Le Centre culturel Pyepoudre (CCP) continue d’ouvrir ses portes pour accueillir les amateurs d’activités culturelles et intellectuelles, comme pour préserver ce qui peut encore l’être dans la capitale
Port-au-Prince se rétrécit sous l’effet de la violence des gangs armés : de nombreux espaces culturels et artistiques sont aujourd’hui devenus inaccessibles.
À Bourdon, pourtant, le Centre culturel Pyepoudre (CCP) continue d’ouvrir ses portes pour accueillir les amateurs d’activités culturelles et intellectuelles, comme pour préserver ce qui peut encore l’être dans la capitale.
Environ 12 000 personnes ont visité le centre au cours de ces deux dernières années, selon les données communiquées à AyiboPost par le conseil d’administration de la bibliothèque du Centre culturel Pyepoudre.
Deux responsables du centre rencontrés par AyiboPost soulignent un intérêt croissant du public pour les activités du CCP, en dépit du contexte de déplacements forcés.
Selon les données de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), publiées en décembre 2025, près de 200 000 personnes ont dû fuir leurs maisons dans la municipalité de Port-au-Prince.
Avec ses sites de déplacement spontané et ses petits détaillants qui se partagent les trottoirs, le quartier de Bourdon abrite le CCP, au numéro 312, depuis environ quinze ans.
La circulation dans la zone s’avère difficile.
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Gyrophares. Les véhicules s’écartent pour laisser passer les officiels. Embouteillages. Il faut patienter pour visiter Pyepoudre.
Dans son bureau, Lesly Maxi nous accueille au milieu de sacs de livres entassés, la salle de la bibliothèque ne pouvant les contenir.
Selon le responsable, cette image illustre les difficultés du centre à accueillir un public plus large.
Depuis 2024, environ une demi-douzaine d’espaces culturels et artistiques ont été contraints de suspendre leurs activités en raison des assauts répétés des gangs dans certains quartiers de la capitale.
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Parmi eux : Yanvalou, le Centre Culturel Caraïbes, la Bibliothèque nationale d’Haïti, la Fondation Connaissance et Liberté (Fokal), le Centre d’Art et le Centre culturel d’Araka, dont les locaux ont été incendiés en mars 2024.
L’intensification des attaques dans les zones avoisinant le CCP a, par moments, perturbé le fonctionnement de l’espace.
Cependant, malgré ce contexte sécuritaire dégradé, le lieu continue d’attirer du public.
Des associations culturelles, notamment le Festival Quatre Chemins et le Festival En Lisant, ainsi que des organisations féministes et la Direction nationale du livre, y tiennent régulièrement des activités.
Depuis 2024, environ une demi-douzaine d’espaces culturels et artistiques ont été contraints de suspendre leurs activités en raison des assauts répétés des gangs dans certains quartiers de la capitale.
À travers des ateliers de théâtre, de lecture et d’écriture, des projections de films, des clubs de débat et des expositions, le CCP conspire positivement à maintenir le souffle culturel à Port-au-Prince.
Fondé le 27 avril 1989 par la comédienne, conteuse et metteuse en scène Paula Clermont Péan, le Centre culturel Pyepoudre s’engage dans la promotion de l’art, de la culture et du développement communautaire.
Avec une dizaine d’employés, ce centre — reconnu d’utilité publique en 2011 — est composé d’un bureau exécutif de trois membres et d’un pôle bibliothèque.
Plus de 3 000 livres, couvrant des domaines variés comme le droit, la psychologie, l’histoire, la géographie, la sociologie, la littérature et la physique, remplissent les rayons de sa bibliothèque.
Pour y avoir accès, il faut s’inscrire, payer une cotisation annuelle comprise entre 50 et 175 gourdes et disposer d’une carte valide, indique le site du CCP.
Mardlya Leïla Saint-Fort fréquente le centre depuis l’année dernière.

Mardlya Leila Saint-Fort, membre de la bibliothèque Pyepoudre. Le 13 mars 2026. Photo : Djouly Mombrun pour AyiboPost
Étudiante en travail social à la Faculté des sciences humaines de l’Université d’État d’Haïti, elle explique y avoir été introduite par des amis qui préparaient leurs concours d’entrée à l’université.
« Depuis, je me suis inscrite à la bibliothèque pour en devenir membre », raconte-t-elle.
Membre du club de théâtre, la jeune femme, qui se présente comme chanteuse de musique racine, évoque une découverte fructueuse.
« Si aujourd’hui je suis comédienne, c’est grâce à ce centre », reconnaît la vingtenaire.
De son côté, Amanda Elysa Doirin, âgée de vingt ans et également étudiante en communication sociale à la Faculté des sciences humaines, est affiliée à la bibliothèque du centre.

Amanda Elysa Doirin, membre de la bibliothèque. Photo : Djouly Mombrun pour AyiboPost
Ancienne adhérente à la bibliothèque Monique Calixte de la Fokal, elle découvre le CCP par le biais d’une amie qui l’avait invitée à la projection d’un film documentaire.
« Le jour même, je me suis inscrite à la bibliothèque », se souvient-elle.
Contraint de suspendre ses activités à plusieurs reprises face à la montée de la violence dans son périmètre, le Centre culturel Pyepoudre reste résolument attaché au maintien de l’art et de la culture à Port-au-Prince.
« Malgré les incertitudes qui planent sur le pays, nous poursuivons notre mission, celle de faire avancer la chose culturelle », confie Maryse Bonhomme, directrice de la bibliothèque, forte de dix années d’expérience à ce poste.

Maryse Bonhomme, directrice de la bibliothèque.Le 13 mars 2026. Photo : Djouly Mombrun pour AyiboPost
Dans la salle qui abrite la bibliothèque, un petit public assiste à la projection du film intitulé « Simone de Beauvoir : l’aventure d’être soi ».
Le regard attentif, Guy Emmanuel Germain, comédien et habitué des lieux depuis neuf ans, y prend part.

Guy Emmanuel Germain assite à la projection du film documentaire « Simone de Beauvoir : l’aventure d’être soi » à la bibliothèque. Le 13 mars 2026. Photo : Djouly Mombrun pour AyiboPost
« Ici, c’est comme ma maison. J’ai découvert le Centre culturel Pyepoudre par curiosité en 2017 », confie le jeune homme de 27 ans qui, comme Mardlya, fait du théâtre grâce aux formations proposées par le centre.
Développant des partenariats avec des institutions locales et internationales telles que la Fokal et l’Organisation internationale de la Francophonie, le CCP, avec sa petite salle de spectacle, peine néanmoins à faire face aux difficultés.
Aujourd’hui, le centre fonctionne grâce à une allocation annuelle octroyée par la Fokal, qui permet de financer ses différentes opérations.
Son directeur, Lesly Maxi, souligne toutefois la nécessité de diversifier les sources de financement afin de mener des projets de plus grande envergure.

Lesly Maxi, directeur du Centre Culturel Pyepoudre, dans son bureau. Le 13 mars 2026. Photo : Djouly Mombrun pour AyiboPost
Selon lui, l’une des principales difficultés reste l’exiguïté des lieux.
« C’est l’un de nos plus grands défis actuels : notre capacité d’accueil reste limitée », confie celui qui a fait des études en psychologie à la Faculté d’ethnologie de l’Université d’État d’Haïti.
La salle du centre, dont la capacité d’accueil initiale est de 55 à 60 personnes, reçoit aujourd’hui jusqu’à 70 personnes en quête d’activités culturelles.
« Parfois, près d’une trentaine de personnes restent dehors, alors que tout ce que nous voulons, c’est que tout le monde puisse assister à nos activités, qui sont gratuites », explique Maxi.
Par : Wesker Sylvain
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