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Vitiligo: tout savoir sur cette maladie de peau peu connue en Haiti

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Le vitiligo est une maladie de peau qui se caractérise par des zones dépigmentées plus ou moins étendues. Elle n’est pas infectieuse, mais peut entraîner d’autres complications plus graves, tel le cancer de la peau.

Le Vitiligo est mal connu en Haïti. Ceux qui en souffrent ont des taches blanches sur les pieds, les mains, le visage, les lèvres ou toute autre partie du corps. Ces tâches sont causées par une « dépigmentation », c’est-à-dire la disparition des mélanocytes, ces cellules de la peau qui produisent la mélanine (pigmentation).

Le vitiligo est le plus souvent diagnostiqué chez les personnes à peau foncée. Il peut survenir à n’importe quel âge. «La dépigmentation peut être plus ou moins importante, et les taches blanches, de tailles variables, dit Samuel Louis, un dermatologue haïtien vivant aux États-Unis. Dans certains cas, les cheveux et les poils des zones dépigmentées sont également décolorés. Le vitiligo n’est ni contagieux ni douloureux, mais il peut entraîner une détresse psychologique importante ».

Impact psychologique du vitiligo

Ces simples taches décolorées suffisent à provoquer le dégoût, voire le rejet. Jennie Charles atteinte depuis l’âge de 8 ans, en a particulièrement souffert quand elle était enfant. « À l’époque, il y a 20 ans, on ignorait tout de cette maladie que l’on associait à la gale. Pendant des années, j’ai été rejetée même par mes anciens amis ; ils pensaient que cela pouvait être contagieux et refusaient de m’approcher », explique-t-elle à Ayibopost.

Shamar Vilmont avait 31 ans lorsqu’une première tâche apparut à l’intérieur de son poignet. Elle ignore alors tout du vitiligo. « Personne dans ma famille n’en est atteint, je n’en avais jamais entendu parler. » Enceinte à l’époque, en proie à des soucis professionnels et personnels qu’elle avait du mal à gérer, la jeune femme se souvient très bien de ce qui a déclenché son vitiligo. « La tache apparut après une très grosse dispute qui m’a bouleversée. ». Elle s’est rendue immédiatement chez un spécialiste en dermatologie qui lui en a donné la malheureuse confirmation. « J’étais anéantie ! J’ai pensé : “jamais je n’arriverai à vivre avec ça, je préfère me suicider” ».

« L’anxiété, la fragilité psychologique ou psychosomatique sont des conséquences et non des causes de la maladie », explique le Dr Samuel Louis. Le vitiligo peut en effet constituer une réelle gêne au quotidien, raison pour laquelle un suivi psychologique est parfois mis en place. « Ses bénéfices ne font aucun doute chez les patients qui ont du mal à assumer leur maladie en société, mais la prise en charge du stress n’améliore en rien les traitements contre le vitiligo », fait-il savoir.

Quelles sont les causes de cette maladie ?

Le vitiligo est une maladie complexe dont les causes sont encore assez mal connues. Selon les déclarations du dermatologue, il existerait un facteur génétique à l’origine de la disparition des mélanocytes. Des études ont ainsi montré qu’au moins une dizaine de gènes peuvent être associés au vitiligo. Des antécédents familiaux sont constatés dans environ 30 % des cas.

Plusieurs facteurs de risques sont susceptibles de déclencher l’apparition de la maladie comme un traumatisme émotionnel, un stress intense, une blessure ou un coup de soleil. « Une fois les mélanocytes détruits, la peau devient totalement blanche. Mais, je sais que le vitiligo est probablement une maladie qui a à la fois des origines environnementales, auto-immunes et génétiques, car il est fréquent que plusieurs personnes soient atteintes de vitiligo dans une même famille », poursuit-il.

Comment le traiter ?

Il n’existe pas de traitement qui guérit définitivement le vitiligo. « Ce que nous pouvons faire pour ces malades se résume à un accompagnement psychologique et la prescription de médicaments antistress », lâche Ricardo Mirlien, un résident de l’Hôpital de l’université d’État d’Haïti.

Il est néanmoins possible de freiner ou d’interrompre le processus de décoloration, voire d’obtenir une pigmentation de la peau dans certains cas, à l’aide de traitements repigmentants. « On peut essayer avec l’utilisation de crèmes ou de pommades à base de corticostéroïdes qui sont des hormones synthétisées par les glandes surrénales. Il faut les appliquer peu après l’apparition des taches. En effet, leur efficacité est inconstante dans le temps », relate le dermatologue.

En cas d’échec et selon l’importance et l’étendue du vitiligo, l’approche opposée consistant à dépigmenter les zones saines résiduelles, peut être proposée. Dans les cas extrêmes, une greffe de la peau peut être envisagée sur demande du patient.

Les rayons du soleil se révèlent très dangereux. Dans un pays tropical comme Haïti où le soleil brille presque tous les jours de l’année, les malades du vitiligo sont très vulnérables. Samuel Louis recommande vivement une prise en charge médicale urgente pour éviter les complications liées à la dépigmentation involontaire de la peau.

Commentaires

Snayder Pierre Louis
Journaliste à Ayibopost

    Où est passé le projet d’institutionnalisation des partis politiques ?

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    Ces jeunes Haïtiens qui démarrent des entreprises, envers et contre tout

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