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Le CEFOPAFOP a un budget de 36 millions de gourdes à la primature. Pour quel résultat ?

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La crise d’efficacité de l’administration publique est en quelque sorte liée aux insuffisances de la fonction publique, la faiblesse de qualification de ces agents et le phénomène récurrent de la fuite des cadres générée par l’absence de politique de fidélisation du personnel

En 2017, le nombre des agents de la fonction publique en Haïti s’élevait à 81 948, dont 23 429 femmes. Comparé à d’autres pays de l’Amérique latine, Haïti possède le nombre de fonctionnaires par habitant le plus faible, soit 8 fonctionnaires pour 1 000 habitants. La République Dominicaine qui occupe l’autre bout de l’île, détient 34 fonctionnaires pour 1000 habitants.

Le pays est donc sous-administré. L’administration publique fonctionne au ralenti et l’accès au service public demeure un casse-tête. Du coup, ces services sont souvent décriés par les citoyens.

En plus du manque de bras, les cadres de la fonction publique manquent de formation. Pour redresser la barre, l’État avait créé en février 1985 le Centre de formation et de perfectionnement des agents de la fonction publique (CEFOPAFOP).

L’institution est devenue opérationnelle dès 1987, selon Narcisse Jean-Baptiste, directeur de communication. Mais malgré cette offre de formation, parmi d’autres, les services publics laissent encore à désirer.

Un outil de perfectionnement

Moins de 5% des cadres de l’administration publique disposent d’une licence, estimait en 2018 Josué Pierre Louis, ancien coordonnateur de l’Office de management et des ressources humaines (OMRH). Cette institution est responsable de la gestion de l’ensemble du personnel de l’administration publique. Elle définit la politique nationale de formation au niveau du service public.

Le CEFOPAFOP quant à lui est l’une des institutions publiques chargées d’exécuter cette politique de formation à l’égard des agents publics. L’institution forme sur la communication et la rédaction administrative, la reddition de comptes et l’accueil dans l’administration publique.

Selon Narcisse Jean-Baptiste, le CEFOPAFOP intervient beaucoup plus dans le perfectionnement des agents de la fonction publique, et non dans leur formation initiale. Il accueille aussi les nouveaux employés par des formations d’orientation.

La CEFOPAFOP a un budget annuel de 36 millions de gourdes pour ses interventions. Ce faible montant permet à cette entité de la primature d’adresser aussi des formations aux agents publics des services déconcentrés de l’État.

Evaluation de performance

Différentes réformes de l’administration publique ont donné naissance à plusieurs institutions comme le CEFOPAFOP. Il y a l’école nationale d’administration financière (ENAF), l’école nationale d’administration et de politiques publiques (ENAPP).

Il est difficile d’évaluer la performance et la pertinence de leurs formations, « puisque les cadres de la fonction publique n’ont pas tous reçu une formation ou intégrer ces écoles », affirme Wilson Jean-Baptiste, doctorant en sociologie de la gouvernance.

Cette évaluation est difficile en effet pour le CEFOPAFOP. « Les crises qui affectent l’administration publique ne permettent pas de voir les impacts des formations dispensées », regrette Narcisse Jean-Baptiste.

L’institution elle-même ne dispose pas d’outils d’évaluation. « On ne fait qu’intervenir dans une institution qui a des problèmes. C’est pourquoi l’OMRH doit prendre le relais pour adopter une politique adéquate visant le changement de l’administration publique », ajoute-il.

En outre, le responsable de communication du CEFOPAFOP dit constater que les agents publics n’ont pas le sens du service.

Wilson Jean-Baptiste rajoute : « Le plus grand mal de l’administration publique est le fait que tous les citoyens n’ont pas un égal accès au service de l’État. Il faut à tout prix éliminer la facilité d’accès aux gens ayant un tiers travaillant dans l’État ».

Il évoque également le misérable salaire de certains agents publics, qui consiste l’une des causes du phénomène des « raketè », qui cherchent un moyen de se faire un revenu supplémentaire.

L’échec de l’État

Par ailleurs, l’administration publique éprouve de grandes difficultés à se défaire de certaines pratiques. « La corruption, le favoritisme, le népotisme continuent encore de rythmer le quotidien des services publics en Haïti », explique le sociologue Wilson Jean-Baptiste.

Le professeur Jean Ronald Joseph, enseignant à l’université d’Etat d’Haïti, estime que l’État a failli dans son mode d’organisation de la chose publique. « L’administration publique est l’expression manifeste des actions de l’État. Les difficultés auxquelles fait face l’administration publique représentent l’échec de l’État. »

La crise d’efficacité de l’administration publique est en quelque sorte liée aux insuffisances de la fonction publique, la faiblesse de qualification de ces agents et le phénomène récurrent de la fuite des cadres générée par l’absence de politique de fidélisation du personnel.

« Malheureusement, nous n’avons pas encore une administration publique véritablement au service du citoyen malgré les efforts du CEFOPAFOP qui conçoit l’idée d’une administration publique de service », croit Narcisse Jean-Baptiste.

D’après lui, pour le bon fonctionnement de l’administration publique, il faut une instance de dénonciation: « L’administration publique doit avoir un espace de dénonciation et de sanction pour ces cadres. Sans quoi, il est difficile d’avoir une administration produisant de bons résultats. »

Emmanuel Moïse Yves

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Emmanuel Moïse Yves
Journaliste à AyiboPost. Communicateur social. Je suis un passionnné de l'histoire, plus particulièrement celle d'Haïti. Ma plume reste à votre disposition puisque je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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