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La désuétude du droit d’auteur par l’informatique

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Il fut un temps où cinéma en Haïti, rimait avec l’Impérial, le Paramount, ou le Triomphe. Le cinéma d’alors, plus qu’une distraction, était un symbole. Le cinéma représentait les rendez-vous, le popcorn, mais aussi l’excitation de voir un film attendu depuis longtemps, et son acteur/actrice préféré(e) performer à l’écran. Il y avait certes, des gens qui ne disposaient ni du temps, ni de la volonté d’y aller, mais l’offre était toujours là, et il était possible à tout moment de décider à s’y rendre. Mais comme bien des choses dans notre pays, l’époque des salles de cinéma est révolue. Fini le temps du popcorn,  des salles bondées.

 Pour des raisons diverses, la plupart des salles de cinéma sont fermées de nos jours.

Maintenant, le cinéma en Haïti rime surtout avec ordinateurs. Croyez bien qu’il n’y a rien de mal au fait de regarder des films sur son ordinateur portable. Le problème réside surtout dans la provenance de ces films. Depuis l’avènement de l’Internet, les sites pirates ont connu une hausse importante d’activités. Films, séries tv, livres, musique, tout est maintenant disponible sur ces sites, et ceci gratuitement. Sans payer un sou, grâce à un logiciel torrent, lui aussi gratuit, il est possible de télécharger le dernier album de Justin Bieber, de regarder les films de Marvel, ou de lire le dernier livre de Stephen King. Cette manière de télécharger est devenue très populaire dans le monde, surtout dans les pays pauvres, dans lesquels les consommateurs ne disposent pas d’autres moyens pour accéder à ces ressources, ni de moyens financiers adéquats. En fait, cette pratique en a amené une autre dans notre pays, une qui existait déjà dans les autres pays d’Occident: le binge-watching.

Cette pratique consiste à cumuler les épisodes d’une série tv et à tout regarder d’un bloc, pendant une période assez longue (pouvant aller jusqu’à une semaine pour certains), contrairement au format épisodique imposé par les créateurs de la série. Le binge watching n’est pas illégal, il est même encouragé par des compagnies comme Netflix qui ont créé leurs séries (House of Cards, Dare Devil, etc…) selon ce format. Mais télécharger ces séries, ces films, ces jeux, ces chansons, sans payer est illégal. En fait, en faisant cela, on vole carrément l’argent des gens qui ont consenti d’énormes efforts pour créer cette oeuvre. La notion de droit d’auteur est bafouée. L’auteur de l’oeuvre ne récupère rien, tandis que nous profitons du « bon coup » que nous venons de réaliser. Mais si tout le monde pense et agit ainsi, comment garder la volonté ou trouver les moyens pour créer  ces oeuvres?

Beaucoup de jeunes admirent les Avengers. Mais si tout le monde piratait les films de la Marvel Cinematic Universe, avec quoi paierait-on Robert Downey Jr.? Cette pratique, bien que malsaine, est pourtant une triste nécessité à laquelle recourt même nos stations de télévision, qui diffusent des films et des séries sans l’accord des compagnies disposant des droits de distribution et de diffusion.  Il n’est pas rare de voir une de nos stations passer un film « bootleg ». Ce terme fait référence à une vidéo enregistrée dans une salle de cinéma, montrant le film en question, mais capturée avec une caméra médiocre, avec une version audiovisuelle finale de très mauvaise qualité. Ne parlons même pas des revendeurs de DVD dans les rues, avec le cinéma haïtien comme grand perdant. Mais en réalité, la plupart des gens qui pratiquent le piratage des oeuvres multimédias n’ont pas d’autres options.

 En effet, dans notre pays, où on ne dispose pas de véritables salles de cinéma ouvertes au grand public, que faire d’autre? Dans un pays, où le revenu moyen d’un adolescent ne lui permet pas d’acheter la moitié du livre d’un auteur qu’il aime (à moins que ce ne soit à Livres en Folie), d’acquérir le dernier album de son chanteur préféré, de quel autre moyen dispose-t-il? Le peu de spectacles dont nous disposons est financièrement inaccessible à la grande majorité.

La question du droit d’auteur est très populaire, ces jours çi. À travers des spots télévisés, plusieurs célébrités encouragent à ne pas voler les oeuvres, à les acheter de préférence. Il est mauvais de pirater, c’est vrai. Mais la question n’est pas aussi manichéenne comme on pourrait s’y attendre. Il n’est pas uniquement question de noir ou de blanc, de bon ou de mauvais. Il est malsain de prendre ainsi le travail des autres sans les rémunérer, mais cette attitude relève aussi d’un certain manque de divertissements dans notre société. Si nous avions plus de spectacles accessibles à tous, si nous avions au moins deux salles de cinéma qui fonctionnaient comme au bon vieux temps, il serait alors absurde de les télécharger illégalement sur internet. S’il y avait un meilleur encadrement de notre propre cinéma, il y aurait certainement moins de gens qui pirateraient nos films et les revendraient au moindre coût dans la rue.

Offrir les moyens aux jeunes de trouver les contenus multimédias sans passer par la piraterie en ligne contribuerait à s’assurer que le respect des droits d’auteur soit une réalité et non une utopie.

Germain Presley

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