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Bébé, envoie moi une photo sexy de toi!

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«Bébé, envoie-moi une photo sexy de toi».

Elle s’exécute, se contorsionne comme une bimbo sur Instagram, la poitrine en avant, les fesses en arrière, les yeux revolver, les lèvres en «duck face»…

«Chérie, je veux une photo très sexy… j’ai envie de te voir nue».

Elle est offusquée et lui dit qu’elle ne le fera pas.

Ils ne se sont pas encore retrouvés physiquement. La rencontre s’est passée sur la toile.  Il vit aux Etats Unis, elle est en Haïti.

Il est divorcé, elle est libre.  Il dit vouloir retrouver le bonheur avec elle. Il montre beaucoup d’amour pour ses enfants dans les photos sur sa page.  Il semble être un père affectueux.  Il pourrait être un petit ami extraordinaire. Il parait crédible. Elle a fini par laisser les idées préconçues sur les relations à distance pour être avec lui. Il lui a fait une belle cour. Il répond toujours rapidement à ses textos, la fournit en recharge téléphonique, lui fait un transfert d’argent de temps en temps.

Elle pense que la chance lui sourit. Elle pourrait faire d’une pierre deux coups: trouver l’amour et dire adieu à cette vie de misère, à ce taudis, ce pays…  Elle habite chez une «amie». Sa mère est décédée, ses relations avec son père sont ambigües… Il l’a laissé seule…  Elle a pris ses armes d’adulte à l’âge oừ elle aurait dû encore rêver. Son amie lui offre le gîte mais pas le couvert, pas les vêtements pour recouvrir son corps de jeune femme.

Suite à son obstination de la voir nue, elle promet de tout lui révéler in vivo, quand ils seront ensemble pour la période carnavalesque. Il  ne veut plus attendre, on est en décembre. Il brûle d’envie de la voir dans sa plus simple tenue. Elle essaie de changer le cours de leurs conversations mais il persiste. Le ton se lève, les phrases se pointent comme des menaces…

Il a changé. Il prend des heures pour répondre à ses messages, a arrêté de faire des transferts. Elle voit sa situation retourner à l’ancienne du jour au lendemain. Les ressources diminuent considérablement les jours qui suivent. Elle n’a que ses diplômes de fin d’études classiques. Il est difficile pour les gens qualifiés avec plein de paperasses scellées de trouver un travail, voir elle. Elle a perdu son job dans ce supermarché en refusant de répondre aux avances du propriétaire. Elle confronte son amoureux, elle veut savoir si ses sentiments ne sont plus. Il dit avoir tout prouvé, avec ce téléphone dernier cri, ses transferts réguliers, la photo de son sexe. Il veut qu’elle fasse sa part pour garder cette relation en vie. Ce qu’il lui demande est comme un booster.

Elle voit tout ce qu’il dit comme une évidence. Les autres le font, pourquoi pas elle?  Elle veut lui plaire, s’il s’en va qui la prendra en charge, qui l’enlèvera de ce bourbier? C’est un type bien, il l’a toujours bien traitée. Elle fait la photo de son sexe et le lui transfère, il est aux anges. Il veut la voir plus sensuelle, elle fait une autre photo et laisse son visage apparaître. Les transferts d’argent recommencent et plus volumineux cette fois. Elle commence à s’apprécier en femme fatale, elle aime ses flatteries. Quand il demande une vidéo sensuelle, elle n’a pratiquement plus de retenue, après l’avoir rencontré lors des vacances carnavalesques.

Il est son homme, elle ne va plus se retenir de le satisfaire. Il lui a promis de faire des démarches pour sa résidence sitôt de retour aux Etats-Unis. De là, il la fera rentrer, elle pourra venir s’installer avec lui et avoir une fin digne des contes de fée. Alors, pour ne pas laisser son chéri en manque, elle lui fait une vidéo. Elle  se touche,  se masturbe, se produit comme une star porno. Il est au comble du bonheur. Elle est fière des retombées, il la gâte encore plus. Elle a hâte de le retrouver au plus vite.

Dans la réalité…

Le monsieur est marié et sa femme n’est pas insensible à la relation qu’il a développée avec son téléphone. Le sourire en coin, la béatitude qu’elle lit sur son visage, elle sait ce que cela signifie… Elle sait qu’il est coureur. Elle ne veut pas le perdre, pas après qu’elle ait fait toutes ces démarches pour le faire rentrer aux Etats-Unis. Elle profite d’un moment d’inattention pour fouiller son téléphone et s’envoyer les pièces à conviction. Elle est folle de rage et veut faire payer sa rivale, elle veut l’avilir. Elle envoie photos et vidéos à un de ces sites en vogue qui poste tout ce qui peut  faire du Buzz, pour avoir plus de vues, pour être plus rentable. La page accueille  l’aubaine, et lâche la vidéo sur le net, en gros titre « Fi sa ap volè mari moun Ayiti, li gen sida ». La publication se propage comme une traînée de poudre sur tous les réseaux sociaux et via d’autres applications.

La fille est la dernière à savoir qu’elle est la vedette de ce scandale. Elle voit la vidéo en ligne en même tant que d’autres. Dans les commentaires, elle est une salope, une voleuse d’hommes…  Elle reçoit des appels, des messages de la famille et des connaissances, ils la questionnent, la blâment… Tout semble s’écrouler, elle a reçu la nouvelle comme un coup de massue. Elle ne savait pas que l’homme était marié. Elle l’appelle pour avoir des éléments de réponse, la communication ne passe pas. Elle n’arrive plus à le joindre sur Whatsapp, Skype ou Messenger, il s’est quasiment évaporé.

Elle voit sa vie finie. Les larmes embrument son regard ainsi que ses pensées. Après des jours de tourmentes, la mort parait comme sa seule délivrance. Elle s’ôte la vie un dimanche matin avec cette « gilette » utilisée pour nettoyer ses sourcils quelques jours avant. L’homme, à cet instant est à l’église avec sa famille, répondant «Amen» aux sermons du prédicateur côte à côte avec sa femme…

Les féministes sont montés au créneau pour la dilapider. Les puritains ont confirmé que la fin des temps est proche avec comme preuve cette jeunesse qui est trop avide de s’exposer… Tout le monde a porté un jugement, trouvé son mot à dire sur l’affaire.

Ce qui était fait en privé était  maintenant su de tous.

Les uns et les autres ont, de manière farfelue, refaçonné l’histoire… On a crucifié la victime.

Nous oublions que cette histoire pourrait facilement être la nôtre, celle d’une amie ou de notre fille.

Combien d’entre nous avons été trahi par quelqu’un en qui nous avions toute confiance?

Un téléphone portable est maintenant un outil très important dans notre vie de tous les jours. Les réseaux sociaux nous lient avec tellement de gens qui derrière leur écran se présentent sous un jour différent. Honte à nous tous d’utiliser cet appareil en ne nous fiant qu’à la lecture du mode d’utilisation. Honte à nous de laisser les gens entrer dans notre vie par le biais des réseaux sociaux sans chercher à savoir plus  sur eux. Honte à nous d’être parents sans nous assurer de l’avenir de nos enfants. Honte à nous d’utiliser l’amour pour abuser d’une  âme en détresse. Honte à nous de corrompre par le pouvoir de l’argent…

J’écris cette histoire dans son sang en espérant que d’autres ne s’oublient pas. Il n’existe pas de secrets sur terre entre deux personnes, il n’y a pas de secret non plus dans le monde virtuel. Tout peut être détourné, retracé, hacké et utilisé dans un autre contexte. Je frémis rien qu’en y pensant. La bible dit «Malheur à l’homme qui se confie en l’homme», moi j’ajouterai «Malheur à l’homme qui se fie à son téléphone»

Commentaires

Lou
I am a woman, a life lover and a pluridimensional human being! Blogger @ Louetsaplume

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