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10 jours après la disparition du photojournaliste Vladjimir Legagneur, les autorités restent muettes

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Ce vendredi 23 mars 2018, le point de presse annoncé par le ”Kolektif 2 Dimansyon” (K2D) et l’Union des journalistes photographes haïtiens (UNJPH) a lieu comme prévu. D’une voix unanime, ces deux groupements de professionnels dans le secteur de la presse haïtienne lancent un cri d’alarme sur la disparition de leur confrère Vladjimir Legagneur. Par la même occasion, ils apportent leur soutien à la famille du jeune journaliste-photographe dont les dernières nouvelles remontent au mercredi 14 mars 2018.

11 heures 37 du matin. Au restaurant ”Amis de la presse”, aux abords de la place Jérémie, des journalistes s’entassent dans une salle. Ils ne mangent pas et ne boivent pas. Ils se connaissent tous. Ils sont amis pour la plupart, et pourtant aucun d’entre eux n’a eu le réflexe de s’amuser ou de plaisanter. L’heure n’est pas à la rigolade. Un confrère est en difficulté et ils sont là pour informer, mais aussi pour apporter leur solidarité.

Solidarité et respect des principes républicains, ce sont là des mots-clés résumant l’essentiel de ce point de presse qui est le deuxième pour la journée. « Nous sommes ici pour crier haut et fort notre attachement à certains principes républicains, c’est-à-dire liberté de la presse, droit à l’information… », annonce, d’entrée de jeu, Pierre Michel Jean du ”Kolektif 2 Dimansyon”. Dans sa prise de parole, l’intéressé fustige déjà le comportement des autorités de la police judiciaire qui n’a encore rien communiqué sur l’affaire jusqu’à date.

« Depuis dix jours un journaliste a disparu. Depuis huit jours on l’a notifié à la police. Comment se fait-il qu’il n’y ait jusqu’à présent aucun rapport d’enquêtes préliminaires qui a été fait sur le dossier ? », s’interroge-t-il.

Vladjimir a parlé avec sa femme vers les midis, avant de ne plus donner signe de vie

À côté de lui, sont assis derrière une table Fleurette Guerrier Legagneur, la femme du disparu, et Jean Jacques Augustin, secrétaire général de l’UNJPH. Derrière ses lunettes de soleil, Mme Legagneur a du mal à cacher ses émotions. Elle s’efforce tout de même de raconter les derniers moments où elle a eu des nouvelles de son mari.

« Mon mari a disparu depuis le mercredi 14 mars 2018. Il devait se rendre à Grand-Ravine pour un reportage. Et depuis lors, nous n’avons reçu aucun signe de vie venant de lui », avance-t-elle d’une voix tremblotante. « Il avait rendez-vous à 10 heures. Et tenant compte de la réputation de la zone, nous nous sommes entendu que je l’appellerai à midi, puis à 2 heures pm. Quand je l’ai appelé vers les midis, il m’a dit qu’il allait bien, qu’il était très occupé et que je pouvais l’appeler plus tard ».

Et depuis lors, ce sont les derniers mots qu’elle a échangés avec son mari. Ce dernier n’a pas répondu au deuxième appel de sa femme. Les recherches ont commencé dès la soirée. Et à l’hôpital, dans les commissariats, à la morgue…personne ne l’a vu. Le vendredi 16 mars, une plainte est déposée à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).

Toutes informations susceptibles de faire avancer l’enquête sont les bienvenues

Vladjimir Legagneur est un jeune journaliste-photographe qui a à son actif plus de cinq ans d’expérience. Il a déjà travaillé pour plusieurs médias de la place dont Loop News, Le Matin, Haïti News 2000. Depuis un an, il travaille en free-lance.

Jean Jacques Augustin de l’UNJPH profite de l’instant pour lancer une invitation aux institutions nationales et internationales de la presse, pour les aider à se procurer de tous indices pouvant leur permettre de retrouver le confrère disparu. Ils ont entendu des ”rumeurs” faisant état d’une personne mutilée dans la zone où Vladjimir devait se rendre, mais pour eux, seules les informations des autorités policières ou judiciaires sont concluantes.

Une ”Note des travailleurs de la Presse haïtienne” est écrite pour l’occasion et a déjà récolté la signature de plusieurs dizaines de journalistes. Dans cette note, il a été question de rappeler le droit à l’information garanti par la Déclaration universelle des droits de l’homme, signée par Haïti. Et également de lancer un appel à la vigilance et à la solidarité de la population face à toutes autres formes d’intimidation des journalistes dans l’exercice de leur fonction.

Il faut rappeler que le 13 novembre 2017, Grand-Ravine qui se trouve dans le quartier de Martissant (au sud de Port-au-Prince) a été l’objet de violences policières, où environ douze personnes (policiers et riverains y compris) ont trouvé la mort.

Commentaires

Romaric Fils-Aimé
Conscient que vous avez beaucoup à dire et à nous apprendre, je mets ma plume à votre disposition. Je suis de ceux qui croient que le journalisme peut servir, de manière utile, à la construction d’un monde meilleur. Attelons-nous-en !

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