SOCIÉTÉ

Le « Restavèk » haïtien, victime d’un système bien établi

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Frappées par le chômage et la misère, incapables de subvenir à leurs besoins, des milliers de familles haïtiennes se trouvent dans l’obligation de chercher un support ailleurs. Ainsi, elles confient leurs enfants à d’autres gens, à de parfaits inconnus dont la situation financière est meilleure, dans l’espoir d’un mieux-être.

Il n’y a aucune instance qui soutient la famille en Haïti, ce qui rend leur situation très précaire. Majoritairement monoparentales, les familles vivant en milieux ruraux sont confrontées à de nombreux défis, l’inaccessibilité à une éducation de qualité, manque d’eau potable, un système sanitaire insuffisant, pour ne pas dire inexistant, etc. L’absence de planning familial provoque l’apparition des familles de 5 à 10 enfants et plus dans certains cas. Actuellement 47% de la population vit en dessous du seuil de l’extrême pauvreté, avec moins d’un dollar américain par jour. Un tableau assez sombre de la réalité de la famille haïtienne.

Donner un enfant, lui offrir un meilleur lendemain

Cet enfant « donné » vivra loin de ses parents et deviendra dans le plus souvent des cas constatés, un enfant domestique, un restavèk (mot péjoratif venant de la combinaison de deux mots français, rester avec). Une récente étude conduite par le Ministère des affaires sociales et du travail (MAST) fait état de 400.000 enfants travailleurs dont 207 000 en situation non acceptable. Cette étude offre une vision détaillée du travail fourni par les enfants domestiques, l’impact de cette pratique sur leur état de santé et de leur retard au niveau éducatif. Des chiffres qui dénoncent ces agissements inhumains et dégradants.

En Haïti la domesticité est un sujet qui ne retient pas l’attention des autorités locales. Le quotidien du domestique se résume ainsi : il se réveille tôt, se couche tard, il cuisine, il va chercher de l’eau, il nettoie la maison, il est responsable de toutes les courses et transporte souvent des charges qui sont au-dessus de ses capacités physiques. A côté de ses obligations journalières, il subit la violence de la famille hôte, qu’elle soit verbale (moqueries de toutes sortes) ou physique (il est battu et violé), il est sous-alimenté et porte des vêtements de mauvaise qualité. Au moindre faux pas, il en subit les conséquences. Et tout dépend de la famille dans laquelle il atterrit, certains d’entre eux vont à l’école dans l’après-midi, après une journée de travail qui les a épuisés. D’autres fournissent jusqu’à 17 heures de travail par jour, ce qui impacte négativement la santé physique et psychique de l’enfant. Travail pour lequel il ne perçoit absolument rien, et les promesses faites à ses parents ne sont pas non plus respectées. D’autres n’ont même pas la chance de fréquenter un établissement scolaire. Le domestique en Haïti est un enfant en bas âge ou à peine entré dans l’adolescence, entre 6 et 15 ans, il supporte malgré lui une forte dose de violence et d’humiliation. Psychologiquement l’enfant en domesticité est écrasé, réduit par les critiques dont il fait l’objet au quotidien. Son amour propre est lésé, foulé au pied. Il est privé de ses droits les plus fondamentaux.

N’ayant jamais connu ses parents biologiques, Erika a été placée en domesticité dans une famille qui faisait usage de violence physique à son égard, changeant constamment de famille, un jour en sortant de l’église, elle a été attaquée et abusée sexuellement par 6 individus. De cette agression est né un enfant aujourd’hui âgé de 6 ans. Erika est âgée de 22 ans cette année, elle est encore sous l’emprise des séquelles laissées par les incidents ayant marqué son enfance. Vivant avec un enfant dans des conditions de vulnérabilité, elle a bénéficié d’une bourse en plomberie, Grace à la Fondation Maurice Sixto, qui œuvre depuis 13 ans pour le respect des femmes et des enfants en domesticité. Diplômée en 2016, elle exerce son métier de plombier pour son bien-être et celui de son fils.

Benoit a 14 ans et est hébergé par une famille dans la capitale. Il se lève tôt pour s’occuper de la maison. Au départ des enfants pour l’école et des adultes pour leur travail, il doit trouver de l’eau potable et aller au marché pour les ingrédients du repas de midi. Frêle et toujours en loques, il est battu pour ses moindres écarts de conduite, il est souvent suspecté de vol. Benoit ne connait aucun loisir ni de moment de répit, il va à l’école le soir et manque toujours de fournitures. Gentil et fougueux, dans ses yeux pétille une enfance qui a soif d’amour, de compréhension, d’attention. Il est connu dans tout le voisinage, personne ne souffla mot, car ici c’est presque normal d’avoir un enfant touche-à-tout, une machine à tout faire. Tous les jours des voitures d’organisations de l’enfance passent devant la maison où il est logé, son quotidien n’est pas prêt de changer. Il a pourtant des rêves, des rêves d’enfants qui mangent à leur faim. Benoit à 12 ans et vit à Port-au-Prince.

Pour reprendre les paroles de la directrice de la Fondation Maurice A. Sixto, Gertrude Séjour « En Haïti avec ce système nous sommes en train de créer nos propres bourreaux, ceux-là qui demain seront nos ennemis et qui déjà le sont. Comment demander à quelqu’un d’éprouver de l’amour, de la pitié, de la compassion à notre égard quand il ne sait tout simplement pas ce que cela veut dire, quand il a été toute son enfance la risée et le souffre-douleur d’une famille ? ».

Mettre un terme par tous les moyens à cette forme de servitude, dire non à la pérennisation de l’esclavage sous nos propres toits ! Encadrer les familles en combattant la pauvreté, le chômage, en mettant sur pied les infrastructures nécessaires dans les localités reculées de la capitale.  A l’heure où vous lisez ces lignes, près de 400,000 mille enfants souffrent en silence, les yeux empreints d’innocence, le cœur assoiffé de liberté et d’amour.

Les prénoms ont été changés.

Soucaneau Gabriel

Image Chevelin Pierre

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Soucaneau Gabriel
Je suis Soucaneau Gabriel, Journaliste Freelance. Blogueur, animateur radio et télé. Un passionné, un jongleur des mots, poète si on veut. Passionné de lecture, de voyages, de rencontres. La vie est ma plus grande source d’inspiration. Libre dans ma façon d’agir, dans ma tête ainsi que dans mes écrits. Je ne suis pas là pour me conformer aux critères mais plutôt pour faire sauter des barrières. A bon entendeur...

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