POLITIQUE

Chita Pale | La police ne peut acheter un appareil de 1 million de dollars pour combattre le kidnapping, selon Samuel Madistin

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Le président du conseil d’administration de la Fondasyon Je Klere était de passage à Chita Pale, le 30 avril dernier. Extraits choisis de cette discussion

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« Trois ans quatre mois après que Michel-Ange Gédéon ait géré 30 milliards de gourdes à la tête de la Police nationale, il a effectué une demande de décharge à la Cour supérieure des comptes. Comme tout haut fonctionnaire de l’État, les biens de Michel-Ange Gédéon sont grevés d’hypothèque légale. En d’autres termes, ils sont entre les mains de l’État et il ne peut rien faire avec tant qu’il n’a pas eu de décharge certifiant que l’argent dont il assurait la gestion au niveau de l’État a été bien géré. Ainsi, l’une des premières conséquences de la décharge est la radiation d’hypothèque. On relève la personne de ses responsabilités par rapport au fond dont il avait la gestion, et celle-ci peut disposer de ses biens.

Tandis que la Cour des comptes a pour cela produit un ensemble de rapports d’audit, au niveau de la Fondation Je Klere, on a questionné les résultats pour lesquels cette somme qui, à l’époque, représentait un demi-milliard de dollars américains, soit 700 millions de dollars américains a été dépensée. »

« La Commission chargée de faire la vérification de la gestion de monsieur Gédéon a fait un rapport lui étant plutôt favorable. Mais après analyse dudit rapport aussi bien au niveau du Conseiller instructeur que de l’auditeur, on s’est rendu compte de l’existence d’un grand nombre de dépenses ayant été effectuées et pour lesquelles il n’y a pas de pièces justificatives. Or, il doit en avoir une pour chaque gourde dépensée au niveau de l’État. Aussi, la Commission chargée de l’audit a laissé un nombre important de questions en suspens.

Considérant alors ces rapports d’audit produits sur la gestion de Michel-Ange Gédéon comme trop légers, la Cour a décidé de les écarter et a ordonné une reprise de l’audit. On va retourner le dossier à des auditeurs et conseillers instructeurs pour qu’ils prennent des conclusions additionnelles. Et le dossier sera de nouveau conduit par-devant le collège de jugement pour qu’il puisse se prononcer. »

« Un tel rapport ne fait que montrer l’inefficacité de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif qui ne fait pas son travail en tant qu’institution clé dans la lutte contre la corruption dans le pays. D’ailleurs, un principe de la Cour exige qu’un rapport ait lieu chaque année sur tous les auditeurs et contacts publics pour se prononcer sur leur gestion. S’ils ont bien géré, ils auront leur décharge. Sinon, on leur donnera un arrêt de débet avant de les mettre à pied. Mais au lieu de cela, la Cour des comptes les effectue trois à dix ans après que ces personnes aient laissé leur poste et qu’elles réclament elles-mêmes une demande de décharge.

Outre cela, cette décision vient renforcer l’idée selon laquelle la Cour des comptes ne peut bien faire son travail parce qu’il existe des gens dans son sein qui sont corrompus. Parce que si des vérificateurs de la Cour peuvent produire un rapport que le collège de jugement estime trop léger pour en tenir compte, cela veut ou bien dire que ces vérificateurs manquent de compétence, ou bien ils sont de connivence avec la personne sur laquelle ils enquêtent. Et dans les deux cas, cette décision vient interpeller ceux qui luttent pour la bonne gouvernance et la transparence dans la gestion des fonds publics. »

« On peut établir un lien entre ce dossier et celui de PetroCaribe. En effet, pour l’aider à effectuer un gigantesque rapport sur le dossier PetroCaribe, la Cour des comptes a fait appel à des auditeurs externes. Il se trouve qu’en plus des simples audits, la Cour devait avoir les moyens de réaliser des audits complémentaires sur toutes les personnes identifiées dans le rapport de PetroCaribe. Parce que pour un ministre qui gère par exemple plusieurs fonds, celui de PetroCaribe peut représenter 5 à 10 % de la quantité d’argent qu’il gère. Cela dit, il faut en plus du rapport sur le fond de PetroCaribe, des rapports sur tous les autres fonds qu’il gère et qu’on n’a pas encore audités. Or depuis près d’un an, la Cour n’a encore réalisé aucun rapport d’audit complémentaire pourtant nécessaire pour se prononcer sur la gestion de ces personnes et pour que des arrêts de débet relatifs au PetroCaribe soient prononcés.

Le dossier de Michel-Ange Gédéon vient donc ouvrir nos yeux sur des faiblesses pouvant affecter le procès du PetroCaribe. »

« Il existe un appareil qui peut permettre de localiser avec précision les appels d’un individu. Ce qui permettrait de localiser les appels des kidnappeurs. Depuis quatre à cinq ans, l’État ne peut acheter cet appareil qui coûte 1 million de dollars, tandis que 30 milliards de gourdes ont été dépensées en trois ans. Avec cet appareil et l’achat de char performant dont le prix de l’unité est estimé entre 300 et 400 mille dollars américains, la capacité d’intervention de la police aurait été renforcée. »

« Ce qu’il faudrait c’est décharger le directeur général de la police de la gestion financière. D’abord parce que le directeur général de la police n’a pas nécessairement de formation pour gérer l’argent ni de temps. Le commandant en chef de la police doit gérer seize mille hommes et la sécurité à tous les niveaux. Et puisqu’il n’a pas de temps, il se peut qu’il vienne à utiliser des gens qui le trompent. Ou qu’il offre des avantages à de proches au sein du corps. Ce qui peut y créer des frustrations et des clans.

Il serait donc préférable qu’il ait au sein de la police une unité qui ne dépend pas du directeur général de la police pour que tout ait lieu de manière rationnelle, avec planification. Car la gestion de l’argent au sein de la police est un dilemme pour la question de sécurité. »

« S’agissant du prochain référendum programmé qui coûte 40 millions à l’État haïtien, il n’est que gaspillage d’argent. Parce qu’on ne peut faire de référendum sans règles préétablies. Avec la Constitution haïtienne qui interdit tout référendum destiné à changer la forme démocratique de l’État, les élections, de leur côté, demeurent impossibles dans un tel climat. Tant qu’on n’aura pas créé une situation d’espoir dans ce pays, tant que nous n’avons pas une équipe de dirigeants constitués d’hommes et de femmes crédibles, honnêtes, sérieux et compétents prenant la tête d’un autre pouvoir, nous ne pourrons parler d’élections en Haïti ni aujourd’hui ni demain. D’ailleurs, même quand le référendum viendrait à aboutir à une Constitution, on ne pourra jamais l’appliquer. Si donc une somme pareille avait été investie dans la sécurité, en deux mois nous aurons eu un autre Haïti. »

« Ceux qui, à l’exemple de l’ex-président Boniface et Hérard Abraham, prétendent alors que le processus pour rédiger cet avant-projet est inclusif sont des marionnettes entre les mains de Jovenel Moïse et la communauté internationale. Des marionnettes à qui on fait croire qu’effectivement ils rédigent quelque chose. »

« Également partisan du PHTK, le protecteur du citoyen Renan Hedouville est au cœur d’un conflit qui existe entre des membres du secteur des droits humains et lui. Renan Hedouville agit de manière indécente en supportant le pouvoir sanguinaire de Jovenel Moïse. Il s’est fait passer pour le conseiller de Jovenel Moïse à plusieurs niveaux. Et il a depuis quelque temps pris le bureau de protection du citoyen pour le mettre au service du pouvoir en place. C’est en ce sens qu’il a tenu une réunion dans le bureau d’un ancien député du PHTK pour désigner la présidente du CEP comme représentante du secteur au niveau du CSPJ. Et ce, sans consentement d’aucune organisation crédible du secteur. Raison pour laquelle nous autres avons écrit le président du CSPJ et Renan Hedouville lui-même pour contester cet acte. »

« Dans un pays comme Haïti où la démocratie n’est pas bien encrée, le poids psychologique est énorme sur les défenseurs des droits humains considérés comme des emmerdeurs qui empêchent le pays de fonctionner parce qu’ils persécutent les corrupteurs au niveau de l’État. Par conséquent, ces militants des droits humains viennent à flirter avec d’importants risques au quotidien. »

« Cette incompréhension qui porte à considérer les défenseurs des droits humains comme faisant partie du problème vient le plus souvent de personnes ayant des velléités dictatoriales et même des instincts criminels. Ces personnes ont un problème d’éducation démocratique. »

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La rédaction de Ayibopost

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