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Jeux de correspondance, souvenirs d’antan…

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Aujourd’hui, je viens de recevoir une lettre de ma femme. Une vraie lettre d’amour. Elle a pris son temps pour m’écrire sur du papier parfumé. Elle aurait pu m’envoyer un courriel, un message via WhatsApp, ou en utilisant toute autre application du monde virtuel, mais elle a préféré le manuscrit. Je dois vous l’avouer, j’ai frémi. Et, en la lisant, tout un tas de souvenirs me sont passés par la tête. Plus précisément, des souvenirs de jeux de correspondance à l’école.

Pour ceux et celles de cette nouvelle génération se demandant ce qu’est un jeu de correspondance, laissez-moi en peu de mots vous résumer ces instants de passion que nous avions connus autre fois. Un gars de ton école (parce que le plus souvent ce sont les hommes qui font la demande), qui est l’ami d’une fille d’une autre école, lui propose le jeu. Il choisit cinq, dix ou quinze de ses amis, et la fille de son coté en fait de même. Les personnes choisies ou qui se proposent vont se doter d’un surnom car la beauté du jeu réside dans le fait qu’aucun correspondant ne sache avant le jour du dévoilement qui est sa correspondante. Après un mois ou deux d’échange de lettres, arrive le fameux jour où les correspondants se rencontrent dans un lieu propice, le plus souvent dans un restaurant dansant (choix intelligent) ou lors d’une activité extra-scolaire de l’une des écoles. Tout ce petit monde se réunit et les personnes dévoilent leur pseudonyme.

C’est regrettable que nous ayons perdu ce genre de pratique, surtout à cause des nouvelles technologies de communication, mais je dois vous avouer que c’étaient des instants de pur bonheur. Même ceux qui n’aimaient pas la lecture en soi se délectaient des lettres de leurs correspondants (es). Le suspens du jeu réside dans l’attente. On écrit et après deux ou trois jours, si on n’a pas eu de réponse, on commence à se poser plein de questions. Ai-je commis trop de fautes? Connait-elle mon identité et ne veut plus continuer? On devient stressé, angoissé! Et quand enfin, on t’apporte une lettre venant d’elle, on ressent un soulagement incomparable, indescriptible. C’est l’un des rares moments de la vie scolaire où l’on souhaite que le weekend passe très vite car l’attente impatiente du lundi pour recevoir la lettre de sa Juliette surpasse les petits plaisirs de la liberté de la fin de semaine.

Très fréquemment, les jeux de correspondance étaient truqués. Celui qui prenait l’initiative refilait à ses meilleurs amis les plus jolies filles avec la complicité de son amie lui dévoilant l’identité des personnes se cachant derrière les pseudos. Ainsi, le meilleur moyen de ne pas faire bec à terre dépendait de ton amitié avec l’initiateur. Ou alors, les gars (ou les filles) cherchaient bien avant la fin à connaitre le correspondant (e) pour décider  si cela valait la peine de continuer. Mais quoique fut le résultat, ces moments étaient merveilleux. On devait s’assurer que la lettre ne contenait aucune faute car elle pouvait être lue par toute une classe et même atterrir entre les mains d’un professeur ou d’un directeur. Donc, il fallait vérifier l’orthographe de chaque mot. Le plus grand malheur du jeu était la honte de recevoir cette même lettre envoyée, corrigée à l’encre rouge!  Cela représentait l’ultime condamnation pour le reste de l’année scolaire.

Si le jeu, malgré vents et marées, avertissements des professeurs, directeurs ou parents, arrivait à sa fin, le jour de la rencontre était  une véritable fête. On s’achetait des cadeaux, on se mettait sur son trente et un pour enfin découvrir celle avec qui on avait déjà partagé une partie de sa vie. Une des expériences m’ayant personnellement marqué fut ma correspondance avec une élève, fréquentant l’Institution Sainte Rose de Lima, qui était également la sœur d’un camarade de classe. On s’écrivait des lettres de dix pages à l’époque. J’ai gardé précieusement ces écrits et des fois, je prends plaisir à les relire en ressassant  le bon vieux temps que cette nouvelle génération ne connaîtra pas.

Bien que l’idée fût, à la base, de se faire un nouvel ami ou une nouvelle amie, Dieu seul sait combien ont trouvé le premier ou le grand amour de leur vie dans ces circonstances au travers de quelques lignes!

Bel-Ange Séjour

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Bel-Ange Séjour

Comme le monde, Haïti a aussi célébré l’entrepreneuriat !

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