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Ce gros trou à Canapé Vert est le symptôme d’un mal profond

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Une cavité engendrée par l’effondrement d’une buse métallique inquiète les habitants des rues Boucard et Faustin 1er, situées à Canapé-vert. Le conduit, vieux d’environ 40 ans, a finalement craqué suite aux écoulements d’eau et aux encombrements d’alluvions qui augmentent chaque année. Les riverains dénoncent l’indifférence des autorités qui n’ont dépêché aucun de leur service pour les secourir.

Le passage est impossible d’un point à l’autre de la rue Boucard. Certains résidents se trouvent dans la difficulté de rentrer chez eux, car l’entrée de leurs maisons a été éventrée au cours des dernières inondations.

Jean-Baptiste Oliberson, un des riverains, a perdu sa fosse septique et sa petite boutique de provisions alimentaires dans la soirée du 24 juin dernier. « Actuellement, je ne peux plus me servir de mon réservoir qui s’engouffrera à n’importe quel moment. Dès qu’il pleut, tout le monde reste sur ses gardes », affirme Oliberson.

Cette situation persiste à rue la Boucard depuis près de 10 ans selon les propos du résident. « Auparavant, il s’agissait d’un petit trou qui s’est élargi au fil des années. Les autorités ne sont jamais intervenues malgré les incessantes alertes des résidents », poursuit Oliberson.

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Plus loin, un groupe de résidents attablés autour d’un jeu de dominos cachent mal leur colère. « Il y a plusieurs mois que nous intervenons dans les médias, mais rien n’est fait », lâchent-ils au milieu d’une diatribe contre les autorités de l’État.

La cavité faisait plus de dix mètres de profondeur. Photo : Hadson Archange Albert

Les autorités impuissantes

L’effondrement de la buse a provoqué une cavité immense à l’entrée de la rue Faustin 1er depuis février dernier. Un camion qui empruntait la route a été englouti par l’excavation se souvient Anne René Louis, Directrice de la mairie de Port-au-Prince.

« Lorsque j’ai constaté l’incident, j’ai rapidement fait appel à l’équipe de génie municipal. Mais après avoir analysé la situation, l’ingénieur en chef m’a informé que ce cas ne relevait pas de la compétence de la mairie », explique Mme Louis. La cavité faisait plus de dix mètres de profondeur selon ce qu’a révélé l’ingénieur municipal.

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« En plus, l’entretien, la construction des routes et les ponts ne sont pas de la responsabilité de notre service de génie. Donc, nous avons aussitôt alerté le ministère des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC) », poursuit la directrice.

« Les techniciens sont venus barricader la route dans la soirée, puis sont partis en laissant une excavatrice sur les lieux », continue Anne Renée Louis.

L’engin est jusqu’à présent constaté au bord du précipice. La directrice de la mairie de Port-au-Prince affirme que son institution a acheminé plusieurs correspondances et passé plusieurs appels sans succès auprès des plus hautes autorités du MTPTC.

« Ils affirment à chaque fois que le ministère manque de moyens pour réaliser le travail », explique Mme Louis. Certains des techniciens ont été remarqués il y a quelques semaines, mais ils ont dû interrompre leurs travaux à cause des pluies diluviennes et des dégâts provoqués par le vieux conduit métallique.     

L’engin est jusqu’à présent constaté au bord du précipice. Photo : Ayibopost / Hadson Archange Albert

« Chaque année, avant que commence la saison pluvieuse, les autorités municipales procèdent conjointement avec le MTPTC au nettoyage des drains dans la zone métropolitaine. Mais, cette année elles ont juste banalisé l’affaire en refusant d’effectuer les curages », raconte Mme Louis.

En plus, le service de ramassage d’ordures de la mairie, déjà vulnérable, s’est arrêté à divers moments de l’année à cause des crises sociopolitiques. « Ces arrêts ont sans doute augmenté le flux de détritus au niveau des drains. Mais tout cela est indépendant de notre volonté », se défend Mme Louis qui affirme que son institution évolue sur fond de crise.

Une conséquence du séisme de 2010 ?

L’ingénieur Frantz Benoit estime que le problème des curages doit être définitivement réglé en amont. Canapé-Vert fait partie des zones non aedificandi, c’est-à-dire interdites à la construction d’après le professionnel qui a participé aux travaux de canalisation au cours des années 1980.

« Les analyses hydrométéorologiques et topographiques décrivent le mode d’entretien de cette zone. Pendant les travaux de 1980, plusieurs arbres ont été plantés au niveau de ce bassin versant. Pourtant c’est une des zones les plus habitées depuis le départ de Jean-Claude Duvalier », explique Frantz Benoit. C’est pourquoi le parcours devient impraticable après chaque pluie depuis Juvenat à cause des alluvions qui encombrent la voie.

Les autorités devraient procéder au curage des canaux deux fois par an, particulièrement au niveau des bassins versant, rapporte l’ingénieur. « L’urbanisation intensive, l’abattement des arbres (…) pendant les constructions dans ces lieux augmentent forcément le débit des eaux qui passent dans les conduits souterrains. Après les années 1980, nous avons raté toutes les occasions pour curer la capitale », continue M. Benoit.

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S’ajoute à tout cela, la quasi-inexistence du service de ramassage d’ordures qui encombrent les égouts et les conduits au niveau de la zone métropolitaine. Parlant de la buse, l’ingénieur explique qu’elle s’est effondrée à cause d’un manque d’inspection. « D’ailleurs on n’utilise plus les buses en métal dans la construction moderne. »

Le séisme du 12 janvier 2010 a sans doute endommagé les drains de la capitale. Au cours de son passage au ministère des Travaux publics, Frantz Benoit a lutté pour une inspection générale du système de drainage à Port-au-Prince comme il en a été pour les divers bâtiments.

« Mais, l’initiative n’a jamais été entreprise jusqu’à mon départ. Rien ne dit pourtant que ces travaux n’ont pas été réalisés. », estime le professionnel qui ne doute pas que le cataclysme a fissuré ou cassé certains conduits. L’effondrement de la buse pourrait en être une conséquence, conclut-il.   

Commentaires

Hadson Archange ALBERT
Communicateur, Journaliste.

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    Depuis 2004, Haïti dépense des millions pour collecter quelques armes rouillées

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