On a l’habitude : des policiers ou militaires étrangers qui n’ont pas vraiment aidé à améliorer la situation sécuritaire, mais repartent plus riches qu’ils n’étaient arrivés et dont quelques uns ont commis des crimes sexuels
On a l’habitude : mesures injustes et impopulaires, réactions spontanées et organisées, mesures répressives, soutien de la communauté internationale au gouvernement, tout contestataire est accusé d’être un agent de la déstabilisation. Voilà un pays où c’est prétendument au nom de la démocratie qu’on demande au peuple de se taire. Avec quoi donc les usagers du transport public vont-ils payer leurs déplacements, leur revenu quotidien étant inférieur au prix de la course ?
On a l’habitude : des policiers ou militaires étrangers qui n’ont pas vraiment aidé à améliorer la situation sécuritaire, mais repartent plus riches qu’ils n’étaient arrivés et dont quelques uns ont commis des crimes sexuels. Les frustrations règnent dans les casernes et il faut bien s’occuper. Il est moins dangereux d’abuser d’un mineur que d’affronter les gangs. Au revoir et merci. Mission accomplie. Arrive la relève.
On a l’habitude : Bel Air, Carrefour-Feuilles, depuis quelque temps l’Artibonite, les gangs massacrent. Les réactions, mêmes verbales, tardent. Les officiels étaient trop occupés pour les prévenir, ils le sont encore pour les condamner tout de suite et réagir par des actions concrètes. Après tout, ils ne sont même pas capables de compter les morts. Oui, on a l’habitude des paysans, ouvriers, chômeurs des quartiers populaires se faisant tuer comme si de rien n’était.
On a l’habitude : les cerfs-volants qui montent au ciel comme une prière fragile, une rébellion contre le malheur. C’est beau un cerf-volant, comme un rêve d’enfant qui n’a pas droit à beaucoup d’autres. C’est plus étrange quand c’est l’homme officiellement le plus recherché de la république qui lance le sien au ciel, filmé sur une vidéo devenue virale. Mais on a l’habitude des spectacles insolites. Que n’a-t-on pas vu ici ?
On a l’habitude : Les amateurs de deals s’enfoncent dans le silence. On n’entend plus les voix de la majorité des signataires du Pacte Fils-Aimé. Ils attendent, placent des pions, prient pour qu’ils soient les élus nommés si jamais un jour se tiennent des parodies d’élections. Et pourquoi irait-on voter pour des gens qui n’ont rien à dire sur les gens qu’on tue, la hausse des prix des produits pétroliers, nos misères quotidiennes. A-t-on jamais vu ça dans l’histoire ? Une armée de candidats qui se garde de parler de la réalité des gens qu’ils veulent demain représenter, diriger.
On a l’habitude : le pouvoir illégitime et donc forcément autoritaire de Fils-Aimé avait été imposé, fabriqué, soutenu, sous prétexte qu’il fallait tenir des élections tout de suite. Ce super héros en donnait l’assurance. Depuis que le gouvernement s’est installé, sans comptes à rendre à qui que ce soit, on entend des petites phrases que tout de suite n’est pas forcément tout de suite, que ce pourrait même être dans un futur lointain, que la volonté est là, mais les conditions ne sont pas réunies…
D’habitude en habitude, on a parfois l’impression d’être en juillet 2021.
Par : Lyonel Trouillot
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