominantes qui détiennent le pouvoir politique et économique du pays. Paradoxalement ces mouvances populaires sont souvent utilisées pour servir les intérêts des classes dominantes. Ce qui traduit l’étanchéité des barrières sociales existant dans le pays.

Les différentes crises et les mécanismes de résolution mis en place poussent à se questionner sur la mobilisation populaire et les retombées pour les générations futures. Ils disent souvent que la voix du peuple c’est la voix de Dieu, et pourquoi sont-ils incapables d’exiger une éducation de qualité ? Des infrastructures modernes ? Un système de santé de qualité pour tous ? Pourquoi accepte t-il que leurs représentants donnent de si mauvais spectacles pendant qu’il assiste impuissamment à ces scènes ? Ces mobilisations populaires ont permis le chambardement des gouvernements, ont déjoué des plans macabres, mais elles restent incapables de garder cette même synergie pour l’avancement du pays.

Ces questionnements aident à mieux comprendre les mouvements populaires. La plupart de ces mouvements sont politiques et leur seul but et objectif c’est le renversement d’un gouvernement, d’un secteur politique sans avoir de plans pour le futur. Sans tenir compte de la masse populaire, ces leaders politiques ont pu les mobiliser afin de satisfaire leurs objectifs personnels. Une fois leurs objectifs atteints, ils prennent la poudre d’escampette et sont au timon des affaires pour reproduire ce qu’’ils dénonçaient hier.

Cette méthode ô combien utilisée par les politiciens traditionnels a crucifié toute une génération qui pourrait mettre son savoir et son savoir-faire au service du développement de son pays. Ils envoient leurs enfants faire des études à l’étranger afin de perdurer le système. Et le peuple assiste impuissant à cette lutte fratricide entre ces vautours qui dévorent insatiablement ce cadavre nauséabond qui est Haïti. Dans les pays développés, on parle d’entrepreneurs : « personnes contribuant au développement de leurs pays en créant de la richesse, en créant des emplois, en innovant et en encourageant la concurrence pour le bien des consommateurs »… Mais chez nous, c’est le terme bourgeois qui prédomine, une classe enfermée depuis des siècles dans l’archaïsme total et qui contribue à la déchéance du pays. Ils préfèrent financer pour avoir des exemptions douanières au lieu d’investir dans la jeunesse, dans le pays.

Les mouvements populaires haïtiens n’ont malheureusement jamais aidé à mettre sur pied un plan permettant l’émancipation des masses les plus défavorisées, ni à l’établissement d’un régime démocratique, encore moins à la modernisation économique ni la socialisation de l’état. Nos mouvements populaires doivent dépasser le « voye ale » ou le « jan’l pase li pase ». Ces mouvements populaires devraient nous permettre de redéfinir la société haïtienne  dans laquelle nous voulons vivre, celle que nous souhaitons léguer à nos enfants ;  de reconstruire l’homme haïtien et de redonner la dignité à chacun  de nous.

Dimitry Leblanc

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La rédaction de Ayibopost

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